Publié le 9 Jan 2015 - 17:08
132E EDITION DU GAMOU

Ndiassane, fief des Kountiyou

 

La ville sainte de Ndiassane va célébrer le huitième jour de la naissance du Prophète Mohamed (Psl), ce samedi 10 janvier 2015. A deux jours de l’événement, EnQuête fouille dans les archives du fief des Kountiyou.

 

Après Tivaouane, Ndiassane commémore, dans la ferveur religieuse et selon la tradition de la Khadriya, le huitième jour de la naissance du Prophète Mouhamed (Psl) prévu le 10 du mois courant. Situé au nord-ouest du Sénégal, au cœur du Cayor, la cité religieuse est à 18 km de Thiès et à 5 km de Tivaouane. Ndiassane est le fief des Kountiyou, les descendants de Cheikh Bouna Kounta originaires du village religieux de Bolonoir situé à Tombouctou, au Mali.

C’est en 1800 que le fondateur de la communauté Ahloul Kountiyou, Cheikh Bouna Kounta, s’installa au Sénégal. D’abord dans la localité de Nguiguiss, puis il fonda le village de Ndankh, en plein cœur du Cayor. 83 ans après, son petit-fils Cheikh Bouh Mouhamed Kounta est venu s’installer dans le département de Tivaouane, plus précisément dans la communauté rurale de Chérif Lô, au village de Ndiassane.

Dans ce village, Cheikh Bouh Mouhamed Kounta, pendant 31 ans, conformément à la philosophie du Prophète, a imposé à tous les musulmans le devoir de propager la vérité. Ainsi, il a converti les infidèles et enseigné aux profanes. Ce qui lui a permis de ramener à l'islam un nombre considérable d'adeptes. Féru de connaissances, comme son grand-père, Cheikh Bouh Kounta faisait connaître la religion musulmane à travers une règle de trois : appel, incitation, invitation à la foi islamique.

Très cultivé et très ouvert, Cheikh Bouh Mouhamed Kounta a propagé son savoir partout dans le Sénégal et dans la sous-région. Sa foi en Dieu et son adoration pour le Prophète étaient si grandes qu’il a choisi de célébrer l’anniversaire de la naissance du Prophète. Et avec El Hadji Maodo Malick Sy, ils ont décidé de procéder de la sorte, afin d’éviter l’organisation d’un Gamou le même jour, du fait de la proximité des deux cités religieuses. Aujourd’hui, la ville sainte est devenue l’un des plus importants lieux de pèlerinage des adeptes de la confrérie Khadriya du Sénégal et de la sous-région ouest-africaine.

CHEIKH BOUH MOUHAMED KOUNTA

Un pasteur d'âmes

Cheikh Bouh Kounta jouissait d'une grande influence religieuse qui s'étendait,  d'abord, à ses disciples directs, dont on ne peut évaluer le nombre. Parmi lesquels des femmes et des enfants qui suivaient naturellement le marabout. Cette influence s'étendait, quoique très atténuée, à tous les islamisés du bas-Sénégal qui, sans être parfois de son obédience mystique, s'accordaient à reconnaître que  le ‘’Cheikhou Ndiassane’’ était un homme de bien et un saint musulman choisi par Dieu comme pasteur d'âmes.

L'influence de Cheikh Bouh Kounta était répandue dans toute la Sénégambie, le Mali, le Burkina Faso, la Guinée, la Côte d'Ivoire… et s'étendait aux races les plus diverses. Les Wolofs, par exemple, n’en constituaient qu'une partie. Les peuplades Socés de la Gambie et de la Casamance, les Sarakholés du haut Sénégal et  nombre de Bambaras islamisés du Soudan (Mali) constituaient le gros de ses talibés. Il avait, en outre, accueilli dans son village à Ndiassane, à l'ombre de sa Zawiya, quelques Maures, Mossis, Haoussas etc.

Le Cheikh ne s'est pas seulement contenté de donner un enseignement spirituel. Il a également défini et organisé un cadre propice à l'épanouissement de ses talibés. A l'image de ses ascendants, Bouh Kounta était un érudit de l'islam, un grand homme de Dieu, débordant de connaissances. Comme ses pères et grands-pères, il faisait connaître la religion musulmane et ramener à l'islam un nombre considérable d'adeptes. Conformément à la philosophie du Prophète Mohammad (Psl) qui a imposé à tous les musulmans, à la communauté toute entière, le devoir de propager la vérité, convertir les infidèles.

NDIASSANE        

Toujours en chantier…

Une grande mosquée, une résidence en chantier, un Daara moderne, la réhabilitation des marigots et l’organisation du marché malien. C’est en gros les doléances de Ndiassane. Aussi et surtout l’intégration de la ville sainte dans le programme de modernisation des cités religieuses. Face à cette demande, le chef de l’Etat Macky Sall avait promis, l’année dernière,  devant le Khalife général Mame Bouh Mamadou Kounta et les dignitaires de Ndiassane de prendre en charge ces doléances. Car, avait-il soutenu, la demande de Ndiassane est abordable. Mais depuis, c’est motus et bouche cousue.

Par l’intermédiaire de son fils, Mouhamed Kounta, par ailleurs coordonnateur général du Gamou, le Khalife de Ndiassane avait listé ces doléances qui tournent essentiellement autour de la construction d’une très grande mosquée comme les autres cités religieuses. Laquelle serait une  mosquée Khadriya digne de ce nom, car avait-il soutenu : ‘’La Khadriya est la mère des confréries. Elle est transversale. C’est jusqu’en Ethiopie, donc Ndiassane doit dépasser cette situation de bourgade.’’ 

Aussi, la reprise des chantiers de la résidence de Ndiassane. Lequel projet avait été démarré par l’ex-président de la République Abdoulaye Wade. Le pape du Sopi avait investi 800 millions pour la construction d’une résidence, qui va régler le problème d’hébergement du village de Ndiassane. De même, elle va abriter la radio et la télévision de la ville sainte ainsi que la maison de la presse, une bibliothèque, des appartements pour l’hébergement des familles.

L’autre problème reste le Daara moderne construit à hauteur 288 millions qui tarde à être ouvert. Ndiassane souhaite aussi être intégré dans l’ambitieux programme de modernisation des cités religieuses. ‘’Nous avons été omis dans ce programme, alors que Ndiassane est une confrérie très ancienne’’, avait-il lâché. De même, l’organisation du marché malien qui, selon les chiffres fournis par Mouhamed Kounta, fait un chiffre d’affaire d’1,5milliard. Le dernier reste la réhabilitation des marigots pour en faire un lac artificiel.

NDEYE FATOU NIANG (THIES) 

 

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