Publié le 24 Jun 2019 - 12:17
PRESIDENTIELLE EN MAURITANIE

Ould Ghazouani s’autoproclame vainqueur, l’opposition crie au hold-up

 

Alors que la Commission électorale nationale indépendante n’a pas encore livré les résultats du scrutin présidentiel mauritanien du samedi dernier, le candidat du pouvoir, le général à la retraite Mohamed Ould Ghazouani, s’est autoproclamé vainqueur, hier. Cette annonce a mis l’opposition dans tous ses états.

 

La Mauritanie renoue avec ses vieux démons qui hantent le lendemain de ses scrutins présidentiels. Celui du samedi n’a pas fait exception. Il charrie une kyrielle de contestations, surtout après la sortie très controversée du candidat de la majorité, le général à la retraite Mohamed Ould Ghazouani, qui s’est autoproclamé vainqueur de la présidentielle, dans la nuit du 22 au 23 juin, devant plusieurs centaines d’invités (ministres, cadres du parti, soutiens…), réunis au Palais des congrès. Le candidat de la majorité a passé la soirée auprès de son proche ami, le président Mohamed Ould Abdelaziz. Tous deux se sont isolés de l’assistance, avec leurs épouses, le Premier ministre, Mohamed Salem Ould Béchir, et les ministres Mohamed Abdel Vetah (Pétrole) et Seyedna Ali Ould Mohamed Khouna (Fonction publique).

98 % des résultats dépouillés

Ils ont suivi minute par minute la remontée des résultats, les yeux rivés sur leur téléphone. C’est sur la base de 98 % des résultats que l’ex-chef d’état-major serait crédité de 52,4 %, selon les résultats provisoires. Le taux de participation s’élèverait à 62,7 %. L’écart entre Sidi Mohamed Ould Boubacar (17,8 %) et Biram Dah Abeid (18,6 %) serait très faible, à peine quelques centaines de voix. Kane Hamidou Baba aurait convaincu 8,6 % des électeurs et Mohamed Ould Maouloud, 2,4 %, un coup très dur pour le patron de l’Union des forces de progrès (UFP). Enfin, Mohamed Lemine El-Mourteji El-Wavi obtiendrait 0,2 %. ‘’Ghazouani a obtenu des informations, il a le droit de les utiliser et de les transmettre. C’est une tradition dans tous les pays. Macky Sall a fait la même chose, il y a deux mois !’’, soutient un membre du premier cercle présidentiel.

Les chefs d’État mauritaniens ont toujours proclamé eux-mêmes leur victoire. Ce fut le cas de Maaouiya Ould Taya, en 1992 et 2003, de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, en 2007, et de Mohamed Ould Abdelaziz, en 2009 et 2014. ‘’Eux étaient dans une gestion unilatérale du pouvoir, il n’était pas censé y avoir un passage de témoin’’, réagit Lo Gourmo, premier vice-président de l’UFP. Ce qu’il s’est passé cette nuit est extrêmement grave, ils auraient dû laisser les choses se dérouler normalement. »

Afin de mettre au point leur stratégie, quatre des cinq candidats de l’opposition se sont réunis à huis clos de 10 heures (de Nouakchott) à 13 heures au siège de campagne de l’UFP – Mohamed Lemine El-Mourteji El-Wavi n’a jamais pris part à leurs discussions.

Lors de la conférence de presse qui a suivi, Biram Dah Abeid a longuement pris la parole, semblant vouloir s’imposer comme le nouveau leader de l’opposition. ‘’Un duo de généraux s’est accaparé le pouvoir, à l’issue d’un processus électoral conduit unilatéralement par le pouvoir au profit de son candidat’’, a lancé le chef de la coalition IRA-Sawab selon qui ‘’la Ceni et le Conseil constitutionnel sont issus de leurs rangs’’. ‘’Ce scrutin n’exprime nullement la volonté du peuple mauritanien’’, a complété Sidi Mohamed Ould Boubacar, qui assure que tous détiennent la « quasi-totalité » des procès-verbaux. Mohamed Ould Maouloud n’a publiquement prononcé que quelques mots. ‘’Ce coup d’État électoral est dirigé contre un seul ennemi à abattre, l’UFP alliée au RFD d’Ahmed Ould Daddah. Le pouvoir a cherché à nous humilier, je suis gravement préoccupé pour notre pays’’, confie-t-il dans le calme retrouvé d’un petit salon.

Pus d’un million d’électeurs se sont rendus aux urnes

Les Mauritaniens se sont rendus massivement aux urnes samedi 22 juin pour élire leur président de la République. Un million et demi d’électeurs se sont exprimés pour élire celui qui va prendre en main les destinées du pays pour les cinq prochaines années. Le taux de participation dépassait les 50% à la mi-journée. La participation de la jeunesse a été très remarquée dans les centres de vote notamment à Nouakchott. Jusque tard dans la nuit d’hier, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) procédait au dépouillement et à la compilation des résultats de cette élection présidentielle. Sur les 6709 bureaux de vote composant le collège électoral, 74 sont à l’étranger.

IBOU BADIANE (MAURITANIE) AVEC JEUNE AFRIQUE

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