Publié le 8 Jul 2026 - 17:16
FORA'ESS 2026

L'Afrique veut faire de l'économie sociale un véritable moteur de développement

 

Après l'étape de Yaoundé, place à l'action. Réunis à Dakar pour la deuxième édition du Forum africain de l'économie sociale et solidaire (Fora'ESS), responsables politiques, experts et partenaires internationaux veulent désormais traduire en actes les ambitions affichées autour d'un secteur considéré comme un levier de création d'emplois, de cohésion sociale et de développement territorial. Derrière les déclarations d'intention, les États africains sont appelés à engager des réformes pour donner enfin à l'économie sociale et solidaire une place dans leurs politiques publiques.

 

Ce n'est plus l'heure des plaidoyers. Deux ans après la première édition organisée à Yaoundé, les promoteurs du Forum africain de l'économie sociale et solidaire (Fora'ESS) veulent passer à une nouvelle étape : faire de l'économie sociale et solidaire (ESS) un véritable instrument des politiques de développement en Afrique. C'est le message qui a dominé, ce mardi, la cérémonie d'ouverture de la deuxième édition du forum à Dakar. Pendant quatre jours, plus de 1 500 participants venus de 30 pays – ministres, représentants d'organisations internationales, chercheurs, entrepreneurs sociaux, coopératives, mutuelles et partenaires techniques – réfléchiront aux moyens d'accélérer la transformation économique du continent à partir d'un modèle fondé sur la solidarité, l'inclusion et la valorisation des ressources locales.

Car, pour les organisateurs, l'urgence est réelle. Malgré des années de croissance économique dans plusieurs pays africains, le chômage des jeunes demeure massif, les inégalités se creusent et les territoires ruraux peinent à capter les fruits du développement. Les modèles économiques classiques, largement orientés vers les seuls indicateurs macroéconomiques, montrent leurs limites. L'économie sociale et solidaire est ainsi présentée comme une réponse susceptible de replacer les populations au cœur de la création de richesse.

Mais les intervenants en conviennent : le principal obstacle n'est plus l'absence de reconnaissance politique. Il réside désormais dans la faible prise en compte de l'ESS dans les politiques publiques. Longtemps cantonnée aux coopératives, mutuelles ou organisations communautaires, l'économie sociale et solidaire reste encore peu visible dans les budgets publics, les mécanismes de financement, les statistiques nationales ou les stratégies de développement. Une situation que les participants au forum souhaitent désormais inverser. L'ambition est de faire de ce secteur un pilier des politiques d'emploi, d'industrialisation, d'agriculture, de développement territorial et de lutte contre les inégalités.

Autrement dit, ne plus considérer l'ESS comme un simple dispositif d'accompagnement social, mais comme une composante à part entière de l'économie. Pour y parvenir, plusieurs priorités reviennent dans l'ensemble des interventions : l'adoption de cadres juridiques harmonisés entre les pays africains, la mise en place de dispositifs de financement adaptés, le développement de politiques publiques participatives ainsi que la production de statistiques spécifiques permettant de mesurer le poids réel du secteur. Autre chantier annoncé : la création d'un Observatoire africain de l'économie sociale et solidaire. Cet outil devrait permettre de suivre les innovations sociales, d'évaluer les politiques publiques et de produire des données fiables, aujourd'hui largement insuffisantes à l'échelle continentale.

Au-delà des aspects techniques, les organisateurs défendent également une vision politique de l'économie sociale et solidaire. Selon eux, le continent ne peut plus se contenter d'adapter des modèles de développement conçus ailleurs. L'Afrique doit construire sa propre trajectoire économique en s'appuyant sur ses valeurs historiques de solidarité, de partage et de coopération. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a ainsi rappelé que ces principes trouvent leurs racines dans l'histoire africaine, évoquant notamment la Charte du Mandé ou encore la Charte de la Révolution torodo. Pour lui, ces références témoignent de l'ancienneté des mécanismes de solidarité sur le continent, bien avant l'apparition des concepts contemporains de développement durable. L'objectif affiché est désormais de transformer cette culture de solidarité en véritable puissance économique, capable de créer des emplois, de renforcer les territoires et d'assurer une croissance plus inclusive.

Le Sénégal veut montrer l'exemple

Le choix de Dakar pour accueillir cette deuxième édition n'est pas anodin. Le gouvernement sénégalais entend faire de l'économie sociale et solidaire l'un des leviers de sa stratégie de transformation économique. Inscrite dans l'Agenda Sénégal 2050, l'ESS est également au cœur de l'année 2026, décrétée « Année de l'emploi et de l'économie sociale et solidaire » par le président Bassirou Diomaye Faye. À travers cette orientation, les autorités ambitionnent de favoriser la création d'emplois décents, de renforcer les coopératives productives, de soutenir les initiatives locales et de mieux structurer les territoires. Le Sénégal espère également entraîner d'autres pays dans la mise en œuvre de la stratégie décennale de l'Union africaine consacrée à l'économie sociale et solidaire.

Si les États sont appelés à revoir leurs politiques publiques, les partenaires internationaux sont, eux aussi, invités à accompagner cette mutation. Présente à Dakar, l'Union européenne a réaffirmé son soutien au développement de l'économie sociale et solidaire, notamment à travers des programmes d'appui à l'entrepreneuriat, à la formation, au financement des jeunes entreprises et à l'autonomisation économique des femmes. Son ambassadeur au Sénégal, Jean-Marc Pisani, a rappelé que les initiatives locales ne pourront changer d'échelle sans un meilleur accès au financement, aux marchés, aux technologies et aux compétences. Il a également souligné que l'intégration économique du continent, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), constituait un levier essentiel pour renforcer la compétitivité des entreprises africaines.

Au-delà des discours, c'est désormais sur les conclusions du forum que les regards se tournent. La présence à Dakar de nombreux ministres africains en charge de l'économie sociale et solidaire traduit une volonté politique de renforcer la coopération continentale sur ces questions. Les organisateurs espèrent que cette édition permettra de franchir un cap, avec des engagements précis sur l'harmonisation des cadres juridiques, la création de l'Observatoire africain de l'ESS et l'accélération de la mise en œuvre de la stratégie décennale adoptée par l'Union africaine. Car l'enjeu dépasse largement le seul secteur de l'économie sociale et solidaire. Il s'agit, pour les États africains, de démontrer qu'un autre modèle de développement, fondé sur l'inclusion, les territoires et les solidarités locales, peut contribuer à répondre aux défis de l'emploi, de la pauvreté et des inégalités.

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