Publié le 3 Oct 2017 - 12:30
FERMETURE DES ÉCOLES YAVUZ SELIM

À la recherche d’alternative

 

Alors que partout dans le pays on prépare la rentrée, au collège Sultan du groupe Yavuz Sélim, hier, c’était la sortie des classes. Les élèves se sont retrouvés dans la rue, au grand  désespoir des parents. Certains ont déjà commencé à chercher un autre établissement.

 

Au seuil du collègue Sultan du groupe Yavuz Selim, une dame. Le téléphone tantôt à la main, tantôt collé à l’oreille, elle multiplie les communications, avec force gesticulations. Mine désespérée, Laure Diop se déplace d’un point à l’autre comme si elle avait du mal à rester longtemps sur une position. A côté d’elle, sa fille en classe de Terminale. À cette heure (10h), elle devait être en classe, mais avec les deux pick-up des forces de l’ordre et la douzaine d’éléments de GMI déployés à la porte d’entrée, elle ne peut accéder aux locaux. La voilà exposée au regard des curieux qui jettent un coup d’œil interrogatif, en passant, avec parfois un petit commentaire : ‘’donc le problème Yavuz Selim n’est toujours pas résolu ?’’ demande un homme à son camarade.

En face de la dame et sa fille, une autre demoiselle. Adossée au mur de l’école, elle a l’air absent. Par moments, elle se penche sur son téléphone. À  ses pieds, sa grande  valise posée par terre et sur laquelle est placé son sac d’écolière. Elle est en fait une pensionnaire de l’internat qui a plié bagages pour retourner au bercail. ‘’Mon papa est allé à la réunion des parents d’élèves. J’attends ma tante qui viendra me chercher’’, déclare-t-elle d’une voie timide, un petit sourire au coin de la bouche.

Ces deux images à elles seules rendent compte de la confusion et du désespoir qui règnent actuellement chez les élèves et leurs parents ayant porté leur choix sur les écoles fondées par le prédicateur Fethullah Gulen, devenu la cible première du Président turc, Recep Tayyip Erdogan. Une dame de teint clair, venue chercher sa jeune fille en 6ème, est très en colère. Elle a du mal à trouver les mots pour exprimer ses sentiments. ‘’On est là comme des idiots. On ne sait pas quoi faire, on ne nous a rien dit. C’est vraiment désolant’’, déplore-t-elle. Cette mère de famille estime que de part et d’autre, on devait attendre la décision de la justice pour prendre des initiatives. À présent, elle invite la direction de l’école à agir. ‘’Il faut qu’ils décident’’, répète-t-elle.

Une autre à côté d’elle regrette surtout que l’Etat ait laissé les parents inscrire leurs enfants pour  ensuite  utiliser la force. ‘’Ils auraient dû fermer l’école depuis les vacances, mettre un bandeau rouge pour le signifier aux parents. C’est sûr qu’on n’allait pas s’entêter, on allait chercher ailleurs !’’ souligne-t-elle. En fait, en tant que juriste qui se dit être dans un pays de droit, elle avait pensé que l’Etat du Sénégal ne ferait rien avant le 9 octobre prochain, date à laquelle est prévu le verdict du tribunal. Elle se demande à quoi bon se précipiter et  traumatiser ainsi les enfants.

Le début des transferts

Une chose est déjà sûre : quelle que  soit la décision de justice, quelle que soit la future direction, c’est le groupe Yavuz Selim qui laissera des plumes dans cette affaire. Laure Diop, ce parent d’élève s’est déjà procuré une liste d’établissements. Elle est en pleine recherche pour transférer sa fille. ‘’Elle est en classe de Terminale, elle ne peut pas attendre. Les autres ont commencé depuis le mois de septembre. Déjà, elle devra apprendre les leçons passées pour se mettre à jour’’, s’offusque-t-elle.

La jeune fille qui attend sa tante est aussi dans la même logique. Elle a eu presque les mêmes mots. ‘’Je pense que je vais changer d’école. Je suis en classe d’examen, je ne peux pas attendre. Ce n’est pas sûr, tout peut arriver’’, s’inquiète-t-elle. Pour le moment, elle ne sait pas quel sera son point de chute.

Une angoisse qu’elle partage avec la fille de Madame Diop. La maman a déjà pris contact avec une école. Mais là où les frais de scolarité étaient de 350 000 F à Yavuz Selim, elle doit payer 700 000 F pour la nouvelle école. Elle  hésite encore. Elle cherche même un soutien auprès de sa fille. ‘’Tu n’as pas une idée d’une autre école ?’’ demande-t-elle déboussolée. Pourtant, cette mère de famille aurait bien aimé laisser son enfant à Yavuz Selim. La classe à 16 ou 18 élèves, l’apprentissage de la religion et les changements notés chez sa fille sont autant d’éléments  qu’elle considère comme un gage de sécurité. Ce qui veut dire que pour elle, peu importe le nouvel établissement et les prix appliqués, le mal est déjà fait. ‘’On prend d’autres écoles par désespoir, ce n’est plus un choix’’, gémit-elle.  

BABACAR WILLANE

 

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