Publié le 1 Nov 2018 - 03:32
PORTRAIT/JEAN-MARIE BRUCE, PLASTICIEN

Docteur de l’âme

 

Il fait du beau travail, mais se terre dans son Art (Atelier Résidence Tripano). Il n’en sort que pour décorer les murs de quelques hôpitaux. Son art contribue à apaiser des malades, d’où son surnom : ‘’Le docteur de l’âme’’.

 

L’atelier de Jean-Marie Claude Bruce est un lieu qu’on peut comparer à la caverne d’Ali Baba. Si la fameuse caverne regorge de trésors et que la porte s’ouvre par la formule ‘’Sésame, ouvres-toi’’, dans celle de Jeannot Bruce, la porte est gardée par des chiens qui tétanisent les plus téméraires et font rebrousser chemin les peureux. La caverne de Jeannot, qui lui sert d’atelier, regorge de richesses naturelles : on y rencontre des bleues de Hollande (race de poules), des oies, des perruches, des moutons, entre autres. ‘’Ce n’est pas la caverne d’Ali Baba. Mais la caverne de Jean-Marie Claude Bruce. Caverne de connaissance, de mémoire, de spiritualité, de bonheur, d’amour‘’, rectifie l’artiste.

Né en juin 1965 à Mbour, il a suivi une formation à l’École nationale des arts de Dakar, de 1988 à 1992. A sa sortie, il entame des recherches sur la société, son évolution, son quotidien. L’artiste est connu pour ses ombres et ses portes. Sa peinture traite de sujets comme l’émigration, l’humanité. ‘’Je me demande pourquoi notre jeunesse prend des pirogues ou affronte le Sahara à la recherche de l’Eldorado. J’apporte quelques réponses à cette question à travers mon travail. Je me dis que c’est dû à la colonisation, leur vœu de réussir, l’Internet. On doit apprendre aux jeunes c’est quoi l’internet avant de les laisser l’utiliser. L’internet joue un grand rôle dans ce besoin d’aller ailleurs. Les jeunes sont leurrés par ce qu’ils voient grâce aux technologies de l’information. On leur montre ce qui n’existe pas. Il y a des gens qui partent pour travailler dans des champs de blé, de raisins ou autres plantations. Ils viennent en vacances en apportant des euros. Son ami ou voisin qu’il avait laissé le voyant bien habillé avec quelques billets, se dit qu’il doit lui aussi aller tenter sa chance à l’étranger. Il sera encouragé par sa mère qui vendra peut-être ses bijoux en or pour payer son voyage.  Quand ils échouent, c’est l’échec de toute une famille, souvent. Dans mon travail, j’essaie de les informer sur ces risques‘’, explique l’artiste.  

Au-delà de l’émigration, d’autres thèmes l’interpellent. ‘’Mes recherches m’ont permis de pouvoir discerner ce qui est bon de ce qui est mauvais. Ce qui est mauvais sur l’autre, je préfère le prendre et le mettre en moi. Et prendre ce qui est bon en moi pour le lui donner. Moi, je ne regarde pas ce que l’autre a pour le partager. Artiste ‘’dangay ar tiss sou djambour yi. Dagnou bokk si mbotayou rafetaye. Nous devons être toujours gentils’’, philosophe celui qu’on surnomme ‘’Le docteur de l’âme’’. ‘’Dans l’art, il y a la sensibilité. Les gens dont la connaissance somnole, on doit les réveiller. On n’est pas pauvre. On peut être pauvre dans les poches, mais pas dans la tête‘’, soutient-il.

Avec l’art, Jeannot Bruce a pu tendre la main à des personnes qui avaient des problèmes psychiques. En effet, le bien-être de son prochain est quelque chose qui lui tient à cœur. Cette recherche du bien de l’autre l’a mené dans les hôpitaux où il fait de l’imagerie médicale. ‘’Les murs sont vides dans les hôpitaux, il n’y a pas de télé. Je vais dans les hôpitaux, je fais des dessins sur les murs avec des fleurs, des feuilles, des singes. En regardant, l’enfant ne ressent pas les douleurs. Y a certaines douleurs que les comprimés ne soignent pas‘’.

Dans une pièce d’Art, on retrouve différents objets qu’il ramasse au gré de ses déplacements. Il a maintes fois exposé à l’étranger et au Sénégal.

L’Homme, l’Etre, son Ombre

La plupart des œuvres de cet artiste sont représentées par des morceaux de bois de pirogues qu’il taille, ajuste, recolle, pour en faire des tableaux décoratifs ou des portes. Il excelle ainsi dans la récupération. Il a travaillé sur une série d’œuvres appelée ‘’l’Homme, L’Etre et son Ombre’’. Il met en exergue des ombres travaillées sur un objet très énigmatique qui accompagne l’homme à tous les stades de sa vie. Il y a cette Porte, que l’on retrouve partout dans son environnement comme dans ses œuvres. Des portes ouvertes, fermées, entremêlées, sombres. Jeannot Bruce préfère celles où germent toujours lueur et espoir, partage et entraide, amour et soutien.

Ses portes s’ouvrent sur des rencontres fructueuses, celles qui mènent vers des horizons constructifs. En contemplant ses portes, on pense y voir juste une tache. Alors que les figurines ont été obtenues après de longues réflexions et un long travail de dur labeur. Des portes en tôles rouillées par les effets du temps, qu’il brûle pour obtenir l’aspect souhaité. Sur ce matériau, il parvient à rendre visible des silhouettes, des formes horizontales, diagonales, des nuances foncées. Il a plus de 300 portes qui parlent tous de l’homme, son être, et son ombre, à son actif. Il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

KHADY NDOYE

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