Publié le 17 Dec 2014 - 03:39
PROCÈS TAHIBOU NDIAYE

Un tout autre style pour le parquet spécial

 

Ce n’est pas exagéré que de dire que ce qu’on attendait le plus, à la reprise des audiences de la CREI, c’était d’assister à la première prise de parole du nouveau procureur spécial, Cheikh Tidiane Mara, ne serait-ce que pour se faire une idée du personnage. Et a priori, ce dernier semble tout le contraire de son flamboyant prédécesseur…

 

Après le spectaculaire « déboulonnage » d’Alioune Ndao, le 11 novembre dernier, la CREI s’est retrouvée comme une hydre sans tête, pendant près d’un mois et demi. Cela, par voie de conséquence, a logiquement entraîné plusieurs reports d’audiences dont la reprise du procès Karim Wade prévue pour le 22 décembre prochain. Hier, néanmoins, la CREI a rouvert ses portes, en siégeant dans le cadre de l’affaire Tahibou Ndiaye qui, avec ses filles et son épouse, se voit à son tour reproché les faits d’enrichissement illicite.

C’est ainsi un tout nouveau procureur spécial qui s’est assis sur le siège auparavant réservé à Alioune Ndao. A 10h précises, on a vu entrer un homme de corpulence et de taille moyenne, au visage large quoique aussi ordinaire que la paire de lunettes à monture dorée vissée sur son nez… Malgré ce manque de singularité physique, ce dernier se déplace d’un pas régalien et exsude une aura de calme (voire de confiance) assez appréciable. Portant, Cheikh Tidiane Mara, le nouveau « PS », était depuis longtemps précédé par sa réputation discutée et disséquée sous toutes les coutures dans la presse, dès l’annonce de sa nomination.

Malgré tout (et bien que tous les yeux soient rivés sur lui), ce dernier est arrivé et s’est installé sans fioritures, déplaçant des piles de documents devant lui, tandis que le Président de la Cour, Henri Grégoire Diop, s’est chargé de « formellement » le présenter à l’assistance.  Invité à dire quelques mots, un peu plus tard, l’intéressé s’est distingué de par la courtoisie des salutations adressées à chacun et prononcées d’une voix posée.

Cela fait, c’est la Défense la première qui a pris la parole pour soulever ses exceptions. Ces dernières ayant été par ailleurs consignées dans des écrits qu’elle a, en début d’audience, communiqués à l’ensemble des parties. Bien qu’on compte au nombre des conseils de Tahibou Ndiaye ceux qui, dans les annales de la CREI, pourraient facilement se voir attribuer le surnom de «cavaliers de l’Apocalypse », tellement ils ont, de mémoire récente, « terrorisé » (pour reprendre l’expression de Me Elh Hadj Diouf) leur monde, l’ensemble des points soulevés est très vite parcouru.

En effet, que ce soit Mes Seydou Diagne, Borso Pouye, Demba Ciré Bathily, Abdelrahmane So  et Samba Sow ou encore Saër Lo Thiam, personne ne trouve le besoin de s’abîmer outre mesure en digressions (certes) inspirées et c’est ainsi qu’à 15h, au premier jour d’audience de cette « affaire Tahibou », le Parquet spécial avait la parole… Du jamais vu !

Le nouveau procureur dresse, dès l’entame de son réquisitoire, un plan résumant l’essentiel de ce qu’il appelle « les griefs » de la Défense, ainsi que la manière avec laquelle son substitut et lui comptent les adresser, avant qu’Antoine Felix Diome, à qui il passe la parole, se lève à son tour pour « plaider » les points lui étant confiés. Pour le parquet, il s’agit là d’une démarche qui apparaît beaucoup plus méthodique que ce à quoi on était habitués et, à l’image de ce qui s’est passé avec la Défense, on vient vite à bout de la liste des points à développer.

Le tour de la Partie Civile étant venue, c’est un agent judiciaire de l’État du nom d’El Hadj Alé Birima Fall qui se présente en premier à la barre. Pertinent, ce dernier se montre si exhaustif que Me Samba Bitèye, venant après lui, déclare n’avoir plus rien à dire pour avoir été précédé par une « machine à laver ayant tout nettoyé »… Ce petit calembour est ensuite repris par Me Moustapha Mbaye qui va estimer qu’avant lui, « on a passé la serpillière » et qu’il « n’y a plus un grain de poussière » !

Évidemment, ces différents points de vue ne sont pas partagés par la Défense qui, aujourd’hui, se chargera de répondre aux arguments des autres parties… À voir la manière dont Me Bourso Pouye insistait hier, pour commencer bien qu’il fût l’heure de suspendre l’audience, on se doute que lesdites répliques vont être fortes en piment !

Sophiane Bengeloun

 
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