«Un divorce à l'amiable est préférable à la souffrance»

Le Pr Mamadou Habib Thiam est médecin-légiste et chef de service de Psychiatrie et de Psychologie médicale au Centre hospitalier national de Fann à Dakar.
Les ménages sénégalais traversent une crise du divorce. Comment l'expliquez-vous ?
Je ne suis pas sûr que le taux de divorce soit plus élevé actuellement que dans le passé. Toutefois, si tel est le cas, il faudrait rechercher les facteurs favorisants dans l’évolution des mentalités et dans la crise des valeurs sociales et sociétales. Il y a également d’autres facteurs tels que les difficultés à la procréation, l’infidélité d’un des conjoints, les intrusions et autres ingérences des belles-familles dans les ménages, des co-épouses qui ne font pas bon ménage ensemble, les sévices faites aux femmes, etc.
Les incompatibilités d’humeurs sont souvent évoquées dans les divorces contentieux : c’est tout simplement l’arbre qui cache la forêt. Mais tout divorce engage incontestablement la responsabilité d’au moins un des conjoints. Néanmoins, il pourrait constituer la meilleure solution pour un couple en souffrance chronique, qui bat de l’aile et qui n’a aucune issue possible pour une vie en harmonie. Dans ce cas, se séparer est inévitable. L’adage dit : «même les plus belles histoires d’amour ont une fin».
Les hommes auraient-ils une grosse part de responsabilité dans cette situation ?
En tout état de cause, je crois que les hommes devraient assumer leur devoir conjugal, au même titre que les femmes d’ailleurs, afin d’éviter tout climat de suspicion qui pourrait mettre leur épouse dans une situation de détresse psychologique. Une erreur serait de tout mettre sur le dos des hommes en matière de divorce.
L’homme sénégalais aurait-il perdu son autorité face à l'autonomie financière des femmes ? Pour certains esprits, ils tirent du plaisir dans leur souffrance….
Infliger aux femmes une telle souffrance parce qu’on a chaviré sous le regard ou les rondeurs d’une nymphe de la dernière pluie serait une preuve de petitesse et d’amnésie des hommes. Mieux vaut opter pour le divorce à l’amiable plutôt que de la garder dans la souffrance, même si le divorce constitue en lui-même un échec de tout projet conjugal et une autre forme de souffrance du couple conjugal.
D’un autre point de vue, il faut souligner que les conjoints doivent faire l’effort de tolérance et de compréhension dans leurs relations interpersonnelles. Il faut beaucoup échanger, discuter, se concerter, décider ensemble autant que faire se pourrait. Diogène de Sinope, un philosophe grec de l’Antiquité, raconte que Socrate se faisait battre par sa femme sur la place publique et refusait de rendre les coups. Socrate justifiait ceci en disant que s’il voulait connaître les êtres humains, il devait apprendre à s’adapter à eux.
Matel Bocoum