Publié le 23 Feb 2024 - 10:30
MACKY SALL FACE À LA PRESSE

Entre regrets et envie de partir

 

Face à certains médias locaux hier, le président de la République est revenu sur les questions brulantes de l’heure. Si certaines ont trouvé des réponses claires, nettes et précises, d’autres n’ont pu trouver que quelques débuts de réponse.

 

Alea jacta est ! Face à des médias locaux hier, le président de la République est revenu sur son intention de quitter ses fonctions le plus rapidement possible. ‘’Le 2 avril, clame-t-il dès l’entame de la conférence de presse, ce sera la fin de mon mandat. J’ai prêté serment le 2 avril 2019. Ce qui fait que le 2 avril 2024 sera le terme de mon mandat à la tête du pays, la fin de ma relation de contrat en tant que président de  la République’’.

À en croire le chef de l’État, il n’a jamais été dans ses intentions de se maintenir au pouvoir au-delà du terme de son mandat. ‘’Je le dis clairement et très nettement : le 2 avril marque la fin de ma mission à la tête du Sénégal. Il faut que ça soit très clair’’, s’est-il répété.

Est-ce à dire que l’élection va se tenir dans des délais permettant de désigner son successeur avant le 2 avril, pour qu’il n’y ait pas de vide ? La réponse a été plus nuancée. Pour le président Sall, il reviendra aux acteurs, à travers le dialogue national, d’en décider. ‘’Il est clair que le Conseil (constitutionnel) dans sa décision a estimé que c’est aux autorités compétentes d’organiser l’élection. À commencer par moi qui dois prendre le décret. Mais ce décret ne peut être pris avant la concertation nationale. Laquelle va se tenir lundi et c’est sur deux jours maximum. Et tout de suite après on va prendre les dispositions, s’il y a consensus. S’il n’y a pas de consensus, je ramène tout au Conseil qui avisera’’, insiste le président de la République.

Tout en estimant qu’il revient au dialogue de déterminer la date de l’élection, Macky Sall a estimé qu’il ne pense pas que l’élection puisse se faire dans les meilleures conditions aux dates indiquées par certaines organisations. ‘’Je ne le pense pas que c’est possible, mais ce n’est pas le plus important. Si telle est la décision des acteurs, il faudra voir par quels moyens il faut passer. Parce qu’il faut des raccourcis si on tient absolument à faire l’élection avant le 2 (avril). Parce qu’il y a des délais légaux à observer. S’il y a consensus, on va voir ensemble les modalités pour être conforme avec la loi’’.

Élection avant le 2 avril : ‘’Je ne pense pas que c’est possible, mais…’’

Sur les acteurs qui seront conviés à ce dialogue, le président estime qu’il y aura non seulement les candidats validés par le Conseil constitutionnel, ceux dits ‘’spoliés’’, mais aussi les partis politiques et autres forces vives de la Nation dont la société civile, les mouvements religieux et coutumiers ainsi que le secteur privé. Deux questions seront essentiellement au centre des discussions.

Dans un premier temps, le chef de l’État ne cite que la question de la date et de l’intérim (qui va assurer l’intérim à la fin de son mandat ?) ‘’Le dialogue doit aller vite, parce qu’il n’y a pas beaucoup de sujets. On vient pour discuter de la date et de l’après 2 avril. Pour l’après 2 avril, il s’agira de voir si on y va juste après le 2 ou au-delà. Mais en tout cas avant le mois de juin, ou en tout cas avant l’hivernage’’.

Il aura fallu des relances plus directes sur la volonté ou non de reprendre le processus, pour qu’il lâche les mots que les candidats validés refusent d’entendre. Il déclare : ‘’Cela fait partie des questions qu’on va mettre sur la table.’’ 

Comme pour la date, le dialogue a aussi en charge de fixer les modalités de l’intérim. ‘’Il est clair que le pays ne peut pas rester sans président de la République. Maintenant, le dialogue devra statuer sur la suite. Je souhaite qu’il y ait un consensus entre les acteurs. Après, le Conseil peut être amené à se prononcer’’.

Il ressort de son propos qu’il est prêt à assurer l’intérim conformément à l’article 36 alinéa 2 de la Constitution. Mais seulement en cas de consensus. ‘’Comme tout le monde n'est pas d'accord sur l’article 36-2, il appartiendra au CC de déterminer ce qui doit être fait et tout le monde devra s’accorder sur la question. En ce qui me concerne, il n’a jamais été question de dépasser le terme de mon mandat constitutionnel. Ce sont des procès d’intention qu’on me fait. Je le dis très clairement et très solennellement : je termine mon mandat à la tête du Sénégal’’, se répète le président.

Dans la même veine, Macky Sall souhaite que la question sur des éventuels doubles ou binationaux soit clarifiée avant que la question ne nous rattrape. Ce serait catastrophique, selon lui, ‘’si d’ici l’élection, on se rend compte qu’il y a des candidats qui ne respectent pas la disposition sur la nationalité exclusive. Des contrôles doivent être faits pour nous assurer que ces dispositions sont respectées par l’ensemble des candidats. Ou bien que ceux qui sont dans cette situation se retirent d’eux-mêmes’’.

Les sujets du dialogue : la date de l’élection, l’intérim après le 2 avril, la liste des candidats

Tout en informant qu’il n’a pas écho de candidats qui refusent de participer au dialogue, le président de la République invite les uns et les autres à mettre en avant l’intérêt supérieur de la Nation pour dépasser la situation actuelle. Pour sa part, il envisage de mettre en œuvre toutes les dispositions nécessaires : libération de détenus, loi d’amnistie…

En attendant, il envisage également la libération de Diomaye Faye pour participer au dialogue. L’essentiel, pour le chef de l’État, c’est que le Sénégal puisse continuer sa marche vers l’émergence. ‘’Le pays doit pouvoir faire preuve de pardon et de réconciliation. Et il ne faut écarter personne. Et dès lors qu’on peut arriver à l’effacement des faits, toutes les personnes impliquées pourront bénéficier de ces mesures de clémence, de pardon et de réconciliation. Ce qui est important, c’est le pays, pas nos personnes’’, indique le président de la République qui dit être prêt à encourager une loi d’amnistie ; si la situation le requiert. ‘’Si nous devons passer par une loi d’amnistie, on prendra nos responsabilités. Ce ne serait pas une première dans le pays. Si c'est ce qu'il faut pour la paix et la réconciliation, je suis prêt. Il faut que chacun de nous s’élève au-delà de ses intérêts partisans. Parce que nous voulons oublier. C’est pénible, mais il faut aller de l’avant. Qu’on aille vers une élection apaisée et que le meilleur gagne’’.

À la question de savoir s’il y a des échanges directs ou indirects avec Ousmane Sonko, sa réponse est on ne peut plus nuancée : ‘’Dans ma démarche de toujours, j'ai mis en avant la discrétion. Il y a eu des personnes qui, tout récemment - je salue leur bonne volonté - ont voulu travailler dans le sens de la réconciliation. Mais ma volonté est antérieure à toutes ces démarches. C’est quelque chose de constant. J’avais déjà indiqué, quand des candidats dits spoliés m’avaient saisi, qu’il faut aller vers l’ouverture, l’inclusion… Et cela devrait permettre des prises de contact qui peuvent être directes ou indirectes. Elles ne peuvent d’ailleurs être qu’indirectes… parce que… (il coupe). Cela a permis en tout cas de pousser vers la direction que j’avais voulu imprimer qui est celle du pardon et de la réconciliation.’’

Communauté internationale : les remords du président : ‘’Je ne le mérite pas.’’

Par ailleurs, le président a saisi la tribune pour fustiger le traitement de la crise par certaines chancelleries occidentales dans les médias internationaux. ‘’Je ne mérite pas ça, a-t-il clamé. Je dénonce cette campagne médiatique qui a mobilisé beaucoup de moyens pour nuire à l’image du Sénégal, à mon image. Je le dénonce de manière vigoureuse’’.

À l’en croire, les partenaires ne sont pas allées à la source pour s’informer sur la situation. Au lieu de se contenter de ‘’condamnations péremptoires et de façon très violente’’. Macky Sall de s’interroger : ‘’Pourquoi toute cette levée de boucliers ? Moi, j’ai ramené le mandat qui était de sept ans à cinq ans. J’ai fait de sorte qu’on ne peut plus y revenir. J’ai pris la décision de ne pas me représenter. Pourquoi alors on veut, avec des moyens colossaux, faire croire que le président de la République veut s’agripper au pouvoir ? Cela aurait été plus simple de me représenter. Je ne mérite pas cette campagne internationale nauséabonde pour créer la tension et je le dénonce de façon vigoureuse’’.

Estimant qu’il n’a violé aucune loi, que c’est l’Assemblée qui a initié une procédure de report et qu’il a pris une mesure conservatoire en rapportant son décret, il s’est dit conformé à l’arbitrage du Conseil. ‘’Je suis convaincu que si nous avions continué en fermant les yeux sur ce qui était en train de se faire, nous pourrions le regretter. Dieu seul sait et l’histoire nous jugera par rapport à ce qui s’est fait et aux actes qui ont été posés. Je l’ai fait au détriment de ma réputation, au détriment de ma propre personne. Mais je sais, et c’est pourquoi j’insiste sur l’inclusion, si on ne veut pas d’un processus ouvert, transparent et inclusif, nous pourrons vivre des conséquences qui ne sont pas les meilleures pour notre pays’’, avertit le chef de l’État. Et d’ajouter : ‘’Maintenant, si le problème c’est le président de la République, lui, le 2 (avril) il en a fini. Mais prenons le temps de réfléchir sur le sujet et de décider d’une date qui va être la plus proche possible. Parce qu'on ne peut plus attendre plus longtemps. C’est mon souhait le plus ardent. C’est la seule ambition qui me reste à réaliser.’’ Dans le même sillage, il a voulu montrer qu’il n’a pas pris la décision d’annulation de gaieté de cœur et qu’il compte partir le plus rapidement possible. ‘’Je n’ai pas envie, pour tout ce que j’ai fait pour ce pays, je ne veux pas être l'objet d'une polémique stérile par rapport à des ambitions qui ne sont pas les miennes’’.

MOR AMAR

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