Publié le 10 Oct 2021 - 23:35
CHRONIQUE PAR PHILIPPE D’ALMEIDA

Pour une journée nationale de l'excellence

 

A trois jours de la rentrée scolaire et dans la fusion des réflexions qui y participent, émerge comme une pépite : L'Académie de Kaolack a annoncé hier qu'elle organise une "Journée de l'excellence" le 27 novembre prochain, en vue de motiver tous les acteurs de l'éducation dans la région, de l'élève à l'enseignant. Avant Kaolack, certes, plusieurs régions organisaient déjà leur journée de l'excellence.

Devant l'affaissement du niveau scolaire dans le pays, l’initiative de Kaolack a une résonance particulière : amplifier des initiatives qui pourraient favoriser le recouvrement d'un âge d'or perdu, depuis la fin des années 80. L'objectif de cette journée d'excellence étant de "mettre en place un dispositif d'émulation et de motivation de tous les acteurs scolaires pour travailler à faire revenir les valeurs cardinales de l'école, notamment le travail, le mérite et l'excellence." Valeurs cardinales qui furent, au temps jadis, le signe distinctif de l'école sénégalaise dans l'ensemble de la sous-région Ouest africaine.

Le constat est clair qu'aujourd'hui cette image est mise à mal par la réalité d'un niveau scolaire effondré, de la corruption de l'univers scolaire par la facilité, l'intrusion de l'argent qui y bâtit les règles d'une rivalité de classes qui s'est substituée à la sacro-sainte morale de l'effort et de l'émulation. La violence aussi y a construit des citadelles nouvelles que n'ose souvent plus affronter l'autorité. Du primaire au secondaire, l'école sénégalaise se reconfigure, sous nos yeux, sous le diktat de lois invoulues, mais qui se sont imposées face aux retraites de ceux dont c'était et le rôle et la vocation de les contenir.

La massification et la démocratisation de l'éducation qui ont, sur 20 ans, fait doubler le taux de scolarisation, passant de 52% en 1996 à plus de 90% de nos jours, n'a évidemment rien arrangé dans un système impréparé à gérer cette démocratisation pourtant souhaitée. Les incohérences de certains programmes scolaires, la formation de plus en plus déficiente des enseignants, les effectifs pléthoriques des classes qui sont parfois de plus de 100 élèves dans certaines classes de l'école publique, cristallisent le mal éducationnel au Sénégal. Ils sont la cause de l'effondrement du niveau scolaire et les symptômes de la corrosion du système éducatif dans sa globalité.

La presse sénégalaise s'est peu étendue sur la journée internationale de l'enseignant qui se tenait le 5 octobre dernier. L'occasion eût été bonne de rappeler les défis de l'enseignement et donc ceux de l'enseignant. C'était en tout cas l'occasion idoine de pousser l'ensemble des acteurs du secteur à oser des pistes de réflexion nouvelles pour recréer l’école : La Grande ; celle à partir de laquelle éclot une société en désir de renaissance dans le mouvement de résilience qu'elle tente face aux appels incessants de la médiocrité.

Il serait souhaitable que la trouvaille venue de Kaolack soit hissée à une dimension nationale. Que la journée de l'excellence ne soit pas seulement celle de l'Académie de Kaolack, ni de quelques autres régions, mais de l'école de la république. Que le pays se dote d'une journée nationale de l'excellence sur le modèle de Kaolack, mais qui regrouperait tous les acteurs du monde de l'éducation à l'échelle nationale. Pour rappeler aux uns et aux autres, par la dimension et le prestige de l'événement, que l'excellence est un impératif de développement. Que le travail et l'effort en sont les préalables. Et qu'elle est, par son essence et par ses buts, l'antithèse de la violence. Autant de thèmes qui, en cette veille de rentrée scolaire, émaillée d'incertitudes et parfois d'angoisses, autant pour les enseignants et les apprenants que pour leurs parents, sont d'une actualité criante.

 

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