Publié le 14 Dec 2016 - 02:50
‘’L’ARBRE SANS FRUITS’’

Aïcha Macky conte son histoire dans un film

 

Mariée et sans enfant, Aicha Macky se retrouve dans une situation ‘’hors norme’’ dans son pays, le Niger. L’histoire qu’elle raconte dans son moyen-métrage ‘’L’arbre sans fruits’’ est son vécu personnel. Le quotidien des femmes ‘’infertiles’’ et de leur lot de souffrances avec délicatesse. Un film de 52 minutes projeté, lors de 3ème édition du festival film documentaire de Saint-Louis.

 

‘’L’arbre sans fruits’’. Un titre incitatif. Celui du film documentaire d’Aïcha Macky qui a remporté le premier prix moyen-métrage de la 3e édition du festival du film documentaire de Saint-Louis. Si la signification de la métaphore du titre a intrigué, la projection a été bouleversante. La réalisatrice raconte l’histoire d’une femme mariée pendant 5 années sans avoir d’enfants. Personne ne se demande si le problème ne vient pas du mari.

C’est comme si dans certaines sociétés l’infertilité doit toujours être conjuguée au féminin. On ne pointe du doigt que la femme. Ce qu’elle raconte dans le documentaire de 52 minutes n’est pas une supposition et est plus qu’un constat, c’est son vécu personnel. ‘’L’arbre sans fruits est mon histoire personnelle. C’est juste un parallélisme que je fais dans le film en relatant l’histoire de ma mère et mon histoire ; celle d’une femme qui s’est mariée pendant 5 ans sans pour autant avoir d’enfants. C’est mon carnet de vie que j’ai filmé et à travers lequel j’ai sondé la situation d’autres femmes présumées infécondes’’, relate Aïcha.

Paradoxalement, sa maman et sa meilleure amie ont perdu la vie en donnant la vie. Mais, cela n’empêche pas Aïcha Macky de remuer ciel et terre pour donner un héritier à son époux, malgré les risques de mortalité maternelle. Sa vie se résume à deux choses : la tristesse et l’angoisse. Car elle se considère comme ‘’un arbre sans fruit ‘’. Toutefois, elle essaie toujours de forcer le sourire à chaque fois qu’une personne lui reproche de ne toujours pas avoir d’enfant ou si une autre, en la taquinant, lui demande : qu’est ce que tu attends pour faire un enfant ? ‘’Comme  si j’avais la réponse’’, dit-elle,  avec amertume. Elle pleure toujours dans son for intérieur. 

La douleur de n’avoir pas enfanté, d’avoir perdu une maman en couche, à l’âge de 5 ans, la détruit de jour en jour. Car, elle a fini par divorcer, à cause de la pression de la belle famille.  Elle a pris la décision de quitter le domicile conjugal pour libérer son époux de cette pression familiale.  ‘’J’étais obligée de l’aider à me dire de m’en aller pour pouvoir le libérer et ne pas l’amener à faire le choix entre une mère et une épouse’’, confie-t-elle. Elle ne condamne pas pour autant son mari car, selon elle,  ‘’les hommes sont parfois victimes du cercle de la belle famille qui leur met la pression et ils finissent par lâcher’’.  ‘’Beaucoup de personnes de ton entourage et même tes amis voient mal qu’un homme reste avec une femme qui n’a pas pu lui donner un enfant’’,  constate-t-elle.

‘’J’ai divorcé le dernier jour du tournage du film’’

D’après la réalisatrice, le film a été projeté une dizaine de fois au Niger en privé comme en public avec un bon retour. Cela, dit-elle, a amorcé un changement de mentalité par rapport à cette question d’infertilité, car c’est un documentaire qui retrace le parcours d’une femme à la recherche de solutions. Il a permis de soulever des questions, d’ouvrir le débat sur ‘’l’infertilité’’ qui est toujours conjuguée au féminin. ‘’Je n’ai pas regardé le film avec mon mari, parce que j’ai divorcé le dernier jour du tournage du film. Peut-être qu’il l’a vu sur les télévisions qui l’on diffusé. Sa famille, j’en suis sûre, a suivi le film’’, assure-t-elle.

Le critique de Cinéma, Baba Diop a bien ‘’apprécié’’ le moyen-métrage de son ancienne étudiante, Aïcha Macky. ‘’C’est un sujet douloureux. Pour certains hommes, l’infertilité est assimilée à l’absence d’érection, alors que ce n’est pas cela. Dans la mentalité de beaucoup de personnes, c’est la femme qui doit faire l’enfant et c’était important de souligner cette partie’’, dit-il, d’emblée. Selon M. Diop, ce film d’Aïcha a permis à beaucoup de se libérer pour pouvoir partager leurs souffrances. ‘’C’est bien filmé, bien  rythmé. Il n’y a pas de pathos, de peur. On sent la douleur et la souffrance et à la fin, soit on l’accepte soit on est dans l’espérance’’, conclut-il.

Pour la réalisatrice le chemin est encore long. Certes elle a divorcé, mais pour elle, ‘’tant qu’il y a la vie il y a de l’espoir’’. ‘’Je n’ai pas encore dépassé l’âge de faire des enfants. Je souhaite me remarier et continuer mon chemin’’, conclut-elle.

HABIBATOU WAGNE

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