Les décharges sauvages empoisonnent la vie des riverains

À Keur Massamba Guèye II, à Grand-Thialy et à Médina Fall, les dépôts d'ordures sont devenus bien plus qu'un problème d'insalubrité. Pollution de l'air, risques sanitaires, incendies à répétition et insécurité rythment désormais le quotidien des habitants.
Rattachée administrativement à la commune de Fandène, une immense décharge de près de six hectares s'étend au milieu des habitations. Cette ancienne carrière de calcaire a été transformée en dépotoir. Elle est devenue au fil des années un véritable foyer de pollution et une menace permanente pour les populations.
Bien que les autorités aient décidé de fermer officiellement le site en raison de sa saturation, les charrettes continuent d'y déverser quotidiennement des ordures. Des dizaines de récupérateurs, hommes, femmes et parfois des enfants, y affluent chaque jour pour récupérer du plastique, du métal ou d'autres matériaux revendables, malgré les énormes risques auxquels ils s'exposent.
La décharge est constamment en feu. Les matières plastiques, pneus usés, déchets ménagers et même des cadavres d'animaux sont régulièrement brûlés, dégageant une épaisse fumée noire et des gaz toxiques qui envahissent les quartiers environnants.
« L'odeur et la fumée nous tuent à petit feu »
Depuis des années, Fatou Gningue vit à quelques mètres. Son témoignage traduit le désarroi de nombreux riverains. « L'odeur et la fumée de cette décharge nous tuent à petit feu », confie-t-elle.
Sa maison surplombe directement le dépôt d'ordures. Lorsque le vent souffle, un immense nuage de fumée recouvre une partie du quartier et réduit considérablement la visibilité sur la route de Mbour. « Nous sommes parfois obligés d'allumer de l'encens et de fermer toutes les ouvertures de la maison pour tenter d'échapper à la fumée », raconte-t-elle.
Les conséquences sur la santé sont lourdes. L'un de ses enfants, asthmatique, a dû quitter le quartier pour poursuivre ses études chez sa grand-mère. « Il ne pouvait plus respirer cet air chargé de fumée. Les meubles, les rideaux et le sol de la maison sont constamment recouverts de suie », explique-t-elle.
Des incendies permanents
Au sommet du dépotoir, de multiples foyers de combustion restent actifs en permanence. Alimentés par le vent, ils propagent des braises jusque dans les concessions voisines.
Aïda Diop, qui habite à moins de dix mètres de la décharge, vit dans la crainte quotidienne d'un incendie. « Les braises transportées par le vent mettent régulièrement le feu autour de nos maisons. Nous sommes obligés de porter des masques, même à l'intérieur des chambres. »
Les sachets plastiques emportés par le vent s'embrasent facilement et constituent un danger permanent pour les habitants.
Fatou Diouf partage le même constat. « Nous souffrons, mais nous sommes obligés de respirer cet air qui n'est pas bon pour notre santé. »
Par moments, la densité de la fumée est telle qu'il devient impossible de distinguer une personne située à quelques mètres.
Les récupérateurs, entre survie et danger
Malgré les odeurs nauséabondes, les fumées toxiques et l'absence totale de protection, des dizaines de récupérateurs travaillent chaque jour sur le site. À l'arrivée des charrettes chargées de déchets, une véritable course s'engage pour récupérer les matériaux recyclables.
Fanta Diawara, récupératrice depuis plus de vingt ans, décrit son quotidien. « Nous récupérons d'abord tout ce qui arrive ici avant de procéder au tri. Nous séparons les plastiques, le fer et les autres matières avant de les mettre dans de grands sacs. »
Surnommant la décharge « le Mbeubeuss de Thiès », elle affirme que le site accueille quotidiennement plusieurs dizaines de récupérateurs venus de différents quartiers de la ville, dont une majorité de femmes. « C'est un travail très difficile, mais beaucoup de familles n'ont pas d'autre source de revenus », souligne-t-elle.
Malgré les dangers évidents, de nouvelles habitations continuent d'être construites tout autour du dépotoir. Des ateliers, des maisons inachevées et des familles cohabitent désormais avec cette décharge à ciel ouvert. Les pneus brûlés ont noirci le sol. L'air y est presque irrespirable.
Cette proximité entre les habitations et les déchets expose quotidiennement les populations aux maladies respiratoires, aux incendies et à diverses formes de pollution.
Grand-Thialy : un dépôt illégal dénoncé par les habitants
Dans le quartier Grand-Thialy, situé dans la commune de Thiès-Nord, ces derniers jours, les habitants ont fait face à la presse pour dénoncer l'installation d'un dépôt sauvage d'ordures ménagères. Selon eux, des camions de collecte et des charrettes y déversent quotidiennement des déchets. Cette situation a entraîné une dégradation du cadre de vie.
Les riverains dénoncent les mauvaises odeurs, les fumées provoquées par le brûlage des ordures, mais aussi une montée de l'insécurité. « Ce dépotoir est devenu un lieu de consommation d'alcool et de stupéfiants. Les risques d'agression et d'incendie augmentent de jour en jour », alertent-ils.
Face à cette situation, hommes, femmes et jeunes sont récemment descendus dans les rues pour réclamer la délocalisation immédiate du site, regrettant le silence des autorités locales.
Le quartier Médina Fall fait également face à une situation similaire. Les habitants dénoncent la prolifération des dépôts sauvages d'ordures qui favorisent l'insalubrité, dégradent le cadre de vie et alimentent le sentiment d'insécurité.
Ils soulignent que ces espaces abandonnés deviennent des lieux propices à diverses activités illicites tout en exposant les populations à des risques sanitaires permanents.
Ndeye Diallo (Thiès)






