Publié le 23 Apr 2018 - 16:50
PRISE EN CHARGE MÉDICALE, ÉDUCATION DE LEURS ENFANTS…

Les Pvvih étalent leurs souffrances

 

Devant l’absence d’une prise en charge totale et d’une éducation inclusive au profit de leurs enfants, les personnes vivant avec le sida (Pvvih) du département de Thiès souffrent. L’un des responsables de leur association s’est confié, hier, à ‘’EnQuête’’, sur leurs difficultés et leurs doléances.

 

Regroupés depuis 2006 au sein de l’association départementale Jokko, les personnes vivant avec le sida (Pvvih), au nombre de 35, dont plus de femmes que d’hommes, réclament une meilleure prise en charge et leur implication dans l’élaboration des projets et programmes les concernant. Pour se faire soigner, certains des membres de Jokko sont obligés de se rendre régulièrement à Dakar, plus précisément au Centre ambulatoire de traitement (Cta) sis à l'hôpital Fann. Au-delà de l’équation du transport, les Pvvih sont tenues de débourser de l’argent, une fois sur place, pour se prendre en charge. L’un d’eux s’est confié à ‘’EnQuête’’. Il révèle les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien.

En plus de vivre la dislocation de leurs ménages, notre interlocuteur renseigne que la réduction du Fonds mondial destiné aux Pvvih a eu un impact négatif sur leur prise en charge médicale. Outre la diminution des ressources financières, le membre fondateur de l’association Jokko indique que le retrait de certaines institutions, au prétexte que le Vih n’est plus à l’ordre du jour, retarde l’éradication de la pandémie du sida. ‘’La problématique relative à la prise en charge des personnes vivant avec le Vih/sida est très loin d’être effective, bien que nous saluons les efforts qui ont été consentis par l’État du Sénégal.

La personne qui vit avec le sida a besoin de médicaments pour trois mois. Mais, parfois, nous constatons une rupture dans le traitement des Pvvih. Alors que celui-ci devrait se faire sans rupture. Les infections opportunistes (Io) ne sont pas prises en charge par le programme visant à éliminer le Vih/sida au Sénégal. Ce sont seulement les médicaments antirétroviraux (Arv) qui ont été exonérés à 100 % par l’ancien régime du président Abdoulaye Wade. Mais les médicaments pour les Io ne sont pas pris en compte’’, explique notre interlocuteur.

Poursuivant ses confidences, il souligne qu’il y a nécessité de protéger davantage les personnes vivant avec le Vih. Par exemple, préconise-t-il, si une Pvvih contracte une maladie comme le paludisme, ses ordonnances doivent être prises en charge par le projet qui vise à éliminer le Vih. ‘’Les fonds qui nous sont dédiés sont détournés parfois. Il faut qu’il y ait plus de transparence. Dans ce cas précis, les organisations qui reçoivent les fonds doivent être encadrées. Elles bénéficient plus de ces ressources-là que les concernées qui se retrouvent avec des miettes pour se prendre en charge. Et en cas de besoin, on nous fait savoir que les fonds sont épuisés et pendant que tu attends, la maladie continue à se développer. Nos priorités ne sont pas prises en compte. Depuis très longtemps, cette pandémie a été diabolisée et les malades aussi’’, déplore notre source.

L’équation de l’éducation des Oev

On pensait que la stigmatisation et la marginalisation étaient devenues de mauvais souvenirs pour les personnes vivant avec le Vih et que les Sénégalais savent, désormais, que cette maladie est très loin d’être une fatalité. Il n’en est rien, si l’on en croit ce membre de l’association Jokko de Thiès. Car, après la prise en charge médicale qui se trouve être leur difficulté majeure, surgit un autre problème : la scolarisation de leurs enfants communément appelés ‘’orphelins enfants vulnérables’’ (Oev). Sur ce sujet si fondamental, notre interlocuteur pense que l’État et toutes les autres structures qui travaillent à l’élimination de la pandémie du Vih/sida gagneraient à les aider davantage dans l’éducation de leurs enfants. Car les Oev, dit-il, doivent être traités au même titre que les autres enfants de la République. Pas question, à son avis, de les singulariser. ‘’Nos enfants ne sont pas traités, parfois, au même titre que les autres, du fait du statut de leurs parents. Ce sont même nos parents très proches et le voisinage qui divulguent notre statut et l’exposent sur la place publique. Je ne peux pas comprendre que nos enfants puissent connaître un tel sort. Ils sont uniquement des victimes, dans cette affaire. Doit-on les exclure de la société sénégalaise ? Non, je ne le pense pas. Nos enfants ont le droit d’être instruits, comme tous les autres’’, tempête-t-il.

Avant d’ajouter qu’eux aussi vivent parfois ce même calvaire. ‘’Un jour, je devais rencontrer une haute autorité de l’Administration territoriale pour solliciter un boulot pour un membre de notre association. A ma grande surprise, ce dernier m’a dit qu’il pouvait le faire, mais il a peur que mon camarade y contamine ses collègues. Il a catégoriquement refusé. Voilà le résumé de nos vies quotidiennes. Je me demande même si nous sommes des citoyens à part entière’’, se désole-t-il.

Infiltration des non-infectées

S’il y a une autre problématique qui préoccupe l’Association des personnes vivant avec le Vih de Thiès, c’est l’infiltration, lors des séminaires et autres rencontres, de personnes non-infectées. D’où l’indignation de notre interlocuteur. ‘’Quand il y a un séminaire sur le sujet, nous voyons très souvent des personnes qui ne sont pas infectées. Mais leur souhait, c’est de venir partager les maigres ressources dédiées à aux personnes vivant avec le Vih. Leur présence se résume en une seule chose : profiter du remboursement de transport et disparaître. A ce rythme, je ne pense pas qu’on puisse arriver à éradiquer la pandémie du sida au Sénégal à l’horizon 2030. Pour y arriver, il faut que les acteurs, les institutions financières et les intermédiaires qui captent les fonds travaillent davantage à nous prendre en charge. Il ne faut surtout pas que ces fonds soient utilisés à d’autres fins’’, s’indigne le membre fondateur de Jokko. Notre interlocuteur souhaite que les personnes vivant avec le Vih soient impliquées dans l’élaboration des projets qui leur sont destinés. ‘’On nous balance dans le vide plusieurs projets. On ne sait pas si c’est à notre convenance ou pas. Nous devons être présents avant, pendant et après l’élaboration de ces projets qui nous concernent. Il reste encore beaucoup à faire, notamment dans la prise en charge. Et nous le déplorons’’, conclut notre interlocuteur.

GAUSTIN DIATTA (THIÈS)@

 

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