Publié le 26 Jan 2015 - 22:28
KOLDA- FRABRICATION DU SAVON A BASE D’HUILE DE GRAINE DU PALMIER

Le créneau porteur des femmes de Kégné Kégné Bato

 

Pour lutter contre la pauvreté, les femmes du village de Kégné Kégné Bato fabriquent du savon à base d’huile extraite des graines de palmier. Les revenus obtenus leur permettent de sortir de la précarité. Cette réussite étonne plus d’un. Reportage.

 

A Kolda, de nombreuses femmes gagnent leur vie en fabriquant du savon à base d’huile de palme. Avec ce commerce, elles obtiennent des revenus conséquents qui leur permettent de subvenir aux besoins de leurs familles et à assurer la scolarité de leurs progénitures. A Kégné Kégné Bato, par exemple, les femmes du groupement féminin pour le développement ont reçu les premiers rudiments du métier en Gambie. Dans cette localité, située à 35 kilomètres de Kolda, le succès de l’entreprise surprend les hommes. « Au début, je ne pensais pas qu’elles allaient réussir si facilement ce nouveau travail », déclare Demba Kidiéra, époux de l’une des membres du groupement et chef du village.

Dado Faty, présidente du groupement féminin pour le développement, précise qu’elles sont désormais économiquement indépendantes. « Pour fabriquer du savon, on utilise le plus souvent un mélange de divers types de corps gras. Le choix de ces corps gras influe sur la consistance du savon et sur ses propriétés », explique-t-elle. « L’huile d’olive, par exemple, est liquide, mais on la classe dans les graisses solides. Car elle permet d’obtenir des savons bien fermes. Les huiles ont aussi des propiétés soignantes et surgraissantes. Elles contribuent à la formation de mousse ». Selon Dado Faty, lors de la fabrication du savon, elles obtiennent aussi de la glycérine naturelle par l’hydrolyse des huiles et des graisses, comme l’huile de coco, l’huile de graines du palmier.

Indépendantes et décomplexées

Le village de Kégné Kégné Bato est peuplé de Mandingues et de Manjaques. Pour ces femmes qui, hier, accompagnaient leurs maris aux champs, la savonnerie représente une activité moins dure et plus rentable. « A la fin du mois, je me retrouve parfois avec 150 000 Fcfa », se félicite Douliyana Diassy. Avec la savonnerie, ces femmes montrent qu’elles peuvent réussir dans leur vie. A travers cette activité, ces deux ethnies transcendent leurs préjugés et travaillent ensemble.

Leurs savons sont dans le marché hebdomadaire de Saré Yoba Diéga, dans les villages environnants et au marché central de Kolda. Le morceau est vendu entre 50 et 100 Fcfa. « Je ne sens pas la différence entre le savon moderne et celui des femmes de Kégné Kégné Bato. Tous utilisent les mêmes composantes, obtiennent une bonne qualité et surtout un prix à la portée de tous », observe Modou Guèye, un client rencontré au marché hébdomadaire de Saré Yoba Diéga. Comme d’autres, il apprécie la débrouillardise des femmes de Kégné Kégné Bato dans ces petitis métiers.

Décomplexées et résolument entreprenantes, certainses parmi elles vont plus loin. Pour écouler ces savons, Gnyma Kidiéra a créé des dépôts de vente à Saré Yoba et à Kolda. Elle aide ainsi d’autres jeunes qui les revendent au détail. « J’envoie les savons dans ces deux localités. Chaque fin de semaine, je m’y rends pour collecter l’argent. Je remets ensuite un pourcentage à ceux qui vendent à ma place, ce qui permet aussi à ces derniers de subvenir à certains de leurs besoins », fait-elle savoir. Des femmes, dit-elle, veulent être formées à ces techniques de fabrication de savon. Une idée qui agrée Binta Diafoune. « Nous souhaitons transmettre certaines connaissances à d’autres pour qu’elles aussi profitent de ces revenus. Cela aiderait notre communauté », dit-elle. 

EMMANUEL BOUBA YANGA (KOLDA)

 

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