La justice passe à la vitesse supérieure

Le parquet financier a ouvert une information judiciaire dans l’affaire du marché d’électrification rurale conclu entre l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (Aser) et l’entreprise espagnole AEE Power EPC SAU. Plusieurs qualifications pénales, dont le détournement de deniers publics, le blanchiment de capitaux, la corruption et le trafic d’influence, sont visées.
L’affaire relative au marché d’électrification rurale conclu entre l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (Aser) et l’entreprise espagnole AEE Power EPC SAU entre dans une nouvelle phase. Le procureur de la République financier a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire contre certains dirigeants des sociétés mises en cause, les sociétés elles-mêmes en leur qualité de personnes morales ainsi que contre X.
La procédure fait suite à une plainte déposée le 16 octobre 2025 auprès du parquet financier par le député Thierno Alassane Sall. Le parlementaire dénonçait des faits présumés de faux, d’usage de faux et de détournement de deniers publics dans l’exécution du marché liant l’Aser à l’entreprise espagnole. Huit jours après la réception de la plainte, le parquet financier avait saisi la Section de recherches de Dakar afin qu’une enquête soit ouverte. Celle-ci a désormais été bouclée. Dans un communiqué daté du 12 août dernier, le procureur de la République financier, El Hadji Alioune Abdoulaye Sylla, indique que l’exploitation du dossier d’enquête préliminaire laisse présumer l’existence d’agissements susceptibles de recevoir plusieurs qualifications pénales.
Au regard de la gravité des faits présumés, une information judiciaire a été ouverte contre certains dirigeants des sociétés concernées, les personnes morales elles-mêmes et contre X. Les qualifications visées sont l’association de malfaiteurs, le détournement de deniers publics, le faux et l’usage de faux en écriture publique, le faux et l’usage de faux en écriture privée de commerce ou de banque, le blanchiment de capitaux, la corruption, la prise illégale d’intérêts et le trafic d’influence.
L’information judiciaire porte également sur la complicité de ces différentes infractions ainsi que sur toute autre infraction susceptible d’être découverte au cours de l’instruction. À ce stade, le communiqué du parquet ne précise ni l’identité ni le nombre de dirigeants directement concernés par la procédure. Il ne fait pas non plus état d’éventuelles inculpations ou mesures de détention.
Afin de permettre au magistrat instructeur d’approfondir les investigations et d’identifier toutes les personnes susceptibles d’être impliquées dans les faits, le parquet a requis une commission rogatoire internationale ainsi qu’une délégation judiciaire. La dimension internationale de la procédure s’explique notamment par l’implication dans le marché de la société espagnole AEE Power EPC SAU. La commission rogatoire devrait permettre au juge d’instruction d’effectuer ou de faire effectuer des actes d’enquête hors du territoire sénégalais.
Pour rappel, le dossier porte sur le marché n° T029/24-DK conclu entre l’Aser et la société espagnole AEE Power EPC à la suite d’une offre spontanée négociée. Selon une décision du Comité de règlement des différends de l’Arcop, ce contrat, d’un montant de 91 833 980 000 francs CFA hors taxes, concernait l’électrification de 928 localités situées dans les régions de Kaffrine, Kédougou, Louga, Saint-Louis et Tambacounda. Dans le cadre de son exécution, la Société nationale d’assurance du crédit et du cautionnement (Sonac) a délivré trois garanties relatives à l’avance de démarrage, aux dépenses engagées et à la bonne exécution du marché. Dans une note rendue publique en juin 2025, le ministère des Finances et du Budget avait évalué leur montant cumulé à environ 37 milliards de francs CFA. Il avait précisé que ce chiffre représentait le montant garanti et non la prime d’assurance, laquelle s’élevait, selon lui, à 947 millions de francs CFA.
Le contrat avait ensuite fait l’objet d’une renégociation en août 2024. À son issue, le directeur général de l’Aser avait annoncé une extension du programme à 1 740 villages répartis dans 12 régions, contre 1 500 évoqués dans la communication relative à la renégociation. Cette annonce diffère toutefois du périmètre de 928 localités mentionné dans le contrat présenté par l’Arcop. L’accord renégocié prévoyait également un volet de formation de jeunes Sénégalais et la mise en place d’une unité de gestion associant l’Aser, la Senelec et les ministères concernés.
F. BA






