Un mois sans Conseil

Depuis le 29 juillet, aucun Conseil des ministres n’a été publié. Une interruption qui intervient après la réorganisation de la cadence des réunions de l’exécutif et à la veille d’une rentrée politique et institutionnelle particulièrement chargée.
Le dernier Conseil des ministres s’est tenu le 29 juillet 2026 au Palais de la République, sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye. Depuis cette date, aucun nouveau Conseil n’a été publié dans les archives officielles de la Primature. Les 5, 12, 19 et 26 août sont ainsi passés sans réunion de cette nature. Au 31 août, 33 jours se sont écoulés depuis le dernier rendez-vous collectif de l’exécutif.
Le constat pourrait surprendre si le Conseil des ministres obéissait toujours au rythme hebdomadaire qui a longtemps prévalu. Mais le fonctionnement de cette instance a été réaménagé quelques mois auparavant. En mai, le président de la République avait décidé que le Conseil se tiendrait désormais une semaine sur deux, pendant une période, tandis que des séances de revue des performances gouvernementales seraient organisées tous les quinze jours. L’objectif affiché était de renforcer l’évaluation des impacts de l’action gouvernementale.
Le calendrier du mois de juillet illustre cette nouvelle organisation. Le Conseil des ministres s’est tenu le 1er juillet, puis le 16 juillet et enfin le 29 juillet. Cette dernière réunion reste donc, à ce jour, la plus récente publiée par la Primature. L’absence de Conseil pendant le mois d’août ne peut donc pas être présentée comme une simple rupture d’un rendez-vous hebdomadaire qui aurait continué à fonctionner selon les mêmes règles. Le rythme des réunions avait déjà été modifié. Reste que la durée de l’interruption attire l’attention. Même avec une cadence bimensuelle, l’absence de réunion pendant tout le mois d’août constitue une séquence particulière dans la communication institutionnelle de l’exécutif.
Il faut cependant éviter un raccourci : l’absence de Conseil des ministres ne signifie pas l’arrêt du gouvernement. Les activités de l’exécutif se poursuivent par d’autres canaux. La Primature a continué de publier des informations au mois d’août, notamment sur les activités du Premier ministre et sur plusieurs dossiers suivis par le gouvernement. Le 20 août, Ahmadou Al Aminou Lô a ainsi reçu Hannan Sulieman, directrice générale adjointe de l’Unicef chargée de la gestion de la Maison des Nations unies à Diamniadio. Cette audience figure dans les publications officielles de la Primature.
Le gouvernement a également poursuivi le suivi de dossiers sectoriels. L’assistance alimentaire et pastorale, par exemple, a fait l’objet de mesures annoncées par la Primature avec une échéance fixée au 12 août pour la mise à disposition du budget destiné à cette opération. La préparation des Jeux olympiques de la Jeunesse Dakar 2026 constitue également l’un des dossiers suivis pendant cette période. La poursuite de ces activités montre que le mois d’août n’a pas correspondu à une suspension générale du travail gouvernemental. Ce qui s’est interrompu, c’est donc avant tout le rendez-vous formel du Conseil des ministres, et non l’ensemble de l’activité de l’exécutif.
L’absence de réunion en août 2026 n’est pas davantage une règle institutionnelle. Les archives officielles montrent que des Conseils des ministres ont déjà été organisés durant cette période sous les précédentes présidences. En 2022, deux réunions s’étaient notamment tenues les 3 et 10 août. Sous l’actuel régime, le Conseil des ministres s’était également réuni les 14 et 28 août 2024. La Primature qualifiait alors encore ces réunions de « réunions hebdomadaires ».
Le mois d’août ne constitue donc pas, en lui-même, une période durant laquelle le Conseil des ministres doit obligatoirement être suspendu. Cette année, aucune communication officielle consultée ne présente toutefois l’absence de Conseil depuis le 29 juillet comme la conséquence formelle d’une décision de suspension estivale. Il convient donc de s’en tenir au constat : aucun Conseil n’a été publié au mois d’août.
Cette parenthèse intervient à quelques heures d’une échéance institutionnelle majeure. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô doit présenter sa Déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale, le mardi 1er septembre à 9 heures. La Primature a officiellement annoncé cette date, en précisant que l’exercice permettra au chef du gouvernement de présenter les grandes orientations et priorités de l’action gouvernementale. La rentrée intervient donc après plusieurs semaines sans Conseil des ministres, mais pas après plusieurs semaines d’inactivité gouvernementale. Cette distinction est essentielle.
La DPG doit permettre au Premier ministre de préciser devant les députés les orientations de son gouvernement. Elle ouvre ainsi une nouvelle séquence dans laquelle les priorités de l’exécutif seront davantage exposées et soumises au débat parlementaire. Dans ce contexte, la prochaine réunion du Conseil des ministres sera forcément observée. Elle permettra de voir comment le gouvernement organise la reprise de son rendez-vous collectif et quelles orientations seront mises en avant après cette parenthèse.
Le vrai sujet : quel rythme pour la suite ?
Au fond, l’intérêt de cette séquence ne réside pas uniquement dans le nombre de jours écoulés depuis le dernier Conseil. Il tient également à l’évolution du mode de fonctionnement de l’exécutif. Depuis mai, le Conseil des ministres n’est plus conçu comme un rendez-vous hebdomadaire systématique. Le président de la République avait explicitement lié cette nouvelle cadence à une volonté de renforcer l’évaluation des performances gouvernementales. L’exécutif dispose par ailleurs d’autres cadres de travail : réunions interministérielles, audiences, séances de suivi et activités propres aux différents ministères. Le Conseil reste néanmoins le principal moment de réunion formelle de l’ensemble du gouvernement autour du chef de l’État.
Son absence prolongée crée donc une interruption dans la visibilité collective de l’action gouvernementale, sans permettre à elle seule de conclure à un ralentissement de cette action. Le prochain Conseil sera dès lors moins attendu comme la preuve d’un retour au travail que comme un indicateur du rythme que l’exécutif entend désormais donner à son fonctionnement collectif.
Mamadou Diop






