Publié le 6 Jul 2026 - 22:30

À propos des démissions des directeurs généraux

 

Il nous a été donné de constater la démission de plusieurs directeurs généraux nommés sous la gouvernance de l’ancien premier ministre et suite au limogeage de ce dernier. D’emblée analysées sous l’angle émotionnel, ces démissions peuvent être à la fois tolérables voire excusables parce que la foi politique de ces directeurs généraux semble être liée au destin politique de leur leader.

D’ailleurs face à ces démissions l’ancien premier ministre leur a intimé l’ordre de rester à leur poste en attendant qu’ils y soient démis. En d’autres termes, les directeurs généraux devaient respecter le parallélisme des formes c’est-à-dire qu’ils ont été nommés par décret par conséquent ils devaient attendre que le même décret les y démette. Au regard de ces développement, il y a une question qui se pose qui est celle de savoir quels sont les liens ou rapports qui peuvent exister entre le personnel de l’administration et la nation ? En d’autres termes que représente le fonctionnaire dans une nation, la place qu’il occupe, son rôle et l’attitude qu’il adopte dans les conflits qui divisent le pays ?

En réalité, il existe dans les pays en voie développement, une instabilité gouvernementale permanente face à la permanence des fonctionnaires. En effet, à travers ces démissions, il y a lieu de se poser une autre question qui est celle de savoir est ce que le fonctionnaire relève de la nation ou de son parti politique ? Cependant à la lumière de la science administrative qui saisit les comportements et attitudes des fonctionnaires, il apparait que le fonctionnaire est soumis à la nation, ce qui signifie qu’il est au service de la nation et non d’un parti politique. Sur cette question nul mieux que le fondateur du socialisme français n’a défini le fonctionnaire. A cet effet, il a écrit un article paru à la revue socialiste de 1995 ceci : « comme fonctionnaire il ne relève que de la nation et comme homme il ne relève que de sa conscience ».

Ainsi il ressort de cette analyse que le fonctionnaire en tant que citoyen, il a ses convictions politiques, il peut prendre parti ou contre les décisions politiques prises par le gouvernement. Mais cependant en tant que fonctionnaire il est tenu d’appliquer les décisions politiques et de les faire appliquer consciencieusement. Toujours en se référant à la science administrative, il y découle que le fonctionnaire est un serviteur de la nation dans le cadre d’une administration neutre et permanente. En effet, la neutralité et la permanence symbolisent et conditionnent la continuité de la vie nationale.

Ce sont ces valeurs à notre avis qui constituent le substratum d’une administration qui font déficit dans les pays en voie de développement où chaque fonctionnaire ne sachant sur quel pied danser se veut l’homme d’un parti où même d’un clan ou d’une ethnie. Il est indéniable que le fonctionnaire est souvent confronté dans l’exécution de la mission de service public à un dilemme. Est-il possible de bien servir l’Etat en faisant abstraction de la conception du gouvernement et du régime en place et quand par conviction politique, on se montre hostile au gouvernement ? C’est une question trés difficile à résoudre mais bien résumée par Jean Jaurés qui écrit ceci : l’attitude du fonctionnaire devient sa conscience et ses fonctions ».

A notre avis, le fonctionnaire quelque soit la situation où il se trouve doit toujours agir non comme le militant d’un parti mais comme l’homme de la Nation. Par ailleurs, Jean Jaurés indique : « Le fonctionnaire est le serviteur de la souveraineté nationale, il n’est pas à la solde d’une dynastie, d’une famille, d’un homme mais d’un pays libre qui est maitre de soi ». En définitive le fonctionnaire dans l’exercice de sa fonction doit être d’une absolue impartialité. De ce qui précède, il est à rappeler aux fonctionnaires démissionnaires qu’ils ne sont ni les fonctionnaires du président de la République ni les fonctionnaires de l’ancien premier ministre encore les fonctionnaires du parti PASTEF. Mais ils sont les fonctionnaires de la nation toute entière définie par le politologue français Renan : « comme ce commun vouloir de vie commune ». Ainsi, le fonctionnaire comme le résume Jaurès : « Le fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions doit aller : où son esprit voit le vrai et où sa conscience voit le juste ».              

Kossoro Cissokho
Docteur en droit
Spécialiste en Administration Publique
Certifié de l’Institut International du Droit de Développement de Rome

Section: 
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