Entre progrès et stagnation

Lors du débat d’orientation budgétaire d’hier, le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan est largement revenu sur la gestion de la dette.
Le Gouvernement n’a pas la baguette magique. C’est la réponse du ministre Cheikh Diba sur la lancinante question de la dette et l’état d’avancement des négociations avec le FMI. Toutefois, tient-il à assurer, les négociations sont sur une très bonne voie.
Le point d’achoppement reste l’analyse de viabilité de la dette. “Sur les données, nous sommes en phase avec le Fonds. Il reste à mettre à jour le cadrage macroéconomique et budgétaire. Sur les trois ans, voilà la croissance prévue, voilà l’inflation, le solde extérieur, le déficit budgétaire…”, rassure Diba qui ajoute : “Dans notre cas, ce qui est préoccupant, c’est le taux d’endettement. Avons-nous le plan de financement adéquat pour prendre en charge le besoin de financement ? Si c’est le cas, nous signerons de suite. Si ce n’est pas le cas, nous allons voir sur quel horizon nous allons atteindre cette santé financière. Voilà où nous en sommes.”
Selon le ministre des Finances, à ce jour, le gouvernement et le Fonds monétaire international sont en accord sur l’essentiel des questions, mais il reste encore quelques divergences. “Il n’y a plus de grande différence. Il a été convenu de faire une situation de référence, pour voir si nous ne traitons pas la situation, qu’est-ce que cela va donner ? Le FMI a sa situation, le gouvernement a la sienne. Le FMI demande quelles sont les mesures que nous allons prendre pour convaincre de leur efficacité à prendre en charge ce delta. Nous allons leur faire le point au plus tard le 15 juillet et nous pensons que nous allons nous retrouver.”
À propos de la restructuration, le gouvernement est revenu sur sa position ferme. “La dette est une question souveraine. Nous ne sommes pas dans une démarche de restructuration. Ce que nous voulons faire, c’est mettre en place des solutions innovantes qui permettent de dégager des espaces budgétaires et de continuer à investir”, a souligné le ministre délégué en charge du Budget.
Pour Diba, la stratégie mise en place permet d’atteindre les objectifs de la restructuration à un coût moindre, avouant que les choses sont loin d’être simples, compte tenu de la complexité de la situation du Sénégal.
Déficit et croissance : le gouvernement revoit les ambitions à la baisse
Le Fonds monétaire international a toujours été pessimiste par rapport aux prévisions ambitieuses du gouvernement. Le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget semble l’avoir rejoint, même s’il ne le dit pas expressément. Lors des débats d’hier sur l’orientation budgétaire, Cheikh Diba a informé que la croissance économique est désormais projetée à 3,2 % en 2026, soit une baisse de 1,8 point par rapport à la LFI 2026.
Alors qu’il avait projeté de revenir à un déficit budgétaire de 3 % à l’horizon 2027, les nouveaux chiffres portent l’échéance d’un déficit de 3 % à 2029, soit un différé de deux ans. “Ce déficit sera justifié exclusivement par les investissements”, a soutenu le ministre qui rassure : “Sur la période 2027-2029, l’État dégage un solde net de gestion (recette de fonctionnement sur dépenses de fonctionnement) de plus de 1760 milliards pour financer ces dépenses d’investissements.”
Le DPBEP (Document de programmation budgétaire et économique pluriannuel) évalue le besoin global de financement à 19 689 milliards de francs CFA, soit une moyenne annuelle de 6563 milliards environ. “Ce besoin est imputable principalement à l’amortissement de la dette, qui représente 77,26 %, à la couverture du déficit budgétaire… Ce financement sera couvert essentiellement par la mobilisation des emprunts projets et les autres emprunts”, informe le ministre des Finances, qui précise que le gouvernement compte beaucoup sur les PPP pour combler ce gap.
Par ailleurs, Diba est revenu sur les mesures phares dans la restructuration de son ministère avec la mise en place de nouvelles entités. Dans la perspective d’une meilleure maîtrise des informations financières sur les investissements publics, annonce-t-il, le MEFP a engagé une réforme phare tendant à retracer les dépenses sur ressources extérieures dans le système d’information dédié aux finances publiques.
En outre, pour assurer une meilleure comptabilisation de ces dépenses, il est créé un poste comptable assignataire des dépenses sur ressources extérieures affectées à la nouvelle direction générale des financements et de la gestion de la dette.
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AUTRES INDICATEURS
Des recettes et des dépenses en nette progression
Le débat d’orientation budgétaire a aussi permis de revenir sur la stratégie de mobilisation des ressources domestiques. “Sur la période 2027-2029, les recettes sont projetées à 18 286 milliards, dont 17 654 milliards au titre des recettes internes, 631 milliards 200 millions de francs au titre des recettes externes”, indique le ministre.
Pour 2027, les recettes internes sont projetées à 5527 milliards contre 6224 milliards en 2029, soit une progression annuelle moyenne de 6,1 %. Quant aux recettes externes, elles vont passer d’environ 201 milliards en 2027 à 220 milliards en 2029, soit un taux de progression de 4,6 %.
Le gouvernement mise particulièrement sur les recettes d’hydrocarbures, pour un montant global de 703 milliards de francs CFA sur la période, soit 397,8 milliards de francs CFA en 2027, 168 milliards en 2028 et environ 137 milliards en 2029.
Relativement aux dépenses, elles sont projetées à 21 190 milliards de francs CFA sur la période, composées des dépenses courantes (13 350 milliards) et des dépenses d’investissement pour un montant de 7 840 milliards. Elles vont passer de 6 888 milliards en 2027 à 7 238 milliards en 2029, soit une progression de 2,5 %.
Les dépenses courantes se situeraient à 4 326 milliards en 2029 contre 4 485 milliards en 2027, soit une baisse d’environ 159 milliards.
Le fardeau des intérêts de la dette
En ce qui concerne les intérêts sur la dette, ils sont projetés à 1 303 milliards 900 millions en 2027, contre 1 061 milliards 400 millions de francs pour 2029, soit une baisse de 242,5 milliards de francs CFA. Les dépenses de personnel progresseraient de 116,4 milliards sur la période 2027 – 2029, passant de 1587 milliards 700 millions à 1704 milliards 100 millions de francs en 2029.
Globalement, le gouvernement compte renforcer les dépenses d’investissements, tout en poursuivant les efforts de rationalisation des dépenses de fonctionnement qui vont diminuer de 159 milliards sur les trois ans à venir.
“Cette réduction n’est pas le fruit d’une politique d’austérité qui toucherait les populations. Elle résulte d’une rationalisation, d’un meilleur ciblage des subventions, d’une rationalisation des transferts courants et d’une meilleure maîtrise de la dette publique et des transferts courants”, a précisé le ministre Cheikh Diba.
À l’inverse, s’engage-t-il, les investissements publics progresseront de 510 milliards sur la même période, pour un total de dépenses en capital de 7 840 milliards. “L’État investit davantage, tout en dépendant moins du fonctionnement”, s’est-il réjoui.
Pour relever ces défis, le gouvernement mise sur une mobilisation accrue des ressources domestiques, à travers notamment la fiscalité, les ressources naturelles, la modernisation de l’administration…. “Il est attendu une meilleure taxation des activités de l’environnement numérique mondial, une réduction des dépenses fiscales inefficaces, et un renforcement de l’équité et de la solidarité fiscales.
À propos toujours de la mobilisation des ressources domestiques, le gouvernement est revenu sur les premiers résultats du PRES. “Nous sommes à 90 milliards, des attendus de 56 milliards, soit des recettes projetées à 146 milliards fin juin”, a informé le ministre délégué au Budget.
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INCIDENTS ASSEMBLÉE NATIONALE Des députés de Takku Wallu dénoncent et réclament la dissolution Les députés du groupe Takku Wallu n’ont pas oublié les incidents de la veille. Pour Abdou Mbow, ce qui s’est passé dépasse sa propre personne. “Hier, ce n’est pas Abdou Mbow qui a été humilié, c’est l’Assemblée nationale qui a été humiliée, c’est le règlement intérieur qui a été piétiné”, a déclaré Monsieur Mbow. S’adressant à Ousmane Sonko, il déclare : “La présidence de l’Assemblée nationale n’est pas un instrument de domination et de règlement de comptes. C’est une fonction qui impose l’impartialité, la retenue et le respect du règlement intérieur.” Pour le député Djimo Souaré, vice-président de la coalition Takku Wallu, c’est le président de la République qui doit prendre ses responsabilités et dissoudre purement et simplement cette assemblée. “Un député a été agressé par des collègues. Le président de l’Assemblée a outrepassé ses prérogatives en demandant son exclusion par la gendarmerie. C’est inacceptable… Le président doit en tirer toutes les conséquences en procédant à la dissolution de l’Assemblée nationale”, s’est-il insurgé. |
MOR AMAR






