Publié le 5 May 2023 - 13:27
FRANCE - PSG

Hystérie Saint-Germain

 

La colère des supporters parisiens, exprimée ce mercredi dans divers lieux de la capitale et de sa région, reflète dans tous ses excès la cassure profonde entre eux et un club qui ne ressemble plus à grand-chose.

 

Hormis pour un show surprise de Philippe Katerine, il n’y avait pas beaucoup de chances que la tranquillité de la commune yvelinoise de Bougival soit perturbée avant l’arrivée de Neymar au PSG. Depuis 2017, le mode de vie festif de la star brésilienne a fait grincer quelques dents dans le quartier

, mais aucune plainte des voisins de Ney’ n’avait fait autant de bruit que l’attroupement du jour de plusieurs dizaines de fans parisiens devant sa porte. Il n’était là pas question de nuisances sonores, de concerts de Uber ou d’autres excentricités de millionnaires avides de soirées légendaires comme Brad Pitt dans Babylon. Autour d’une pauvre Peugeot 107 rouge garée là, au mauvais endroit, au mauvais moment, le message crié est clair : “Neymar, Neymar, Neymar casse-toi.” Au-delà de la pertinence de l’action – qui vise un joueur certes pas toujours irréprochable à Paris, mais qui n’a plus foulé les pelouses depuis le mois de février -, cette action est une nouvelle illustration du malaise profond chez les supporters parisiens. Eux qui, année après année, voient leur club piétiner son identité tout en faisant passer le sportif au second plan.

Le ras-de-bol de trop

À l’image du climat social ambiant qui règne en France, les fans parisiens sont montés d’un cran dans leur colère contre Messi, Neymar, ainsi qu’envers leur direction. “Messi hijo de puta”, “Le ras-le-bol avant le raz-de-marée, direction démission”, “Vous ne représentez en rien notre ville, qui se reconnaît dans ce PSG ? Cassez-vous” : voilà les slogans que l’on pouvait entendre ou lire devant le siège de la direction parisienne ce mercredi et ces derniers jours devant le Camp des Loges.

Comme si le vase des affronts qu’ils sont capables d’encaisser par amour avait débordé. Il faut dire que ces dernières semaines, le PSG a fait fort. Pêle-mêle : Christophe Galtier s’est retrouvé mêlé à une affaire de racisme, Leo Messi s’est envolé pour l’Arabie saoudite sans autorisation pour une opération de com (après une défaite 1-3 contre le FC Lorient à domicile) et la direction envisage plus que jamais de racheter le Stade de France pour en faire son nouvel écrin

. Un dernier point plus crucial qu’il n’y paraît, car après le changement de blason, il y a dix piges – privilégiant « Paris » au détriment de Saint-Germain -, après les multiples maillots déconnectés du prototype pensé par Daniel Hechter, c’est le dernier symbole du « PSG d’avant » qui est en passe de totalement disparaître. Totalement, car il suffit de casser son PEL et d’assister à un match au Parc en tant que spectateur, en 2023, pour se rendre compte de ce qu’est devenu le stade de la porte d’Auteuil : même sans être au milieu des influenceurs et des célébrités venues « flexer », il est interdit de se lever et de chanter à sa guise après avoir payé minimum 100 euros pour assister à un PSG-Lorient. Une véritable machine à fric dénuée d’énergie populaire.

C’est d’ailleurs, au fond, le plus grand méfait de la décennie qatarie à la tête du Paris Saint-Germain : être parvenu à dégoûter par le jeu ses plus fidèles aficionados. En Europe, hormis sous Thomas Tuchel, le PSG n’a jamais vraiment fait peur aux mastodontes du Vieux Continent. Marco Verratti, Marquinhos, Presnel Kimpembe, ces cadres censés « avoir appris » année après année, remontada après remontada, stagnent dans un confort que seule la Ville Lumière est capable d’offrir. Les entraîneurs défilent, réussissent ailleurs, tandis que l’effectif est chaque année toujours aussi mal construit malgré les millions dépensés.

Qui se souviendra dans dix ans de Fabian Ruiz, de Carlos Soler, d’Hugo Ekitike, et de tous ces joueurs qu’aucun autre club français ou presque n’aurait pu s’acheter cet été ? Personne. Car oui, c’est la nature de ce PSG-là : un amoncellement de joueurs talentueux qui ne fonctionne pas, tout juste suffisant pour dominer une Ligue 1 en perte de vitesse qui s’apprête à se faire éjecter par les Pays-Bas du « Big Five » européen. Des joueurs qui ne sont finalement pas responsables du manque d’autorité continu qui règne chez les Rouge et Bleu, caractérisé par Nasser Al-Khelaïfi, un boss qui n’a jamais su joindre les actes à la parole. Au fond, c’est vrai : insulter Neymar, Messi, les plus beaux fruits d’un système qui a tout fait pour les mettre dans ces conditions, ne sert à rien. Mais derrière les invectives et les gros mots se dessine une triste réalité : si tout le monde à Paris savait que l’argent ne fait pas le bonheur, on sait maintenant qu’il peut même le détruire.

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