Publié le 7 Mar 2023 - 14:51
MAGAL DE DAROU MOUKHTY

Le chercheur Cheikh Oumar Bamba Diop explique Borom Darou  

 

Demain mercredi, la communauté mouride va célébrer le Magal de Darou Moukhty, fief de Mame Thierno Birahim, frère de Serigne Touba. À cette occasion, le chercheur Cheikh Oumar Bamba Diop nous parle du slogan ‘’Xam Thierno Jotna’’. 

   

Selon le chercheur Cheikh Oumar Bamba Diop, les actes de dévotion envers Allah (SWT) doivent être faits selon des textes : le Coran, les hadiths et le consensus des oulémas dans le commentaire des deux précités.  Ceci, selon Cheikh Oumar Bamba Diop, est compris dans les savoirs livresques, sans oublier le savoir qui découle de la pureté et de la purification des âmes (la gnose, la haqiqa ou le tassawuf), bref le savoir.

Ainsi, Serigne Touba, dit-il, avait choisi Mame Thierno Birahim, par ailleurs son frère, pour exercer ce ministère primordial : le savoir. ‘’Thierno s’appliqua jusqu’à former les sommités dont Cheikh Moustapha (premier khalife de Bamba sur terre), Serigne Fallou (deuxième khalife), Serigne Makhtar Bineta (Cheikh de Serigne Touba)... D’où le témoignage des hôtes mauritaniens (Ibn Habd Rahmane Al halawy) sur la pédagogie et l’acabit des étudiants de Ndaama. Pourtant, étant l’un des plus doctes de ses contemporains, il n’a écrit que rarement par égard à la plume du fondateur du mouridisme. Dans l’application aussi de ces textes sacrés, la rigueur fut le mot d’ordre : ‘’Pour entrer dans la mosquée, il fallait des ablutions fraîches, malgré la rareté du liquide précieux à l’époque, prônait-il.’’ Pour ainsi dire que celui qui ne prend guère ce qu’on lui accorde par allégement saura respecter scrupuleusement ce qui lui est prescrit obligatoirement’’, renseigne le chercheur.

Durant sa vie de plus de 80 années, raconte-t-il, Borom Darou n’a fait le Tayamum, autrement dit : prier sans ablutions avec de l’eau, mais avec une prière adéquate ou du sable, que deux fois et il a repris les prières avec, quand il eut de l’eau. ‘’Voilà une illustration de son attachement à la shariha. Concernant la haqiqa (rectitude), Serigne Touba lui avait certifié libre champ de donner tous les awraad, d’où Cheikh Ibrahim Diop Al Mashari qui dit en son honneur : (Ô ! Revivificateur de la sunna de l’Élu, tu es au-dessus de tous les dotés de science). Al Hamal (le travail) et al hilm, étant une paire de ciseaux, s’écrivant même avec les mêmes lettres en arabe, devaient avoir une place de choix dans la mission du Cheikh (Serigne Touba). Car, pour que la viabilité de toute entreprise ne soit pas compromise, il lui faut une autodépendance.’’

‘’Thierno fut le singulier qui l’emporte toujours sur le pluriel’’

Le chercheur ajoute : ‘’Chaque œuvre porte plus ou moins les marques de son financier et le mouridisme se voulait un islam pur non coloré à ni l’Orient, ni à l’Occident. Serigne Touba propulsa Mame Thierno au-devant de la scène par une missive pour montrer l’exemple dans ce domaine qu’il a jugé primaire avant les Occidentaux. Seule l’agriculture cautionne la vie et la pratique religieuse dans l’indépendance.

Thierno s’appliqua jusqu’à devenir le grenier du Sénégal à partir d’un seul sac de mil. Même les colons sollicitaient son aide alimentaire pour les prisons. Darou Mouhty avait des potagers et des variétés de plantes inconnues de cette époque. Dans le domaine de l’élevage, au-delà des ovins, bovins et caprins, il élevait même des autruches. Pourtant, il ne s’acquittait même pas de la zakat sur les récoltes qu’il considérait comme la propriété de son Maître. Du haut de sa richesse, il était du nombre des nécessiteux. Les relations humaines aussi figuraient en lettres d’or dans le Tadjid, autrement dit le mouridisme. Serigne Touba lui instruit comment être utile à son prochain. Il lui instruit l’humilité qui mettra en exergue toute sa dignité’’.

Ainsi, selon Cheikh Oumar Bamba Diop, ‘’il fallait un homme de la trempe de Thierno pour maintenir haut le drapeau de l’islam, après l’exil de Serigne Touba, face aux complots des Français, de concert avec les ceddo et les fumisteries d’une certaine élite religieuse. Dans la pénombre de l’oppression coloniale occasionnant l’incertitude des lendemains du mouridisme, ne pouvait tenir debout qu’un ténor du ciel qui savait dompter la vie, malgré ces multiples visages lugubres. Thierno fut, depuis lors, le singulier qui l’emporte toujours sur le pluriel, mais encore la consonne devant chaque voyelle permettant une vraie lecture de l’énoncé de l’esprit et de la lettre du mouridisme’’.  

CHEIKH THIAM 

 

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