Publié le 7 Aug 2024 - 17:24
HAUSSE DU PRIX DE LA VIANDE

Le prix du kilogramme passe de 3 500 à 4 000 F CFA

 

Depuis quelque temps, le prix du kilogramme de la viande de bœuf a connu une hausse importante, passant de 3 500 à 4 000 F CFA, voire plus dans certaines localités. Selon les bouchers, cette augmentation est due au prix d’achat très élevé des bœufs et leur rareté sur le marché sénégalais.

 

Actuellement, le kilogramme de viande de bœuf est vendu à 4 000 F CFA ou plus suivant les marchés. Une augmentation constatée au lendemain de la fête de la Tabaski. Interpellés sur les raisons de cette hausse, des bouchers ont souligné que cela est dû à plusieurs raisons. En effet, ont-ils expliqué, le manque de bœufs sur le marché et le coût d’achat élevé des bêtes sont les principales causes de cette augmentation.

"C’est normal que le prix de la viande augmente, car les animaux nous viennent d’ailleurs. Ceux qui sont vendus ici nous proviennent du Mali ou du Burkina Faso. Actuellement, le marché est très désapprovisionné en bœufs. Il y a une baisse drastique depuis un certain temps", a expliqué Cheikh Oumar Ly, un boucher de 35 ans trouvé devant son étal de viande en train de discuter avec d’autres personnes.  

À l’en croire, pour transporter le bétail jusqu’à Dakar, les commerçants paient 80 000 F CFA par tête. C’est pourquoi, dit-il, une fois au Sénégal, ces bovins sont forcément vendus très cher. "Nous achetons un bœuf à neuf cent mille ou un million de francs CFA", informe le boucher vêtu d’un t-shirt blanc.

En effet, poursuit-il, la hausse du prix du foin et du ‘’ripasse’’ (NDLR : aliment de bétail) contribue  à la cherté de la viande. "Le sac de foin est à 5 000 F CFA. Le sac de ‘ripasse’ est vendu à 16 000 F CFA. Vous voyez combien c’est cher. Donc, une fois à Dakar, chaque jour, ils (les vendeurs) achètent ces aliments pour faire vivre leurs bœufs. Du coup, cela se répercute sur le prix du détail”, a souligné Cheikh Oumar Ly.

Toutefois, il dit espérer qu’avant la fin de l’hivernage, le marché sera bien approvisionné en bœufs et le prix connaîtra une baisse.

Embouchant la même trompette, un autre boucher, Samba Sow, soutient que malgré l’augmentation du prix de la viande, ils perdent pratiquement tous les jours de l’argent. "On peut acheter un bœuf à 900 000 F CFA et se retrouver avec 800 000 ou moins après la vente. Imaginez qu’on soit dans cette situation deux à trois fois, on va fermer boutique. D’ailleurs, beaucoup de bouchers ont cessé d’exercer, parce qu’ils se sont retrouvés sans sou", se désole ce jeune boucher.

À en croire Samba Sow, jusqu’au grand Magal de Touba, le prix va continuer à augmenter. "Je ne pense pas qu’il y aura une baisse, entretemps, car, à quelques semaines du Magal, il y a  toujours une tension sur le marché du bœuf", informe-t-il.

De son côté, le boucher Abou Ba soutient que l’augmentation du prix ne les arrange pas, mais ils n’ont pas le choix. Parce que "si le prix est moins cher, on écoule très rapidement le produit, car c’est accessible à tout le monde, mais tel n’est pas le cas aujourd’hui. Il nous faut parfois deux à trois jours pour écouler un bœuf. C’est compliqué. C’est pour vous dire que nous souffrons de cette situation autant que les clients. S’il y a mévente, on est obligé de garder la viande dans les congélateurs. Donc, on va payer de l’électricité, on dépense davantage. L’augmentation nous affecte".

La qualité de la viande remise en question

Dans un autre registre,  Abou Ba indique que la viande importée fait partie de ce qui a le plus affaibli leur métier. "Nous demandons aux autorités de stopper l’importation de la viande pour permettre aux bouchers du pays de mener à bien leur travail. Aujourd’hui, une grande partie de la population ne consomme que cette viande dont elle ignore la provenance", lance-t-il.  

Au-delà de l’augmentation du prix, les clients se désolent aussi de la qualité de la viande. "Ils ont augmenté le prix ; on n’a pas le choix, on achète. Mais le problème  est que maintenant, il est très difficile d’avoir de la viande sans os, car s’ils nous vendent un kilogramme de viande, par exemple, les 500 g sont constitués  d’os. On achète cher pour se retrouver qu’avec des os. C’est vraiment désolant", se désole Soda Ndiaye, une mère de famille trouvée en train de gronder un boucher qui lui a vendu deux kilos de viande avec beaucoup d’os.

Amadou Thiam, un père de famille de 64 ans, estime qu’il est inacceptable qu’un kilogramme de viande soit vendu à 4 000 F CFA au Sénégal. "Je viens de Yeumbeul. Là-bas, les bouchers m’ont dit que le kilogramme est à 4 000 F CFA. J’ai refusé d’acheter. J’ai pris un taxi pour venir au foirail, tout en espérant que je pourrais acheter moins cher que d’habitude. Mais, à ma grande surprise, le prix est le même. Je ne serais pas venu ici, si je le savais", se désole-t-il.

D’ailleurs, renseigne-t-il, il a acheté 5 kilos à 20 000 F CFA.  Et là, se désole le sexagénaire, "on est arrivé à un stade où les démunis ne vont plus manger de la viande. Il y a bon nombre de familles dont la dépense journalière n’atteint pas 4 000 F CFA pour les frais du repas et du dîner. Est-ce qu’elles pourront en acheter ? Non. Ce qui veut dire que les pauvres n’ont plus  le droit de consommer de la viande".

Il est d’avis que si les autorités ne prennent pas cette situation en main, les pauvres vont mourir de faim. "Il faut que les autorités trouvent le plus rapidement possible une solution pour baisser de manière significative les prix des produits alimentaires, notamment la viande, sinon la population va beaucoup souffrir", dit-il.

FATIMA ZAHRA DIALLO

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