Publié le 30 Jan 2014 - 18:29
L’EXPLOITATION DE LA CIMENTERIE DE DANGOTE

Une menace majeure pour les ressources en eaux des Niayes 

 

L’épisode du conflit qui a opposé la société Dangote à la famille de feu Serigne Saliou Mbacké a constitué l’arbre qui a caché la forêt de problèmes environnementaux qui menacent aussi bien les populations riveraines qu’une bonne partie de la population vivant dans la presqu’île du Cap Vert.

En effet, cette affaire semble avoir détourné l’attention des services techniques et des autorités gouvernementales sur les véritables problématiques liées à la mise en œuvre du projet de cimenterie de la société Dangote.

Toute porte à croire que les choix technologiques du système de production de cette cimenterie ont été faits uniquement sur la base des considérations financières et au détriment des préoccupations environnementales.

Nous rappelons que la société Dangote, installée à proximité de Pout, a construit, pour l’alimentation de son projet de cimenterie, une centrale électrique à charbon d’une puissance de 30 mégawatts qui utilisera un système de refroidissement par eau que la société compte approvisionner à partir de forages puisant des quantités anormalement élevées dans la nappe phréatique déjà très déficitaire.

En effet, les études disponibles sur ces systèmes de refroidissement annoncent des consommations gigantesques et posent partout dans le monde la question de la raréfaction des ressources en eau. La centrale Dangote de Pout va consommer plus de 4.500 mètres-cubes d’eau par jour, soit plus de 1.500.000 de mètres cubes par an. Ces énormes quantités seront prélevées dans la nappe maastrichtienne du secteur de Pout qui est déjà en surexploitation pour les besoins de l’approvisionnement en eau de l’agglomération dakaroise.

C’est le lieu de rappeler que les simulations de l’évolution de la salure du Maastrichtien dans le Horst de Ndiass (dont fait partie le secteur de Pout) réalisées en 2002 dans le cadre d’une étude menée pour le compte du Projet Sectoriel Eau par le Groupement Cowi (Belgique)-Polyconsult (Sénégal) , montraient qu’au rythme des prélèvement d’eau, à partir de 2035, la salinisation des eaux douces par suite de la remontée des eaux saumâtres du Maastrichtien inférieur allaient rendre les eaux impropres à la consommation humaine selon les normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui fixent le taux maximum de chlorure de sodium à 250 mg/litre.

Par ailleurs, dans le cadre d’une étude plus récente financée par la Banque mondiale et réalisée en 2009, le bureau d’études allemand GKW-Consult a démontré que le déficit du bilan hydraulique de la nappe maastrichtienne était de -15,4 millions de mètres-cubes par an en 2009. Un calcul rapide démontre que les prélèvements envisagés par la cimenterie de Dangote aggraveraient de 10 % ce déficit.

Les impacts directs qui en découleront sont d’une part, la baisse continue du niveau statique des nappes et d’autre part, la remontée progressive de la nappe salée du maastrichtien inférieur, deux phénomènes qui, en se conjuguant, anéantiront de manière irréversible la disponibilité de l’eau douce dès lors qu’elle sera salinisée.

Les promoteurs de cette cimenterie ne peuvent pas ignorer ces réalités, mais ont certainement préféré ce système de refroidissement par eau à cause de ses coûts d’investissement, d’installation et d’exploitation qui sont beaucoup plus faibles.

Pourtant, il existe bien une alternative acceptable sur le plan environnemental, en l’occurrence le système de refroidissement par air qui, certes a un coût d’investissement plus élevé mais qui a l’avantage de ne pas compromettre la disponibilité des eaux douces des nappes maestrichtiennes qui contribuent fortement à l’approvisionnement des populations dakaroises en eau potable.

Ces faits amènent à se poser un certain nombre de questions sur les conditions d’approbation de l’évaluation environnementale et de délivrance des autorisations d’implantation des forages.

-Pourquoi dans le cadre de l’évaluation environnementale, l’étude des variantes n’a pas analysé au travers d’une étude comparative les systèmes de refroidissement par eau et par air ?

- Pourquoi l’évaluation environnementale du projet de Dangote ne fait nullement mention des impacts négatifs des pompages sur les ressources en eaux souterraines ?

-Comment la cimenterie Dangote a-t-elle pu avoir l’autorisation d’implanter plusieurs forages d’eau à haut débit alors que même la SDE qui approvisionne les populations en eau a été enjointe par la Direction de la gestion et de la planification des ressources en eau du ministère de l’hydraulique (DGPRE) de restreindre ses prélèvements dans cette même zone depuis plusieurs années ?

- L’implantation de forages par Dangote a-t-elle fait l’objet d’une évaluation environnementale spécifique, conformément à la réglementation en vigueur ?

- Quels seront les impacts des pompages de Dangote sur l’alimentation en eau des populations et sur les activités agricoles de la zone ?

Il est évident que construire une centrale électrique au charbon à refroidissement par eau s’approvisionnant à partir de la nappe phréatique constitue une aberration environnementale d’autant moins excusable que nous sommes dans un contexte sahélien marqué par la raréfaction des ressources en eau, elle-même exacerbée par le réchauffement climatique qui accélère le processus de désertification de nos régions.

Ibrahima DIAW

Ingénieur géologue environnementaliste

Directeur général de Harmony Group

 

 

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