La famille Kounta et l’État en croisade pour la paix et la cohésion nationale

La 143e édition du Gamou de Ndiassane a été placée sous le signe de la paix, de la tolérance et du dialogue. Face aux défis qui traversent la société sénégalaise, la famille Kounta et le gouvernement ont délivré, à l'unisson, un plaidoyer en faveur du retour aux valeurs, du respect mutuel et de la préservation de l'unité nationale.
La cérémonie officielle, qui a réuni la famille Kounta, les autorités administratives et de nombreuses délégations, a été dominée par un appel à la paix et au renforcement de la cohésion sociale. Dans son discours, le porte-parole de la famille Kounta, Cheikh Khalifa Ababacar Kounta, a rappelé la nécessité de préserver l'unité de la communauté musulmane sénégalaise, malgré la diversité des confréries et des sensibilités religieuses.
Les différentes « tarikha », dit-il, constituent autant de voies convergeant vers une même foi. Pour le porte-parole, cette unité constitue un acquis précieux qu'il convient de préserver. Il a ainsi souligné le rôle historique joué par Ndiassane dans la consolidation des liens entre les différentes composantes de la société sénégalaise.
Au-delà de la dimension religieuse du Gamou, Cheikh Khalifa Ababacar Kounta a porté un regard préoccupé sur certaines évolutions de la société. Il a appelé les Sénégalais, et particulièrement les musulmans, à faire preuve de patience et à renouer avec les valeurs fondamentales de l'Islam et de la société. Le respect, la solidarité, la dignité, la retenue et le sens du collectif doivent, selon lui, retrouver leur place dans les comportements quotidiens.
L'objectif est notamment de préserver la « Téranga sénégalaise », considérée comme l'une des expressions les plus fortes de l'identité sociale du pays. Le porte-parole de la famille Kounta a ainsi invité à délaisser les pratiques et comportements susceptibles de fragiliser ce patrimoine social et culturel.
La famille Kounta n'a pas manqué d’interpeller les médias. Dans un contexte où les réseaux sociaux et les nouveaux modes de diffusion de l'information occupent une place grandissante, les professionnels de la presse ont été invités à prendre davantage en compte leur responsabilité dans la société. Sensibiliser, éduquer, informer et contribuer à la formation des citoyens : tels sont, selon le porte-parole, les principaux axes autour desquels les médias doivent inscrire leur mission.
Le porte-parole du khalife a également formulé des prières pour le président de la République, les autorités présentes à Ndiassane et la relance de l'économie nationale. Une manière de rappeler que le rôle des grandes rencontres religieuses ne se limite pas à la célébration de la foi. Elles constituent également des moments privilégiés de réflexion sur l'état de la société et sur les responsabilités de chacun dans la préservation de la paix.
Makhtar Cissé : le dialogue comme réponse aux crises
Représentant le gouvernement à la cérémonie officielle, le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé, a délivré un message largement convergent avec celui de la famille Kounta. Le ministre a d'abord présenté les condoléances du gouvernement à la famille Kounta après le décès, le 30 août à Dakar, du khalife général des Khadres, Cheikh Saadbouh Ould Mouhamed Taqiyoullah.
Mouhamadou Makhtar Cissé a salué la mémoire du défunt khalife et rendu hommage à la famille Kounta pour sa contribution à la diffusion des enseignements de l'Islam et à la consolidation des valeurs de paix et de solidarité. Revenant sur l'héritage de Cheikh Bouh Mouhamed Kounta, fondateur de Ndiassane, il a également souligné l'importance de la transmission des enseignements du Prophète Mouhamed (PSL) dans la construction d'une société fondée sur le respect et la fraternité.
Mais au-delà de l'hommage, le ministre a surtout lancé un appel à la responsabilité collective. « Certaines crises peuvent être dépassées par le dialogue », a-t-il affirmé, invitant les Sénégalais à privilégier l'écoute, la concertation et le respect dans la gestion des différends.
Le ministre de l'Intérieur a également souligné la place importante de la jeunesse, considérée comme un acteur majeur de l'avenir du pays. Le Sénégal, a-t-il rappelé, dispose d'importantes ressources humaines et naturelles. Encore faut-il, pour les valoriser, que les citoyens, particulièrement les jeunes, puissent s'appuyer sur des repères solides. Dans ce cadre, le travail, la discipline, le respect et l'éducation ont été présentés comme des valeurs cardinales devant guider l'engagement de la jeunesse.
L'appel est donc clair : les jeunes doivent se positionner comme des acteurs du développement national, en privilégiant l'effort, la responsabilité et la citoyenneté, a-t-il conclu.
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GAMOU DE NDIASSANE
Le marché malien, l’autre attraction
À l’occasion du Gamou de Ndiassane, les étals venus du Mali attirent fidèles, visiteurs et commerçants de plusieurs pays. Bazins, djellabas, beurre de karité, miel, encens et cosmétiques transforment la cité religieuse en un véritable carrefour commercial sous-régional.
À Ndiassane, la ferveur religieuse n’empêche pas les affaires. À mesure que les fidèles affluent pour le Gamou, les allées du marché malien se remplissent. Les visiteurs s’attardent devant les étals, marchandent, achètent ou constituent des stocks. Venus du Sénégal, du Mali, de Gambie et d’autres pays de la sous-région, vendeurs et clients donnent à la cité religieuse des allures de grand marché sous-régional.
L’attraction tient d’abord à la diversité des produits proposés. Les bazins riches occupent une place de choix aux côtés des djellabas, tandis que beurre de karité, miel et autres produits du terroir malien complètent les étals. Une offre qui permet aux commerçants venus du Mali de retrouver une clientèle bien au-delà des seuls pèlerins sénégalais.
« Il y a les bazins riches, les djellabas et toutes sortes de produits venus du Mali. Nous proposons notamment des bazins de très bonne qualité, ainsi que du beurre de karité, du miel et plusieurs autres produits », explique un commerçant malien.
Dans les allées, les achats ne sont pas toujours destinés à un usage personnel. Certains visiteurs profitent du Gamou pour se ravitailler et repartir avec des marchandises à revendre. C’est le cas de Ramatoulaye, venue de Gambie.
« Je suis venue acheter des marchandises que je vais ensuite revendre. Ces pagnes sont très jolis et je pourrai facilement les écouler », témoigne-t-elle. Au-delà des affaires, elle apprécie l’ambiance de la cité religieuse. « Ndiassane est très belle et le Gamou se passe bien », confie-t-elle.
La dynamique profite aussi aux commerçants sénégalais. Encens, produits cosmétiques et autres articles trouvent preneurs auprès d’un public venu de plusieurs horizons. Pour Coumba Ndiaye, spécialisée dans la vente d’encens et de cosmétiques, la période du Gamou constitue un moment particulièrement favorable.
« Durant le Gamou de Ndiassane, la vente est très intéressante. Ndiassane est vraiment très animée », souligne-t-elle.
Pour certains vendeurs, Ndiassane s’inscrit désormais dans un véritable circuit commercial lié aux grands rendez-vous religieux du pays. Après Touba et Tivaouane, ils prennent la direction de Ndiassane, où ils retrouvent une clientèle habituée à ces rassemblements.
« Après le Magal de Touba et le Gamou de Tivaouane, nous venons à Ndiassane. Nous nous déplaçons ici chaque année et la vente marche très bien », explique un commerçant venu de Touba.
Cette circulation des vendeurs et des acheteurs dépasse les frontières nationales. La présence de commerçants maliens et gambiens, aux côtés des vendeurs sénégalais, fait du Gamou un espace où se croisent pratiques commerciales, habitudes de consommation et cultures différentes.
Pendant quelques jours, Ndiassane change ainsi de visage. Autour des lieux de culte, les activités commerciales prennent de l’ampleur et les étals prolongent l’effervescence spirituelle. Le marché malien en est l’une des expressions les plus visibles.
Plus qu’un simple espace de vente, il participe à faire du Gamou un rendez-vous économique à part entière. Les commerçants y trouvent une clientèle concentrée en quelques jours, tandis que les acheteurs profitent d’une offre élargie. Une dynamique qui illustre, à l’échelle de Ndiassane, le poids économique des grands rassemblements religieux au Sénégal.
NDEYE DIALLO (THIES)






