“L’autorité de l’État et la cohésion nationale ne sont pas négociables”

Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé, venu présider la cérémonie officielle du Gamou de Tivaouane, a placé son intervention sous le signe de la cohésion nationale, de la sécurité et de la tolérance, appelant à bannir les discours xénophobes. Le Khalife général des Tidianes, Serigne Babacar Sy Mansour, a, de son côté, appelé les Sénégalais à privilégier la paix, la responsabilité et l’unité.
« L’autorité de l’État et la cohésion nationale ne sont pas négociables. » À Tivaouane, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé, a donné le ton de son intervention lors de la cérémonie officielle du Gamou. Représentant le chef de l’État, il a réaffirmé la nécessité de préserver les fondamentaux du vivre-ensemble et la stabilité du pays. Devant les dignitaires religieux et les autorités administratives réunis dans la cité religieuse, le ministre a transmis au Khalife général des Tidianes, Serigne Babacar Sy Mansour, les hommages de la Nation ainsi que les remerciements du président de la République pour son accueil et ses recommandations à l’approche du Maouloud.
Mouhamadou Makhtar Cissé a également évoqué les défis auxquels le Sénégal est confronté. À ses yeux, l’urgence majeure reste économique. Mais cette priorité va de pair avec un impératif sécuritaire. La protection des frontières, la préservation de l’identité nationale et la stabilité du pays figurent ainsi parmi les préoccupations majeures de l’État. Une manière, pour le ministre, de rappeler que le développement économique ne peut être dissocié de la sécurité et de la cohésion nationale. Dans son intervention, il a aussi insisté sur l’héritage de Seydi El Hadj Malick Sy, dont il a salué la « trajectoire lumineuse ». Le guide religieux, a-t-il relevé, a joué un rôle majeur dans l’éducation, la formation et la transmission du savoir. Pour le ministre, cet héritage constitue un patrimoine immatériel dont les Sénégalais doivent davantage s’inspirer. Les valeurs, les connaissances et les références spirituelles transmises par les grandes figures religieuses du pays ont, selon lui, largement contribué à façonner la société sénégalaise.
« Les discours xénophobes sont à bannir »
Le ministre a consacré un développement appuyé à la montée des discours de rejet visant les étrangers établis au Sénégal. « Les discours xénophobes sont à bannir de notre société », a-t-il lancé, invitant ses compatriotes à demeurer ouverts à ceux qui vivent parmi eux. Mouhamadou Makhtar Cissé a adossé ce plaidoyer à une lecture spirituelle du thème de l’édition, l’unicité divine : celle-ci, a-t-il expliqué, n’est pas seulement une vérité sur Dieu, mais aussi une vérité sur la création. Une façon de replacer l’islam dans son registre premier de religion d’accueil, de tolérance et de solidarité.
L’argumentaire s’est ensuite nourri de l’histoire de l’Hégire. Rappelant que la première communauté musulmane du monde fut une communauté d’émigrés, le ministre a évoqué l’exil du Prophète Mouhamed (PSL) de La Mecque vers Médine. « Notre prophète est un émigré », a-t-il souligné, estimant qu’aucune forme d’ostracisme ne saurait être opposée aux étrangers qui respectent les lois de la République. Il a également rappelé que plus de deux millions de Sénégalais vivent hors du pays. Une réciprocité migratoire qui, à ses yeux, commande d’accueillir avec la même considération ceux qui choisissent de s’installer au Sénégal.
Cette ouverture ne dispense toutefois pas l’État de sa vigilance. La teranga sénégalaise, a insisté le ministre, ne saurait entamer la souveraineté nationale ni la sécurité du territoire, dans un environnement qui doit rester propice à l’activité des entreprises et à l’espoir des populations. Sur le volet opérationnel, il a annoncé la mise en place de dispositifs sécuritaires adaptés, notamment dans la délivrance des actes d’état civil, allusion aux craintes de fraude et d’instrumentalisation de la question migratoire qui alimentent une partie de ces discours de rejet. Il en a profité pour féliciter les Forces de défense et de sécurité pour leur engagement.
Le Khalife appelle à « ensemencer la paix »
Le message du Khalife général des Tidianes, transmis par Serigne Mansour Sy Dabakh, a résonné sur le même registre de la stabilité, mais avec un accent particulier sur la responsabilité individuelle et collective. En cohérence avec le thème de cette édition, « Ensemble, pensons et agissons par le verbe de l’unicité », Serigne Babacar Sy Mansour a invité les fidèles à faire des enseignements du Prophète Mouhamed (PSL) un guide pour leur vie quotidienne.
Pour lui, la célébration du Mawlid ne doit pas se résumer à l’apparat. « La célébration la plus authentique et la plus méritoire ne réside pas dans l’apparat, mais dans l’imitation », rappelle son message. La paix constitue le premier axe de cette adresse. Le Khalife appelle les Sénégalais à « ensemencer la paix dans tous les cercles de la vie », en commençant par la famille avant de l’étendre aux espaces professionnels et à l’ensemble de la société. Aux autorités publiques et aux institutions, il recommande le dialogue, la concertation et l’écoute pour prévenir les tensions. Il plaide ainsi pour un « pacte national fédérateur », fondé sur la recherche de solutions consensuelles.
Le Khalife a également placé la responsabilité citoyenne au cœur de son message. Dirigeants comme citoyens sont appelés à veiller à la préservation du bien public et à assumer pleinement leurs devoirs envers la patrie. Le détournement des ressources publiques fait particulièrement l’objet de son interpellation. Une telle pratique, rappelle-t-il, revient à priver la collectivité d’équipements et de services essentiels, notamment « d’un hôpital, d’une école, d’une route, d’un marché et de l’avenir ». La paix sociale passe également, selon lui, par le respect des engagements dans le monde du travail, la rigueur, l’excellence, la clarté des relations contractuelles et la protection des droits des travailleurs.
Les invectives sur les réseaux sociaux dénoncées
Autre préoccupation : les discours qui alimentent la division, notamment sur les réseaux sociaux. Serigne Babacar Sy Mansour exhorte les Sénégalais à se détourner de la calomnie, des invectives et des polémiques stériles. « Une patrie ne se bâtit pas dans les commentaires. Elle se bâtit par l’effort, le travail et la coopération de ses citoyens », rappelle-t-il. À Tivaouane, les messages de l’État et du Khalife se sont ainsi croisés autour d’une même exigence : préserver la stabilité du Sénégal. L’un insiste sur l’autorité, la sécurité, la tolérance et les priorités économiques ; l’autre appelle à la paix, au dialogue et à la responsabilité. Une convergence qui remet au centre une question essentielle : comment préserver la cohésion nationale lorsque les tensions sociales, les défis économiques et les fractures dans le débat public fragilisent le vivre-ensemble ?
Ndeye Diallo (Thiès)






