Publié le 19 Sep 2012 - 18:04
MALI-SAMUEL SIDIBE

 "Il faudra voir comment réhabiliter les mausolées détruits" du Nord-Mali

 

En marge d’un atelier sur la sensibilisation à la lutte contre le trafic illicite des biens culturels en Afrique de l’Ouest, qui s’est tenu à Dakar du 16 au 19 septembre, le directeur du Musée national du Mali, Samuel Sidibé, a répondu aux questions de Jeune Afrique. Archéologue de formation, il détaille les menaces qui pèsent sur les monuments du nord du Mali, passé sous le contrôle de groupes islamistes armés.

 

Jeune Afrique : Peut-on évaluer aujourd’hui l’ampleur des dégâts culturels au Nord-Mali ?

 

Samuel Sidibé : Des groupes islamiques armés occupent toute la région. Ils se sont mis à détruire les monuments au prétexte que leur islamisme serait authentique. Avec le départ de l’administration dans le Nord, on a de plus en plus de difficultés à évaluer exactement la situation. A priori, des situations comme celle qui prévaut sont porteuses d’anarchie et créent des conditions favorables à toutes les activités illicites. C’est cela que nous redoutons le plus aujourd’hui.

 

Des médiations ont été entreprises pour ramener à la raison les islamistes pilleurs. Qu’en est-il ?

 

Des médiations ont été faites, plusieurs organisations ont essayé, mais on n’a pas le sentiment aujourd’hui qu’elles ont apporté quelque chose. D’autant qu’en fin de semaine dernière, il y a encore eu des destructions de mausolées au nord de Gao.

 

''Les perspectives de réhabilitation, de restauration ou de reconstruction des monuments détruits sont envisageables''.

 

La restauration des biens détruits est-elle possible ?

 

Les perspectives de réhabilitation, de restauration ou de reconstruction des monuments détruits sont envisageables. Ce sont des monuments que l’on connaît, ils sont documentés. Il faudra donc voir avec les communautés comment on peut réhabiliter ces monuments ou ces mausolées pour que les populations puissent revenir à une pratique qui est essentielle pour elles.

 

Peut-on aujourd’hui quantifier ou évaluer le trafic illicite de biens culturels en Afrique ?

 

Il y a un déficit de ce point de vue. L’importance du trafic illicite s’évalue aujourd’hui à l’importance des objets africains qui sont en Europe. Si vous allez par exemple dans n’importe quel musée en Europe et dans les grandes collections privées, vous trouverez une quantité importante d’objets africains. Le trafic peut s’évaluer aussi à travers le nombre de sites archéologiques qui sont détruits. Car ceux-ci sont pillés par des gens qui exportent illicitement les objets. Mais il n’y a pas de statistiques disponibles là-dessus.

 

Qui sont ces pilleurs ?

 

Ce sont d’abord des opérateurs locaux qui sont des antiquaires. Ils payent parfois les gens pour voler ou piller les sites et, après coups, exportent illicitement les objets volés vers l’Europe. L’époque où les européens venaient directement prospecter en Afrique pour acheter est révolue, à cause des mesures prises contre les pillages. Aujourd’hui, ils mettent en place des réseaux locaux qui peuvent éventuellement les ravitailler.

 

Jeuneafrique

 

 

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