Publié le 3 Mar 2014 - 11:11
TROIS QUESTIONS A MAMADOU SAMB- ÉCRIVAIN

‘’Je ne peux concevoir écrire pour écrire’’

 

 

Définiriez-vous votre style de réaliste ?

On me dit souvent que mon style se rapproche de celui des réalistes. On me dit que je m’approche des styles de Flaubert et d’autres écrivains qui sont réalistes. Mais ce que je ne peux pas concevoir c’est écrire pour écrire. Si vraiment on ne se sent pas dans ce que l’on écrit, je me dis que je n’ai pas réussi.

‘’ Dans le regard de l’aveugle’’ par exemple, tout le monde me dit que c’est un livre qui a fait pleurer tout le monde. Avec ‘’L’écharpe des jumelles’’, il y a des gens qui me disent qu’ils ont encore pleuré. C’est pour dire que j’aimerais que les gens se sentent dans l’écriture.

C’est ça qui est important pour moi. Je n’écris pas par exemple pour une française. Il est vrai que le roman est une écriture planétaire mais je m’arrange pour que les filles de mon pays, en lisant ce livre, se sentent concernées. 

L’essentiel de vos écrits est au féminin. Qu’est-ce qui explique ce fait ?

Je ne sais pas vraiment. J’ai écrit plusieurs romans et à chaque fois, ils sont au féminin, je ne sais pas pourquoi. J’ai un problème par rapport à ça. Je suis féministe parce que la condition féminine m’intéresse. D’abord parce que la femme est exceptionnelle. Je ne vous apprends pas que la femme, c’est d’abord un homme plus quelque chose. Je ne sais pas si je me fais comprendre.

La femme est plus qu’un homme. Les Hommes, on les appelle les hommes. Mais les femmes on les appelle les Hommes et la femme. Mais ce qui est dramatique, c’est au niveau même de la condition féminine. Et quand je parle de la condition féminine, c’est par rapport à la jeune fille. Nos jeunes filles ont besoin d’être aidées. Elles souffrent de plusieurs choses dont ce qu’on appelle une solitude d’incompréhension.

Aussi, elles évoluent dans une société où on ne leur pardonne rien du tout. On parle de parité, d’égalité et autre mais regardez ce que vivent nos jeunes filles : les mariages et grossesses précoces, prisonnières des traditions, excision, etc. Voilà autant de choses qui pèsent sur la jeune fille et non sur l’homme. Les filles ont énormément de problèmes pour s’épanouir. Quand elles se lèvent le matin, elles doivent s’occuper de la maison avant d’aller à l’école. Alors que l’homme, dès son réveil, ne s’occupe que de ses études. Ça, c’est déjà un problème. Il est temps qu’on réfléchisse à ça.

Vous usez de divers genres littéraires dans ce roman ponctués par des chapitres très courts. Qu’est-ce qui explique ce choix dans l’écriture ?

Parce que je voulais que les gens se sentent à l’aise à lisant. Je ne voulais pas que ce soit de longs discours. Les lecteurs ne sont pas les mêmes. Il faudrait que les gens se retrouvent dans des textes très courts, dans des poèmes pour respirer.

C’est ce qu’on appelle une respiration. Il faut aussi qu’ils se retrouvent dans des textes avec des paragraphes très courts. Qu’ils puissent à  un moment fermer le livre et fermer les yeux pour se demander ce qui va se passer après. Je pense que cela est important. 

 

 

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