Publié le 10 Jul 2014 - 17:11
APRES LE PREMIER CONSEIL DES MINISTRES POST-MIMI TOURE

Dionne-PSE à l’épreuve des politiques et des lobbies

 

Pour Macky Sall, le compte à rebours en direction de la prochaine élection présidentielle a commencé hier, avec la première réunion du Conseil des ministres de l’ère Mouhamed Dionne. Un premier ministre porteur du Plan Sénégal Emergent (PSE) mais déjà condamné à devoir lutter contre les agendas contradictoires qui se bousculent au cœur et au sommet de l’Etat.

 

Pour Macky Sall, changer de Premier ministre à cette période-ci de son mandat ressemble à une sorte de va-tout, une carte ultime à jouer destinée à baliser la dernière ligne droite du chemin qui mène à la prochaine élection présidentielle. Cette option, du reste attendue depuis que des règles du jeu avaient été fixées pour l’ensemble des responsables politiques du parti présidentiel qui s’engageraient aux élections locales du 29 juin, est-elle la meilleure qui s’offrait au chef de l’Etat ? A côté du principe de responsabilité lié aux résultats des locales, promettre de couper des têtes était-elle la bonne formule pour se donner les moyens politiques d’agir sur la marche d’un gouvernement confronté aux lourdeurs de son propre système de décision ?

A trois ans (ou cinq ans) d’une élection présidentielle pour laquelle il a déjà déclaré sa candidature, le timing ainsi mis en œuvre pour faire porter à Mouhamed Dionne les desseins économiques du pays peut relever du risque politique. Le chef du gouvernement est un technocrate de « haut niveau » capable de piloter dans l’urgence la politique d’émergence économique du président de la République, constate un universitaire qui l’a fréquenté et travaillé avec lui. « N’aurait-il pas été plus judicieux de le laisser poursuivre, hors du gouvernement, la mise en œuvre du Plan Sénégal Emergent pour lequel il a des atouts certains ?» s’interroge notre interlocuteur, par ailleurs consultant régulier des institutions de Bretton Woods.

On peut en effet craindre pour le nouveau Premier ministre qu’il soit, d’une façon ou d’une autre, tiraillé entre des agendas conflictuels même si, tempère un proche de son prédécesseur, le chef de l’Etat lui donnera a priori et logiquement les moyens de réussir sa mission. « Le problème n’est pas à ce niveau, explique le consultant de l’Organisation des Nations-unies pour le développement industriel d’où vient Mouhamed Dionne. Il est dans le cercle vicieux des arbitrages que le PM va devoir effectuer en permanence entre des forces centrifuges du pouvoir. Il y a alors un risque que son action soit plombée par les pesanteurs propres à tout régime et à tout système. »

Mouhamed Dionne, économiste « ni exclusivement technocrate, ni exclusivement politique », pour reprendre le Pr agrégé de droit Babacar Guèye, pourrait être contraint de passer du temps à se battre, comme ses prédécesseurs, contre de grands lobbies économiques et financiers. « Ils sont installés partout et on voit bien qu’ils ont des ramifications jusqu’au cœur de la Présidence de la République », rappelle un politicien rompu aux arcanes des affaires.

« Le drame, dit-il, le danger, c’est que leur activisme tend à structurer des franges entières de l’économie nationale, en relation avec des intérêts étrangers dont français.» C’est le « piège essentiel » dont il faudra que Mouhamed Dionne se prémunisse pour rester dans le filon du Plan Sénégal Emergent (PSE) que Macky Sall a (encore) statufié hier en Conseil des ministres comme « l’unique référentiel stratégique de pilotage de l’action gouvernementale ».

Mais pour toutes ces contraintes qui vont planer au-dessus de sa tête, « Mouhamed Dionne est un technicien qui va forcément perdre en efficacité », prédit l’économiste précité. A moins qu’il ne délimite très tôt, avec l’appui du chef de l’Etat, le terrain de prédilection sur lequel il exercera la « souveraineté d’action» par laquelle il sera en mesure de faire fonctionner les projets et programmes liés au PSE. S’il reste un simple coordinateur de l’équipe gouvernementale, cela voudrait dire qu’il aura été bouffé en cours de chemin par des congrégations de politiciens et d’hommes d’affaires aux aguets.

C’est là qu’intervient ce qui serait la tactique du quitte ou double empruntée par le président de la République. En nommant Mouhamed Dionne comme troisième chef du gouvernement en deux ans et trois mois, Macky Sall pourrait regretter d’avoir grillé très tôt la carte politique que représente un changement de Premier ministre, dans ses dimensions psychologique et marketing notamment. Proportionnellement, il a déjà dépassé Abdoulaye Wade en termes d’instabilité gouvernementale. « Un prochain Premier ministre, dans un an ou deux, accréditerait dans l’opinion l’idée selon laquelle le chef de l’Etat aura véritablement atteint ses limites. »

Une terrible mauvaise nouvelle qui conforterait encore davantage ceux qui estiment depuis belle lurette que Macky Sall « dou dem ».

MOMAR DIENG

 

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