La spirale des contentieux

Alors qu’il n’a pas fini de payer toute ses dettes sociales, d’épuiser ses contentieux liés aux vagues de licenciements de 2024, l’État à travers ses démembrements devra faire face à de nouvelles vagues de licenciements avec probablement des indemnités colossales à payer.
C’est une véritable gangrène pour les finances publiques. Souvent sous le prétexte de rationalisation, les nouvelles administrations ont tendance à procéder à des vagues de licenciements sans se soucier de la législation et du coût financier pour l’État. À ce jour, elles sont nombreuses à devoir des centaines de millions à leurs travailleurs à cause de licenciements jugés abusifs. Ci-après quelques exemples éloquents de cette mauvaise gouvernance au sommet de nos agences et société publiques.
Le Fongip a, en effet, été condamné à payer 75 millions de francs CFA à 03 travailleurs ; l’Aeme 100 millions pour 02 travailleurs ; la Somisen 110 millions pour un seul travailleur ; le Grand théâtre 280 millions pour 23 agents ; la TDS 162 millions pour une seule travailleuse…. La liste est loin d’être exhaustive et les dossiers continuent de pulluler au niveau des juridictions.
Au total, c’était plus de 30 000 agents qui ont été licenciés au début de la troisième alternance, selon le Rassemblement des travailleurs du Sénégal, une structure née en janvier 2025 pour faire face à cette situation.
Plusieurs centaines de millions à payer, des contentieux toujours pendants
Malgré ces exemples, les autorités ne semblent pas en tirer les leçons. Avec les derniers changements dans certaines directions, les pratiques semblent reprendre de plus belle, même si cela n’a pas encore atteint certaines proportions. Hier, le DG de la SN HLM a informé du licenciement de quelques 09 cadres de la boîte. “Cette décision est motivée par la situation économique et organisationnelle que traverse actuellement la société”, s’est justifié le DG Abdourahmane Dabo.
Plus spécifiquement, il vise : la dégradation de la qualité des actifs de l’entreprise, la pollution des assiettes foncières due à des occupations irrégulières sur une grande partie du territoire national, les difficultés financières importantes auxquelles la société est confrontée ; l’absence de volume de travail suffisant pour les postes occupés par ces agents, entre autres. À en croire le DG, “la productivité de ces agents est nulle depuis plus de deux ans”.
Les faux alibis : « du took muy dox » à la productivité nulle
Des arguments décriés par plusieurs militants de Pastef qui semblent avoir complètement oublié qu’au début de l’alternance, ce sont eux-mêmes qui justifiaient de telles pratiques. À l’instar du DG Dabo qui parle de “productivité nulle”, eux parlaient très souvent de la fin du “took muy dox” (emplois fictifs ou recrutements politiques).
De l’avis du président du Rassemblement des travailleurs du Sénégal, il urge que l’État prenne des mesures pour mettre un terme à ce genre de pratiques. “Les effets de ces licenciements sont dévastateurs. Il faut que les gens intègrent que derrière chaque licencié, c’est un loyer impayé, un enfant déscolarisé…. Nous avons saisi l’actuel ministre de la Justice pour une audience. Parce que nous avons une proposition pour un renforcement de la répression du licenciement abusif”, plaide Monsieur Boubacar Fall.
Pour lui, si les gens se permettent de tels manquements, c’est parce que en cas de condamnation, l’argent ne sort pas de leurs poches. “…Si on ne peut pas les envoyer en prison, que le responsable supporte au moins les 70% en cas de condamnation. C’est très facile de faire du n’importe quoi, de s’en aller et de laisser les pots cassés à l’État.”
Revenant sur le cas des licenciements à la SN HLM, il a tenu à préciser : “Nous allons nous battre pour que les droits des travailleurs soient respectés. Mais je dois à la vérité dire qu’il a au moins fait mieux que les DG de Pastef, s’il respecte son engagement. Il a annoncé qu’il va payer toutes les indemnités dues aux travailleurs. Les DG de Pastef ne l’avaient pas fait. Quoi qu’il en soit, c’est un dossier que nous allons suivre.”
Et si les dirigeants payaient la note
Le pire dans cette histoire, c’est que souvent pour licencier des travailleurs, on évoque les difficultés économiques. Mais juste derrière les licenciements, on note des recrutements massifs d’autres clientèles politiques. Depuis le limogeage de Ousmane Sonko, fait d’ailleurs remarquer Monsieur Fall, plusieurs DG de Pastef avaient commencé à réintégrer les travailleurs licenciés.
“Il y a le cas de l’Asepex qui avait licencié deux personnes, qui en a réintégré une. Il y a le Port qui avait clamé partout qu’il n’a licencié que 6 personnes. Aujourd’hui, nous avons enregistré 75 personnes réintégrées parmi les 781 licenciées … C’est vraiment des pratiques à bannir et nous interpellons le président de la République”, plaide le président du RTS.
Cela dit, il faut noter que ces pratiques sont aussi rendues possibles par une politisation à outrance des entreprises et agences publiques. Dans la plupart des boites, sous l’ancien régime comme sous le régime du jub jubal jubanti, ils sont nombreux les agents dont le recrutement ne repose sur aucun critère de nécessité ou de compétence.
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LICENCIEMENTS SN HLM Des prêts d’une centaine de millions consentis aux 09 agents Selon les informations parvenues à EnQuête, la direction générale de la SN HLM n’a pas tardé à évaluer le montant total des indemnisations dus aux travailleurs licenciés. Ces montants varieraient entre 6,375 millions et 30,751 millions de francs CFA. Le nouveau DG a toutefois souligné que, de ces montants, seront déduits de l’encours des crédits contractés par les agents licenciés auprès de la société. Interpellées sur la dette due par les neuf agents, certaines sources parlent d’une centaine de millions, sur une dette globale de plusieurs centaines de millions de francs CFA due par l’ensemble des agents à la SN HLM. Nous allons revenir sur ces chiffres. SN-HLM – CONTESTATION DES LICENCIEMENTS La gestion de Dabo mise en cause Au moment où la Direction générale de la SN-HLM invoque des difficultés économiques et organisationnelles pour justifier le licenciement de neuf cadres, une conseillère en communication de la société conteste les arguments avancés. Elle pointe notamment de nouveaux recrutements et certaines dépenses qui, selon elle, cadrent difficilement avec la situation financière décrite par le DG. Les explications de la Direction générale de la Société nationale des habitations à loyer modéré (SN-HLM) ne convainquent pas tout le monde au sein de l’entreprise. Dans un communiqué daté du 23 juillet, une conseillère en communication s’interroge sur la régularité des licenciements annoncés et, surtout, sur leur justification économique. Le directeur général, Pape Abdourahmane Dabo, invoque notamment les « difficultés financières importantes » de la société ainsi que l’insuffisance du volume de travail des agents concernés. Des arguments contestés dans le communiqué. Son auteure estime que le manque de ressources invoqué cadre difficilement avec certaines décisions prises parallèlement par la nouvelle administration. Elle pointe notamment le recrutement de nouveaux directeurs et d’assistantes. Une situation qui, à ses yeux, pose la question de la cohérence de la politique de rationalisation : pourquoi supprimer certains postes pour raisons financières tout en procédant à de nouveaux recrutements ? Voyages et conseils d’administration dans le viseur La contestation va au-delà de la politique de recrutement. La conseillère en communication demande également des éclaircissements sur plusieurs dépenses qu’elle attribue à la nouvelle direction. Elle évoque ainsi de nombreux déplacements qui auraient été effectués, en l’espace de trois mois, en Belgique, à Dubaï et aux États-Unis, notamment durant la Coupe du monde. Elle fait également état de deux conseils d’administration qui se seraient tenus dans un hôtel à Saly Portudal depuis l’arrivée du nouveau directeur général. Autant de dépenses qui, selon elle, mériteraient d’être expliquées au regard des difficultés financières mises en avant pour justifier les licenciements. La colonie de vacances de la société, dont le démarrage est annoncé pour ce vendredi 24 juillet, est également citée. Selon le communiqué, son organisation aurait nécessité « plusieurs dizaines de millions de francs CFA ». Aucun montant précis n’est cependant fourni. Au-delà des dépenses, l’auteure du communiqué émet des réserves sur la procédure ayant conduit au départ des neuf cadres. Elle estime qu’une restructuration devrait être accompagnée d’un dialogue avec les travailleurs et leurs représentants, du respect des procédures prévues par la législation et, lorsque les conditions sont réunies, de l’examen de solutions de reclassement. Elle interpelle ainsi le président du Conseil d’administration, le ministère de tutelle et l’Inspection du travail afin qu’ils vérifient la régularité des décisions prises. Ces accusations sur les recrutements, les voyages, les conseils d’administration et le coût de la colonie de vacances sont portées par l’auteure du communiqué. Elles nécessitent d’être confrontées à la version de la Direction générale de la SN-HLM. |
Par Mor Amar






