Alpha Thiam et Mame Coumba Diop face aux urgences d’un secteur

La passation de service entre les ministres sortants Amadou Ba et Bacary Sarr, et leurs successeurs Alpha Thiam et Mame Coumba Diop, a permis de dresser un état des lieux sans complaisance de la culture, de l’artisanat et du tourisme au Sénégal. Entre infrastructures insuffisantes, précarité des artistes, défis patrimoniaux et échéances internationales majeures, les nouvelles autorités héritent d’un vaste chantier.
Le ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme a officiellement changé de mains mardi à la Sphère ministérielle Habib Thiam de Diamniadio. Au terme de la cérémonie de passation de service, Alpha Thiam a pris les commandes du département tandis que Mame Coumba Diop a été installée comme ministre auprès du ministre, chargée de la Culture, des Industries créatives et du Patrimoine historique. Au-delà du cérémonial républicain, la rencontre a surtout permis de mesurer l’ampleur des défis qui attendent les nouveaux responsables.
Dans son intervention, le ministre sortant Amadou Ba a dressé un diagnostic des difficultés qui continuent de freiner le développement du secteur. Il a notamment évoqué la faiblesse des ressources budgétaires allouées au ministère, l’insuffisance des infrastructures culturelles dans plusieurs régions, les difficultés rencontrées par les centres culturels régionaux ainsi que le manque de bibliothèques modernes et suffisamment approvisionnées. Le patrimoine historique demeure également confronté à d'importants défis de conservation, notamment dans des sites emblématiques comme Saint-Louis et Gorée. Dans le domaine du cinéma, l’offre de salles reste très limitée et fortement concentrée à Dakar, tandis que le secteur de l’artisanat continue de souffrir des difficultés rencontrées par les villages artisanaux et plusieurs chambres de métiers.
Le tourisme n’échappe pas à ces contraintes. Le ministre sortant a rappelé les difficultés de relance d’un secteur confronté depuis plusieurs années à une baisse de fréquentation et à des insuffisances en matière d’infrastructures d’accueil. Pour la nouvelle ministre chargée de la Culture, des Industries créatives et du Patrimoine historique, l’une des priorités concerne l’amélioration des conditions de vie et de travail des artistes.
Mame Coumba Diop a insisté sur la nécessité de rendre effectif le statut de l’artiste, attendu depuis plusieurs années par les professionnels du secteur. La question de la protection sociale des créateurs, de leur reconnaissance juridique et de leur accès à des mécanismes de soutien adaptés figure désormais parmi les dossiers prioritaires. Autre chantier attendu : la mise en œuvre effective du mécanisme de la copie privée, régulièrement réclamée par les acteurs culturels comme un moyen d’assurer une meilleure rémunération des créateurs pour l’exploitation de leurs œuvres.
La cérémonie a également été l’occasion de mettre en avant le potentiel économique des industries culturelles et créatives. Musique, cinéma, mode, artisanat d’art, arts numériques, gastronomie ou encore spectacle vivant sont désormais perçus comme des secteurs capables de générer des emplois et de contribuer davantage à la croissance économique. Les responsables sortants ont insisté sur la nécessité de poursuivre les efforts engagés pour structurer ces filières et renforcer leur compétitivité. Cette ambition s’inscrit dans une vision plus large de la culture comme instrument de souveraineté. La valorisation du patrimoine historique, la promotion des langues nationales, la sauvegarde des traditions et le rapatriement des biens culturels figurent parmi les dossiers appelés à se poursuivre sous la nouvelle équipe.
Le défi des JOJ
Parmi les échéances qui attendent les nouveaux responsables, les Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026 occupent une place centrale. Premier événement olympique organisé sur le continent africain, les JOJ sont perçus comme une opportunité unique de promotion du Sénégal à l’échelle internationale. Les autorités entendent en faire une vitrine du savoir-faire national, mais également de la richesse culturelle du pays. La Biennale de Dakar, rendez-vous majeur de l’art contemporain africain, figure également parmi les dossiers stratégiques appelés à renforcer le rayonnement culturel du Sénégal.
Pour Alpha Thiam, l’enjeu principal réside désormais dans l’exécution des politiques déjà définies. Le nouveau ministre a plaidé pour une meilleure coordination des services et une accélération de la mise en œuvre des plans stratégiques élaborés ces dernières années. En filigrane de cette passation apparaît ainsi une exigence largement partagée par les acteurs du secteur : transformer les nombreuses réflexions, assises et feuilles de route produites ces dernières années en résultats concrets pour les artistes, les artisans, les opérateurs touristiques et les citoyens. Car au-delà du changement d’équipe, c’est bien la capacité du ministère à faire de la culture, de l’artisanat et du tourisme des moteurs de développement qui sera désormais jugée.
Fatou Bâ (Stagiaire)






