Publié le 29 Jan 2022 - 00:29
EXPLOITATION PÉTROLIÈRE ET GAZIÈRE

Les challenges qui attendent encore le Sénégal

 

Le Sénégal a encore des défis à relever, à presque une année du début de la production commerciale de son pétrole brut prévu en 2023. Le constat a été fait hier, lors d’un panel sur comment ‘’Accroitre la contribution des hydrocarbures à la croissance économique : défi et perspectives’’, tenu dans le cadre de la 4e édition des Rencontres du marché des titres publics (REMTP) ouverte depuis mardi.

 

Au Sénégal, le début de la production commerciale du pétrole brut prévu en 2023 suscite un réel espoir pour la création de richesses dans le pays. Dans la perspective du début de la production commerciale du pétrole brut, le taux de croissance réel du produit intérieur brut (PIB) du Sénégal devrait s’accélérer à partir de 2021, en passant de 4,7 à 5,5 % en 2022, avant d’atteindre 10,8 % en 2023, selon les prévisions gouvernementales. ‘’Pour maximiser les ressources tirées de l’exploitation du pétrole et du gaz, aussi bien pour l’État que pour le secteur privé, à travers le contenu local, le Sénégal devra se renforcer de manière significative sur le plan des ressources humaines’’, renseigne le directeur de la Dette publique. Qui a fait une présentation, hier, à l’occasion d’un panel sur le sujet organisé dans le cadre de la 4e édition des Rencontres du marché des titres publics (REMTP).

Babacar Cissé ajoute : ‘’En effet, bien que la sous-traitance soit courante dans cette industrie mondialisée, Petrosen, le ministère du Pétrole et des Énergies, les différents comités opérationnels et les entreprises privées sénégalaises qui intégreront la chaine de valeur pétrolière devront développer l’expertise nationale ou rapatrier celle qui existe déjà à l’étranger, au vu de l’imminence de la production et de la poursuite des efforts d’exploitation qui pourraient aboutir sur de nouvelles découvertes commerciales et donc de nouveaux projets. Cette expertise sénégalaise à l’étranger doit être recensée, suivie et démarchée de manière active, aussi bien par l’État que par les entreprises privées qui contribueront à développer le contenu local’’.

Il souligne que la protection du milieu marin et des écosystèmes fragiles du Saloum où le pétrole de Sangomar sera exploité, est également un des nombreux défis écologiques à relever pour le Sénégal. A ce propos, le directeur de la Dette publique note qu’une évaluation environnementale stratégique des côtes et de l’offshore permettant de mieux connaitre la biodiversité marine, les courants côtiers, la topographie marine, etc., s’avère nécessaire. ‘’L’offre publique et privée de formation pourrait aider à relever le défi des ressources humaines à travers la mutualisation des moyens pédagogiques et matériels, le partenariat avec les universités et instituts réputés dans l’industrie pétrolière, des appels aux dons faits aux grandes entreprises sénégalaises bénéficiant du contenu local et en formant dans des spécialisations complémentaires de celles proposées par l’INPG (Institut national du pétrole et du gaz)’’, poursuit-il.

Un autre défi de taille signalé par M. Cissé, lors de sa présentation, sera d’éviter que la perception d’une abondance des ressources naturelles ne génère de risques de guerres civiles ou d’actes terroristes, d’actes de sabotage des installations et parfois de kidnapping du personnel étranger.

Concernant la gouvernance, il a relevé que le Sénégal, pays de tradition démocratique, a été secoué par de vifs débats autour de la transparence dans la gouvernance du pétrolier. ‘’L’adoption d’appels d’offres pour l’attribution des blocs et l’adhésion du Sénégal à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) constituent des avancées notables. Cependant, des mesures garantissant la transparence à tous les niveaux, bannissant les conflits d’intérêts et garantissant le fonctionnement indépendant de la justice qui devra trancher les litiges de tous ordres, sont plus que jamais nécessaires afin d’assainir le climat politique et médiatique autour de ces ressources naturelles nationales. Le défi de la gouvernance et de la transparence est à aborder en articulation avec une amélioration continue de l’environnement institutionnel et règlementaire’’, dit-il. 

Les acteurs nationaux invités à veiller sur la triche dans les hydrocarbures 

Le Sénégal pourrait être, selon l’expert nigérien en énergie et pétrole et ancien secrétaire général de l’Organisation de producteurs de pétrole africains, ‘’le plus grand’’ producteur de pétrole de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). ‘’Vu la position géographique de l’Afrique de l’Ouest et la qualité de son pétrole brut, qui dépasse nettement la qualité du WTI ou le Brent. Ces deux hydrocarbures sont physiquement terminés. Aujourd’hui, la cotation est en train d’être faite sur ce pétrole. Si, aujourd’hui, tous les pays africains devaient se constituer comme un seul producteur, en termes de réserve, et peut-être même en termes de production plus tard, ils peuvent défier les grandes puissances pétrolières mondiales, notamment la Russie, les Etats-Unis et l’Arabie saoudite. Il suffit justement que les États africains se considèrent comme étant un seul producteur’’, soutient Mahaman Laouan Gaya.

L’ancien SG de l’Organisation de producteurs de pétrole africains indique que cette organisation a un projet de création d’un marché pétrolier africain. Et d’après lui, la zone Afrique de l’Ouest est en avance sur les autres. Il trouve qu’elle pourrait être la ‘’locomotive de l’Afrique’’, dans le cadre de la production du pétrole brut. ‘’Mais aussi, il ne faut pas se faire d’illusions. Quand on dit qu’un pays produit 100 mille barils par jour, les financiers ont tendance à vouloir déterminer la croissance d’un pays à partir de cette production. Alors qu’il y a le partage de la rente. Il faut donc voir ce qui revient à nos États et là, il faut être très vigilants. Il faut renforcer les capacités. Il faut que les nationaux du Sénégal, du Niger et des autres pays soient sur le terrain et que ce soit eux qui veillent à ce que nos pays ne soient pas trompés. Dans le cadre des hydrocarbures, la triche est très importante. Il faut ce renforcement des capacités et voir l’impact des hydrocarbures sur l’économie. Il faudrait que nous puissions faire en sorte que les recettes pétrolières puissent permettre à nos pays de se développer, accroître les autres secteurs, notamment le secteur primaire, de façon qu’il soit le moteur de l’économie. Le secteur du pétrole doit être un catalyseur’’, alerte M. Gaya. 

Babacar Cissé a, par ailleurs, rappelé, lors de son intervention, que les orientations du projet de loi relative à la répartition des ressources issues de l’exploitation des produits pétroliers et gaziers, présagent une ‘’utilisation prudente’’ des revenus et de la volonté de l’État de poursuivre et de renforcer la diversification de l’économie. La répartition des revenus est envisagée comme suit : le budget général de l’État (90 %), le fonds intergénérationnel (10 %) et le fonds de stabilisation à travers les surplus de recettes constatés à la fin de chaque semestre. La part de l’État sur le profit pétrolier est souvent versée sous forme de redevance. Outre la redevance, l’État devrait recouvrer l’impôt sur le bénéfice (30 %) découlant du résultat bénéficiaire de l’exploitant. En dehors de l’impôt sur les sociétés, l’État encaisse des retenues à la source sur les redevances versées aux prestataires étrangers pour leur implication dans la chaine d’exploitation pétrolière et gazière. Les retenues sur les dividendes versés par les multinationales pétrolières auront des enjeux de recettes importants en matière fiscale.

MARIAMA DIEME

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