Publié le 9 Jan 2023 - 23:07
DJEYDI DJIGO (RÉALISATEUR DE LA SÉRIE ‘’SALMA’’)

‘’Les polémiques étaient injustes’’

 

C'est la fin de la première saison de ‘’Salma’’, une prodigieuse série sénégalaise très bien appréciée. Le tout dernier épisode a été diffusé, ce samedi, en avant-première, au cinéma. Ce, en présence de l’actrice Salma (de son vrai nom Aicha Ba Diallo), du producteur Adama Diallo et du réalisateur Djeydi Djigo. Ce dernier, dans un entretien accordé à votre journal, est revenu sur les tours et les contours de cette série qui mettent en lumière le combat d'une femme moderne, généreuse et déterminée.

 

En regardant la série ‘’Salma’’, nous constatons une sorte de fracture dans l’esthétique. Avez-vous une volonté de révolutionner la mise en scène ?

Ici, je ne crois pas qu'il y ait une volonté de révolution. C'est ma première série. C'est peut-être que les gens ne sont pas familiers à mon style. Donc, c'est par rapport à mes influences. J’ai fait l’école de cinéma à Paris. J'ai une certaine conception qui n’est pas forcément la même chez d'autres réalisateurs.

Peut-on dire que vous êtes influencé par les grands penseurs ?

J'aime bien faire des clins d'œil permettant de se souvenir d’un livre, d’un penseur très connu. Sur chaque épisode dans la série, vous pouvez bien voir Nelson Mandela, Malcom X, etc. C'est une manière de rendre hommage à ces grands hommes-là.

Il y a une forte présence de la religion dans la série. Est-ce fait à dessein, vu que Jamra et d'autres organisations s'en sont beaucoup pris aux séries ?

L’aspect de la religion ne vient pas de moi en tant que réalisateur. La série est l’adaptation d'une chronique Wattpad. Il s'agit de ‘’Entre feu et passion’’ de la Sénégalaise Nana Bah. L’adaptation en scénario, c'est déjà beaucoup de travail. On a développé certains personnages, on a adapté l'histoire pour que ça soit possible de la faire jouer à l’écran. Donc, on a juste repris et poli pour que ça puisse passer à l’écran.

Quels sont les changements que vous avez eu à apporter ?

Quand on écrit, on met beaucoup de choses qui nous viennent à l’esprit. Nous avons pu omettre le fait que Rachid demande Salma en mariage, en descendant de l’hélicoptère. Nous ne pouvons pas mettre ça à l’écran. Il y a aussi beaucoup scènes intimes que nous avons enlevées. Le plus gros du travail a été fait sur les personnages. Derrière le personnage Ciré, dans la chronique, il n’y a pas une grande histoire. Il fallait développer ce personnage-là, lui trouver un pitre. Il y a aussi Khady Dia et pas mal de personnages.

Malgré tout, ne pensez-vous pas que le déroulé de l'histoire est un peu lent ?

On l’a accéléré. Nana Bah a une communauté sur Wattpad, elle a un rythme. Il fallait maintenir sa communauté et faire en sorte que ça dure plus longtemps. C'est peut-être en faisant ça que le rythme est lent. Encore une fois, on a beaucoup accéléré l'histoire par rapport à la version papier.

Comment avez-vous vous découvert cette chronique-là ?

Je me suis réveillé un bon jour, j'ai dit que j'ai envie de faire une série. Mais à titre personnel, si je faisais une série avec mes influences, les gens n’auraient pas forcément compris. Et il fallait que je prenne conscience de l’aspect commercial. Donc, je suis allé sur Wattpad, j'ai consulté les tops 10 des chroniques en Afrique de l’Ouest. Et j'ai essayé d'entrer en contact avec les chroniqueuses.

Il y avait des polémiques, dès le lancement de la bande-annonce. Qu'est-ce qui vous a motivé à continuer ?

Les polémiques étaient injustes, parce qu'on ne peut pas juger une œuvre sur sa couverture. Les gens ont polémiqué sans savoir ce que le contenu leur réserve. C'était la première chose qui m’avait un peu révolté. Nous étions super fatigués, parce que la tournée a duré deux mois. Et c'était la première fois qu'on sortait les images. Commercialement parlant, on dit que la polémique, c'est bon. Mais nous, nous voulons vraiment que les gens voient l’œuvre carrément, mais pas que le débat soit périphérique. Ils dénonçaient le fait qu’il y ait de la drogue et autres. Or, nous sommes la série par excellence qui fait la promotion du contraire de ce à quoi on nous accusait. Et c'est après, au niveau de l’épisode 5-10 que les gens ont commencé à dire que la série est excellente.  C'est à la fin du bal qu'on paie les musiciens. On ne doit pas faire une polémique sur la base d’un teaser ou de l’épisode 1. C'est une démarche malhonnête.

Mais les Sénégalais ont vite épousé la série. Qu'est-ce que ça vous fait ?

Ça fait plaisir. Pas seulement en tant que réalisateur, mais en tant qu’être humain. Ça n’a pas été facile. Qu’il ait un peu de succès au moins, ça rétribue les efforts. Maintenant, on ne va pas tomber dans le piège de la facilité. On vient de commencer. L’objectif, ce n'est pas de faire une seule série, mais perdurer dans le temps, faire d'autres produits. Avec le succès, il y a une pression supplémentaire. Il faudra continuer à faire aussi bien, voire mieux. Parce qu'il y a encore moyen de faire mieux. C’est une sorte de motivation.

Comment s'est passé le casting ?

Quand j'ai découvert la chronique, j'ai vu que le personnage de Rachid était une sorte de mâle alpha. Et Souleymane Sèye Ndiaye m’est directement venu en tête. Alors, j'ai contacté un de ses amis que nous avions en commun. Nous lui avons expliqué le projet, il a souscrit directement à la démarche du projet. Il est super humble. Nous avons longtemps parlé. Mais nous avions un problème pour trouver une personne qui puisse interpréter le rôle de Salma. Il nous a dit qu'il connaît peut-être la personne qu'il nous faut. Il nous a présenté Aicha. Je l'ai rencontrée. Je ne l’avais jamais vu jouer, mais elle avait déjà une énergie que j'ai adorée en elle. Ensuite, elle m'a montré un court extrait de courts-métrages qu'elle faisait en Espagne. J’ai dit que c'est elle qu'on cherchait. J’étais déjà persuadé à l'époque qu’en tant qu’actrice, elle deviendrait une célébrité au Sénégal. Elle a ramené quelque chose de frais. On sent vraiment l'émotion. Quand elle pleure, celui qui suit a envie de pleurer. Voilà, c'est Rachid qui nous a emmené Salma. Pour le reste, c'était des castings ciblés.

Et qu’en est-il du personnage de Moulaye, le prisonnier ?

Nous étions en tournage, il était acteur dedans. Mais je ne le connaissais pas. Il était figurant. Une machette à la main, il devait jouer comme un agresseur. Lorsqu’on a dit ‘’Action’’, il s'est mis à jouer et tous les gens qui étaient autour ont fui. Je dis : ‘Mais qui est ce mec ?’ On m’a expliqué. Je suis allé prendre son numéro pour le contacter plus tard. Je ne savais pas pour quel rôle ; il était très impressionnant comme acteur. En tout cas, je me suis dit qu'il faut qu'on le fasse tourner. Malheureusement, au Sénégal, le casting est devenu une affaire d’anciens mannequins, de beaux gosses, de belles femmes, alors qu'il y a des gens qui ont appris ça, qui ont un don. Il faut les faire tourner. Lui est professionnel. On n’a même pas besoin de donner beaucoup de directives.

Qu’est-ce qui explique la présence des chansons de Youssou Ndour tout au long de la série ?

C'est un bon ami à Salma et à Adama Dione, son mari. Donc, depuis le début du projet, il nous avait encouragés à le faire. Il nous a donné les personnes ressources.

Pour le décor, vous avez fait la promotion de la destination Sénégal…

Pour le décor, je pense que vous parlez de Pointe Sarène. La maison de la famille Bathily de la série s'y trouve. Nous l'avons eu grâce à l’aide d’Oumar Sow qui nous a ouvert les portes par l’entremise d’Adama Diallo, producteur de la série.

C'est la fin de la première saison. Nous avons l’impression qu'il y aura une deuxième. Qu'est-ce que vous projetez dans la prochaine saison, s'il y en a ?

On espère qu'il en aura. Nous projetons de faire mieux que la première saison. ‘’Dina am defante daal’’ (Il y aura des affrontements en tout cas, en wolof).

BABACAR SY SEYE

 

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