Publié le 4 Jun 2026 - 16:44
RESTRUCTURATION-BAISSE DES SUBVENTIONS

Sonko file la patate chaude à Diomaye

 

En quittant le gouvernement dans une situation financière et économique catastrophique, Ousmane Sonko laisse un cadeau empoisonné à Diomaye et à son nouveau PM, qui vont devoir endosser des mesures économiques ingrates et certainement peu polaires.

 

Quel sort pour les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) dans la configuration politique actuelle ? L’éloignement de Sonko et de certains ministres de Pastef sera-t-il une source de blocage supplémentaire ou bien un facteur de dégel ? Les questions taraudent bien des esprits. Pour le moment, les choses restent en l’état. Les marchés internationaux continuent de se méfier des obligations du Sénégal, malgré les gages de Diomaye et de son Gouvernement.

Journaliste spécialiste des questions économiques, Jaume Portell Caño explique : “Malgré le nouveau gouvernement, les choses n’ont pas changé pour le moment. Les prix restent presque les mêmes. Maintenant, les rendements du bon pour les échéances de 10 ans, c’est autour de 14%. Ça veut dire que si l’État emprunte à 10 ans, il faut payer 14%, c’est trop élevé.”

Dans l’immédiat, le Gouvernement se préoccupe plus des échéances immédiates. Et les mois de juin et juillet risquent d’être des mois aussi stressants. “L’État doit payer des intérêts pour certains eurobonds le 8 juin. Aussi, le Fonds monétaire international arrive le même jour. Deux jours après, le 10 juin, il y a un autre coupon à payer, c’est donc des jours très importants dans le calendrier….”, rappelle Monsieur Caño.

Il y a quelques jours, à l’assemblée nationale, le ministre en charge des Finances et du Budget était revenu sur cette mission très attendue. “Il est prévu de reprendre les discussions dès la semaine du 8 juin. Avant le 30 juin, nous espérons au moins nous accorder sur les grands axes du nouveau programme, en attendant de finaliser toute la documentation qui doit l’accompagner”, avait affirmé le ministre Diba.

Le principal point d’achopement, selon lui, c’est le traitement de la dette. “Nous avons insisté, lors de la rencontre entre la DG du FMI et le président de la République, sur le fait que notre décision de ne pas aller vers la restructuration n’est pas une question de fierté, mais une question de coût d’opportunité. Nous estimons que la solution alternative que nous portons est plus efficace et moins onéreuse. Voilà la raison pour laquelle nous n’avons pas opté pour la restructuration”, soutenait Cheikh Diba le vendredi 22 Mai dernier.

Pour sa part, le désormais ex ministre en charge de l’Économie n’avait pas mis de gants pour cracher ses vérités devant le Premier ministre. Il ne s’est pas empêché de relever les multiples paradoxes dans le discours des élus et de tant de politiques sénégalais qui, tantôt clament la souveraineté, tantôt se préoccupent du retour du Fonds monétaire international. “Quand on veut être souverain, il faut d’abord avoir les moyens de sa souveraineté. Si vous n’avez pas les moyens, vous allez chercher de l’aide sur le marché ou au FMI….”, avait prévenu Monsieur Sarr.

Des subventions sur l’Énergie intenables

Revenant sur l’état des discussions avec le FMI, il avait déclaré : “Il faut savoir que le FMI ne viendra pas pour corriger nos failles. Vous ne pouvez pas refuser de tirer les conséquences de la hausse des prix des hydrocarbures et espérer du FMI qu’il vous aide à supporter des subventions de 1 000 milliards, ce n’est pas possible. Maintenant, si on peut le financer par nous-mêmes, alors on n’a pas besoin du FMI.”

Selon l’ancien ministre de l’Économie, le Sénégal n’a pas d’autre choix que de limiter ses besoins s’il veut s’émanciper des solutions du FMI.

Il faut noter les subventions sur l’Énergie ont toujours été une source de conflit entre le Sénégal et l’institution de Bretton Woods. Face aux députés, le ministre des Finances était aussi revenu sur les différents scénarios pour cette année. Dans la LFI, les services avaient misé sur une hypothèse des prix du baril estimés à 64 dollars. Auquel cas, les prévisions tablaient sur une enveloppe de 250 milliards. Cette hypothèse d’avant la guerre en Iran n’est aujourd’hui plus d’actualité.

Le gouvernement travaille plus sur une hypothèse optimiste de 85 dollars le baril et sur une autre de 115 dollars de prix moyen pour l’année. Dans le premier cas, les subventions passeraient de 250 milliards (LFI) à 774 milliards. Dans le deuxième cas, le volume de subventions passerait à 1 396 milliards FCFA, plus de 1 146 milliards de plus par rapport aux prévisions. De l’avis du ministre, c’est tout simplement intenable.

“J’ai proposé à ce qu’on rehausse les prix et qu’on partage le fardeau avec les populations. La réponse du PM a jusqu’ici été négative. Nous avons mis à jour le cadrage en essayant de proposer, selon les différents scénari, les situations qui vont permettre de rester sur la trajectoire de consolidation budgétaire”, a renchéri le ministre Cheikh Diba.

Le Premier ministre avait lui aussi constaté les difficultés liées à la crise énergétique et ses éventuelles répercussions. “Sur l’année, si on ne prend aucune mesure, les subventions vont dépasser mille milliards, pour un budget de 5 000 milliards. Cela veut dire que 1/5 du budget va aux subventions des hydrocarbures”, avait-il soutenu, avant d’ajouter : “Normalement, je devais faire ce que tout le monde a fait (augmenter les prix)...” Cela ne veut pas dire, selon lui, qu’il n’y aura pas d’augmentation. “Nous allons tout faire pour ne pas répercuter les conséquences sur les populations. Mais à l’impossible nul n’étant tenu, quand on va se rendre compte que ce n’est pas possible on va revenir vous le dire”, avait plaidé le PM qui misait sur une baisse des taxes pour éviter de pénaliser doublement le Sénégalais.

Quel impact pour l’arrivée de Al Aminou Lo à la primature ?

Cela dit, certains espèrent que la configuration actuelle pourrait aider à la normalisation des rapports avec le FMI et certains partenaires. De l’avis de l’économiste Pape Abdoulaye Seck, le choix de Al Aminou comme PM et de Diba pour le grand département de l’Économie, des Finances et du Plan peut s’analyser comme un signal fort aux marchés. Mais au-delà des hommes, Monsieur Seck a insisté sur la pertinence du regroupement des ministères de l'économie et des finances. Cela peut traduire, selon lui, une plus cohérence et l’harmonisation des logiciels et outils d'évaluation des opérations financières entre les différentes directions stratégiques.

Cette approche permet également une meilleure coordination et planification des interventions et échanges avec les partenaires, expliquait le spécialiste, très optimiste quant au déblocage prochain des négociations.

Le président du mouvement politique Dundu, le banquier Madana Kane, est quant à lui moins euphorique. Il disait dans nos précédentes éditions que les incertitudes autour du fonctionnement des institutions peuvent plomber toutes les initiatives. “Comme il y a des tensions politiques au sommet, entre le président de la république détenteur du pouvoir institutionnel et le président de l’Assemblée détenteur du pouvoir politique. Les gens vont se demander où on va ? Cette situation d’incertitude est un risque pour les investisseurs. C’est pourquoi dès le PM a été limogé, les marchés ont réagi avec les obligations qui ont chuté”, analysait l’ancien patron de la BIS au Sénégal.

MOR AMAR

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