Publié le 3 Jul 2017 - 22:51
KOLDA/ BRANCHEMENTS CLANDESTINS

 Les fils électriques de tous les dangers

 

A Kolda, il n’est pas rare de tomber sur un enchevêtrement de fils électriques inextricable, dans certains quartiers périphériques, en ville et dans les marchés. Des branchements anarchiques, surréalistes, qui font courir de nombreux dangers aux populations. EnQuête a fait un tour dans la commune.

 

Reportage

Dans la capitale du Fouladou, les branchements anarchiques sont une pratique répandue dans de nombreuses localités. C’est le cas dans des quartiers périphériques comme Sinthiang Samba Coulibaly, Face Diahé, Centre polyvalent, Champ de tirs, pour ne citer que ceux-là. On y rencontre des « branchements araignées », appelés ainsi à cause des réseaux complexes et désordonnés de fils qui se forment. Par-dessus tout, ces branchements sont faits avec les moyens du bord, et surtout, sans l’autorisation et l’intervention de la Senelec. Par exemple, Bouba Baldé a besoin d’électricité. Il sollicite Ibrahima Diao pour un branchement, même si les deux demeures sont distantes de plusieurs dizaines de mètres. Or, Ibrahima Diao a lui-même pris illégalement un sous-compteur auprès de Gallé Mballo dont la maison se situe encore plus loin. D’où le spectacle abracadabrant. 

Mory Kandé, un habitant du quartier Face Diahé, ne cache pas qu’il rétrocède de l’électricité à des voisins. « Je vends mon courant. Par exemple, un abonné qui n’a qu’une seule lampe paie 15 000 francs par deux mois. Celui qui a un frigo, une télévision, sans compter des lampes paie parfois 15 à 30 000 francs tous les deux mois », révèle-t-il. Hamadou Seydi, un autre vendeur, a des tarifs peu éloignés de ceux de Mory Kandé. La seule différence est qu’il se charge lui-même des installations. Généralement, les sous-compteurs sont plutôt loin du compteur-mère et sont installés par des bricoleurs qui effectuent des branchements transportant l’électricité soit par un fil souterrain, soit par un fil aérien soutenu par des poteaux de fortune sur une longue distance.

Pour les fils électriques enfouis dans le sol sur de longues distances, un accident est vite arrivé, endommageant la gaine de plastique protégeant le fil électrique. On imagine alors aisément la catastrophe qui peut advenir en cas de pluie. La situation peut tourner au désastre, en cas d’inondations qui sont fréquentes en cette période de saison des pluies. Les risques ne sont pas moins élevés pour les installations aériennes où les fils se croisent et s’entrecroisent. Ces fils peuvent chuter sous les coups du vent, installant un risque réel d’électrocution, si un fil tombe dans une flaque d’eau ou s’il est ramassé par des enfants inconscients du danger mortel qu’il représente.

Les branchements clandestins ne sont évidemment pas calibrés en fonction des besoins des utilisateurs. Les installations sont ainsi soumises au risque de surcharge électrique, de court-circuit ou, pire, de surtensions fatales aux appareils électroménagers. Les quartiers périphériques ne sont pas les seuls concernés par les branchements anarchiques. On en trouve en plein cœur de la commune de Kolda. D’ailleurs, le 08 février dernier, un incendie d’une rare violence a réduit en cendre une bonne partie de la quincaillerie appartenant à la famille Mbengue domiciliée au quartier Doumassou de Kolda. Les dégâts sont estimés à plus de 15 millions de francs CFA. La marchandise calcinée est composé essentiellement de matériels de plomberie, de maçonnerie, d’électricité. Cet incendie a été causé par un court-circuit. N’eût été la détermination des populations, le feu allait dévorer le reste du matériel.

Dans les marchés, la pratique est également courante. Mahamadou Diallo, un vendeur de pièces détachées, témoigne : « Nous vivons dans une situation vraiment dangereuse. Nous prions Dieu pour que le courant ne fasse pas de court-circuit. » Il en appelle aux autorités pour réprimer les auteurs de branchements dangereux.

La réponse de Senelec

A ce propos, le chef principal d’agence Senelec de Kolda assure que ces branchements anarchiques leur ‘’causent des problèmes’’. « D’abord, ils sont à l’origine de la dégradation du service et représentent des risques d’incendie. C’est pourquoi nous faisons des efforts d’extension du réseau », explique M. Assane Faye. Il annonce à ce propos un projet d’appui au secteur de l’électricité et un autre projet pour la normalisation de l’extension du réseau pour mettre fin aux rétrocessions qui sont à la base des branchements anarchiques. « Nous avons prévu de mettre 20 kilomètres de réseaux à Kolda, 20 postes de transformateurs et élever le volt de 6 600 à 30 000 volts. Une fois que ce projet sera terminé, tous les branchements clandestins seront enlevés au niveau de tous les quartiers et marchés de Kolda. A ce moment, tous les clients pourront bénéficier des avantages de la Senelec, et nous n’allons pas accepter que les gens tirent du courant avec des câbles souterraines pour alimenter leurs maisons », annonce le chef d’agence.

En attendant la mise en œuvre de ces projets, il est temps que la Senelec organise des tournées d’inspection chez ses abonnés pour s’assurer du respect des normes de sécurité des compteurs et installations électriques, et sévir au besoin contre ceux qui jouent au plus malin en exposant les populations au danger. Il suffirait à la société de suivre les fils qui pendent un peu partout pour identifier les pirates.

EMMANUEL BOUBA YANGA (Kolda)

 

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