Publié le 9 May 2016 - 15:38
CRIME TRANSNATIONAL ORGANISE

Fin des exceptions en Afrique de l’Ouest

 

En organisant son habituel dîner-débat sur les grandes problématiques de l’heure, vendredi dernier,  l’Association sénégalaise des anciens élèves de l’Ena de France (Asena) a esquissé les pistes de solutions pour venir à bout de l’extrémisme.

 

Grand Bassam en Côte d’Ivoire ; attaques du 15 janvier au Burkina Faso. Ces deux attentats terroristes qui sortent des cibles habituelles (Mauritanie, Mali, Nigeria) montrent que la pieuvre djihadiste n’épargne plus personne, avec en filigrane la dualité Etat islamique (Boko Haram) et Al Qaida. Le Général Mansour Seck, qui a analysé les évolutions des deux courants djihadistes, estime que la mobilité des petits groupes de Ben Laden est différente de la fixité de l’Etat islamique. Selon lui, cette option est une vulnérabilité pour le groupe djihadiste.

En effet, le terrorisme était à l’ordre du jour du diner-débat de l’Asena et des sortants de l’école militaire de Saint-Cyr. Et c’est l’auteur du l’œuvre ‘‘Boko Haram’’, Bakary Samb, ainsi que l’intelligentsia militaire qui ont décrypté les mécanismes des solutions qui pourraient mettre fin au phénomène. Le professeur au Timbuktu Institute affirme qu’on ne peut continuer dans une surenchère militaire, sans donner la chance à d’autres formes de sortie de crise. ‘‘En Espagne, on a discuté avec l’ETA et en Irlande avec l’IRA. Il faut permettre aux ressources culturelles africaines endogènes, en termes de médiation de crise et de résolution de conflits, de s’exprimer’’, selon le professeur Bakary Samb. Pour lui, si l’option militaire est envisageable pour contrer l’avancée des groupes, elle n’est ni durable, ni efficace.

‘’Les Américains sont restés plus de 10 ans en Afghanistan, alors qu’il y a toujours des talibans. Malgré Serval puis Barkhane au Mali, les djihadistes sont toujours là. Il faut donner d’autres chances à la prévention, à l’éducation, à la paix, la bonne gouvernance, l’inclusion, la lutte contre toute forme de frustration et de marginalisation’’, soutient-il.

Quant aux hommes de tenue, ils se sont penchés sur les éventuelles modalités d’une action militaire. ‘‘Aucun de nos pays n’a les moyens d’aller seul au combat. Il faudra mutualiser les forces. La solution ne peut être que régionale, que globale’’, avance le colonel Ndao, auteur de l’œuvre ‘’Pour l’honneur de la gendarmerie’’. Pour le Général Talla Niang, il urge de se tenir prêt quand la prévention aura failli. ‘‘Remettons les professionnels au cœur de l’action. Il arrive un moment où la prévention ne suffit pas. Et l’intervention des hommes du métier sera indispensable’’, avance-t-il.

Coopération militaire Sénégal-Etats-Unis.

La signature d’un accord de coopération militaire entre le Sénégal et les USA s’est aussi invitée aux débats. ‘‘Un pays définit toujours la géographie de son intérêt national. Les Américains l’ont fait et trouve que le Sénégal est un pays intéressant. Pourquoi ? Dans la doctrine américaine, Le Sénégal est un Etat-pivot en Afrique de l’Ouest. Un pays stable avec un Etat de droit, une armée républicaine. C’est pour cela qu’ils ont signé un accord. C’est au Sénégal maintenant de voir ce qu’il gagne dans cet accord’’, déclare l’analyste Yoro Dia. Il en veut pour preuve le modèle islamique sénégalais qui pourrait servir de solution à la problématique djihadiste.

‘‘Les Américains disent que l’exemple du Sénégal déconstruit les thèses des terroristes qui avancent que l’islam n’est pas soluble dans la démocratie. Il y a plein de bons musulmans démocrates. Le deuxième argument qui les intéresse, c’est que l’on dit que l’Islam est intolérant. Le Sénégal prouve le contraire. Ce qui fait que le Sénégal a un Islam modèle. Et ce qui fait que nous devenons la cible naturelle des terroristes’’, argue-t-il.

A propos de cette exposition à des menaces terroristes, Yoro Dia estime à titre d’exemple que le maintien du Saint-Louis Jazz Festival est une bonne chose.  ‘‘Quand vous êtes prêts à renoncer à un peu de liberté, pour plus de sécurité, vous finirez par perdre la liberté et la sécurité. Tout le monde est exposé, même ceux qui n’ont signé aucun accord avec les Américains. Aucun pays ne peut bâtir sa stratégie sur la peur d’être attaqué’’, lance-t-il.

OUSMANE LAYE DIOP

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