Publié le 14 Jun 2026 - 00:42
CRISE AU PARTI SOCIALISTE

Des lendemains incertains dans la maison de Senghor

 

Face à un renouvellement des instances qui tarde à venir, au PS, depuis un certain moment, deux camps assez distincts se font face. D'un côté, le secrétaire général, Aminata Mbengue Ndiaye, et de l'autre, la branche Dundel PS, incarnée notamment par deux anciens ministres sous Macky Sall : Alioune Ndoye et Serigne Mbaye Thiam. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'atmosphère reste tendue. C'est dans ce contexte de crise dans la maison de Senghor qu'il est plus que jamais nécessaire de poser un diagnostic sur la situation actuelle. Comment sauver le legs senghorien ?

 

Pendant qu'ailleurs on se réorganise et redémarre la machine, chez les socialistes, on continue de s'enliser dans la crise. Bien que le PS ait perdu du terrain depuis sa chute en 2000, c'est de l'intérieur que le dépérissement prend de l'ampleur. En d'autres termes, cette guéguerre interne, accentuée par la disparition de feu Ousmane Tanor Dieng et l'arrivée d'Aminata Mbengue Ndiaye aux commandes, vient davantage atrophier ce label politique.

Mais il faut espérer que les choses vont peut-être bouger ce week-end avec la tenue de l’Assemblée générale des secrétaires généraux de coordination, convoquée par la secrétaire générale du parti, Mme Aminata Mbengue Ndiaye. “L'objectif de l'assemblée générale des secrétaires généraux de coordination, ouverte à des délégations des différents mouvements affiliés et intégrés, est de faire le point sur la situation du parti depuis le déclenchement du processus qui a amené à la mise en place de la commission de relance du parti”, informe le porte-parole du PS, Abdoulaye Wilane.

Congrès extraordinaire, Wilane prend date où presque

Toutefois, le vrai salut de l'héritage de Senghor, ou ce qu'il en reste, réside dans la tenue d'une assemblée générale extraordinaire. La démocratie interne, qui verra une nouvelle équipe prendre les rênes du parti, est aujourd'hui nécessaire pour sortir de cette impasse. Même si jusqu'ici, aucune date précise n'a été retenue pour ce jour fatidique, M. Wilane a voulu lever un coin du voile sur certains goulots d'étranglement. “Ce qui retarde le congrès, c'est effectivement qu'après que la commission de relance ait travaillé, il était question d'aller à un bureau politique, après quoi il fallait aller vers un congrès extraordinaire. C'est à ce moment précis que, par je ne sais quel génie, des gens ont commencé à contester, à pinailler, à remettre en cause le travail qui avait été fait de manière collégiale et inclusive par la commission de relance.”

Poursuivant son propos, Abdoulaye Wilane troque son ton dénonciateur pour rassurer son monde. Selon lui, bientôt le bout du tunnel pour la maison PS. “Je pense que, normalement demain, samedi, nous devrions savoir la date, à la fin de la réunion, nous devrions savoir la date retenue pour le congrès extraordinaire et la mise en place du comité préparatoire, les modalités et les critères, les conditions dans lesquelles on ira vers ce congrès tant attendu et tant souhaité par tout le monde”, révèle le porte-parole socialiste.

Si apparemment Aminata Mbengue Ndiaye semble vouloir accélérer la cadence en vue de dépasser enfin cette crise, une menace réelle pèse sur la rencontre de ce samedi. Ainsi, revenant sur cette crise qui couve et qui risque de partir en vrille ce week-end, Abdoulaye Wilane n'a pas cherché à nier cette réalité. Toutefois, il a tenté d'appeler ses frères de parti à la responsabilité.

“Maintenant, vous dites, selon vous, qu'il y a quelques critiques notables. Oui, mais bon, vous savez, l'unanimisme est contre-nature. Que des camarades critiquent, c'est leur droit. Mais puisque cette assemblée générale de coordination concerne tout le monde, ceux qui sont en phase avec ce qui se fait comme ceux qui élèvent la voix, eh bien voici venu le moment, le contexte et le prétexte pour qu'ensemble, en toute sérénité, mais vraiment dans l'urbanité, avec des rapports de vérité, que l'on débatte. Débattre et non pas se battre.”

Dundal PS, la ligne de démarcation

Le maire de Dakar Plateau, Alioune Ndoye, ainsi que Serigne Mbaye Thiam, eux, ont une toute autre vision des choses. À travers leur manifeste Dundal PS, on a là un vrai signal de dissidence face à la direction empruntée par le courant Aminata Mbengue Ndiaye et compagnie. Les initiateurs du mouvement de fronde « Dundal PS » n’ont pas manqué de s'attaquer directement à la secrétaire générale à travers un réquisitoire particulièrement sévère, il y a de cela un peu plus d'une semaine.

Ils reprochent à Aminata Mbengue Ndiaye d'orchestrer une politique d'exclusion délibérée et de privilégier des rassemblements parallèles en dehors des règles du parti, d'abord dans sa sphère privée puis au sein même du quartier général de l'organisation. Ainsi, le 4 juin dernier, le ministre Alioune Ndoye avait posé un diagnostic sans concession sur cette fracture qui fragilise la direction de la formation verte : “Une faction entend ainsi s'arroger seule la direction effective du Parti, court-circuiter ses instances régulières et imposer ses décisions par des subterfuges. Cette démarche est politiquement suicidaire pour l'unité et la cohésion du Parti socialiste.”

Le point de non-retour est désormais visible. Face au projet de la direction de tenir une assemblée générale "filtrée" et triée sur le volet, Dundal PS refuse de déserter le terrain. Au contraire, le collectif appelle à une démonstration de force démocratique en demandant à la base militante un envahissement massif et pacifique de la réunion.

Face à la crise électorale, l'exigence d'un « parler vrai »

Cette bataille interne dépasse largement le cadre des querelles de procédures ou de personnes. Les contestataires portent un regard lucide sur le déclin de leur propre parti. Selon eux, le PS s'est coupé des dynamiques du pays réel, devenant illisible pour la jeunesse, les femmes et les Sénégalais de l'extérieur.

Le porte-parole de Dundal PS, ce jour-là, avait rappelé qu'il était urgent de rompre avec le déni pour stopper cette chute libre : “Le Parti socialiste ne souffre pas seulement de ses contre-performances électorales : il souffre surtout d'un affaiblissement de sa présence dans le débat national, d'une perte d'initiative, d'une érosion de sa lisibilité politique et d'une distance croissante avec les aspirations nouvelles du pays.”

Pour les frondeurs, ignorer ces signaux d'alarme équivaut à accepter la mort programmée de l'organisation. Leur démarche de refondation refuse les opérations cosmétiques de surface ; elle exige une réinvention profonde pour redonner un sens et une utilité au socialisme sénégalais contemporain.

L'alternative par le terrain : la reconquête par la base

Puisque les portes de la Maison Léopold Sédar Senghor leur sont fermées, Alioune Ndoye et les signataires du Manifeste choisissent de déplacer le centre de gravité de leur action. Ils préparent une grande tournée nationale et internationale qui touchera les communes, les départements et la diaspora, contournant ainsi une direction centrale jugée illégitime.

Leur stratégie repose sur une conviction forte : “Car la reconquête ne se décrète pas du sommet. Elle se construit dans les territoires, dans la proximité militante, dans la qualité du lien politique, dans la sincérité du dialogue.”

Tout en affichant leur détermination sur le terrain, les leaders de Dundal PS avaient conclu en rappelant qu'ils restaient disponibles pour un dialogue « sincère, inclusif et transparent », rejetant d'avance toute tentative de compromis ou d'arrangements de façade.

“S'occuper de l'ennemi commun”

En définitive, le Parti socialiste a grand intérêt à faire la paix avec lui-même. La force d'une formation politique, c'est avant tout son unité. Pour conserver l'essentiel et, par ricochet, éviter d'autres départs comme ce fut le cas avec Khalifa Sall, ce congrès extraordinaire doit être organisé dans les plus brefs délais, condition sine qua non pour repartir sur de nouvelles bases en vue des prochaines échéances électorales.

“Ce dont il est question, c'est, même si on est différent, qu'on soit ensemble pour aller aux locales et après aux présidentielles. Donc l'heure n'est pas à la division, l'heure n'est pas à l'autoflagellation”, souligne Wilane. Il va même plus loin en appelant à faire bloc contre le pouvoir actuel.

“La véhémence, la virulence que les uns développent vis-à-vis des autres qui sont du même bord politique, nous gagnerions à l'orienter vers ce qu'il faut faire pour sortir le Sénégal de la situation dans laquelle nous nous trouvons du fait de l'amateurisme, de l'incompétence, de l'incurie et de l'insolence des gouvernants actuels.”

MAMADOU DIOP

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