Publié le 5 Oct 2017 - 17:47
DEVELOPPEMENT DURABLE DU TOURISME EN CASAMANCE

Des facteurs bloquants et une solution 

 

Parmi les facteurs bloquants du développement d’un tourisme innovant et durable en Casamance, il y a l’inadaptation de l’offre à la nouvelle demande. Il y a cependant une solution.

 

Jadis florissante, la destination touristique Casamance a subi un sacré coup, du fait de la crise dans cette partie méridionale du pays. A ce contexte difficile caractérisé par l’insécurité se sont ajoutés d’autres paramètres liés à l’enclavement, à la cherté de la destination, au faible niveau de formation des acteurs, à l’accès au crédit, mais également à une absence d’une politique touristique volontariste. Du coup, cette destination privilégiée a été reléguée au second plan. Si au Cap-skirring, à Kafountine ou encore à Abéné, c’est la morosité totale, Ziguinchor a sauvé la face avec le tourisme d’affaires. 

Les mesures fortes de l’Etat

A la faveur de la longue accalmie qui y règne, l’Etat, dans le cadre de la territorialisation des politiques publiques et sa volonté manifeste de faire du tourisme plus qu’un secteur porteur, une locomotive de l’économie en Casamance, a pris des « mesures fortes ». Outre la levée par le Quai d’Orsay de la mention « Casamance zone rouge », le président de la République, procédant le 19 février 2015 à l’inauguration des navires jumeaux « Aguène » et « Diambone », a déclaré que « faire de la Casamance le pôle touristique de référence de notre pays est bien possible. Et pour cela, je proclame ici et maintenant la Casamance Zone touristique spéciale d’intérêt national ». Pour joindre l’acte à la parole, le président de la République a fait voter une loi qui exonère de toutes charges fiscales et sociales tout opérateur installé ou qui désire s’installer en Casamance, pour une période de dix (10) ans.  

Cette mesure, saluée par tous, notamment les acteurs du tourisme, vise, de l’avis du président, à promouvoir les investissements, à encourager la création d’emplois pour que, dit-il, la relance des activités sociales et économiques en Casamance soit une réalité. Mis en place en juillet 2913, le visa biométrique imposé aux voyageurs à l’entrée du pays a été supprimé à partir du 1er mai 2015. Cette mesure controversée, « signe de souveraineté pour les uns », « frein au développement du tourisme pour les autres », aura tenu au moins deux ans. En plus de ces mesures, l’Etat du Sénégal, à travers le Bureau de Mise à Niveau (BMN), a lancé le 10 mars 2015 le programme de mise à niveau spécifique des entreprises de Casamance. Il s’agit, à travers ce programme, de doter les entreprises « d’une force de frappe. » Avec comme objectif de permettre à celles-ci de se positionner au plan national, sur les marchés de l’Uemoa, de la CEDEAO ainsi qu’au niveau international.

La mise en place d’un fonds de 05 milliards destiné à la promotion touristique, la baisse du prix d’avion sur l’international (suppression de la taxe étatique), la mise en place de trois bateaux pour assurer la liaison maritime ou encore de deux (02) vols réguliers par jour entre Dakar et Ziguinchor sont venues s’ajouter à ces efforts consentis par l’Etat pour faire de la Casamance un pôle touristique par excellence.

Inadaptation de l’offre à la demande

Malgré ces initiatives, la destination peine à prendre son envol. Le tout dernier Comité Régional de Développement (CRD) consacré au tourisme et tenu à Ziguinchor sous la présidence du ministre du Tourisme et des Transports aériens visait à mettre en place une matrice de mesures qui prenne en compte les préoccupations des acteurs. Les axes de réflexions tournaient autour de la question de la promotion de la destination qui souffre, entre autres, d’une diabolisation non justifiée mais également des questions liées à l’investissement et à la gouvernance du secteur. Il s’agissait, selon le ministre Abdoulaye Diouf Sarr, de mettre en place « un moteur opérationnel » de relance du secteur. Cette rencontre de Ziguinchor a accouché   de dix-sept (17) recommandations à partir desquelles sera élaborée une feuille de route nationale qui intègre le plan stratégique (2014-2018) pour le développement durable du tourisme au Sénégal. Des recommandations, en vérité, pour faire face seulement à des écueils conjoncturels.

A l’évidence, il faut souligner, avec force, que le problème du développement de la destination Casamance réside plus dans l’incapacité des acteurs à s’adapter à la nouvelle demande. L’offre n’ayant pas changé depuis les Indépendances. Le village artisanal de Ziguinchor présente, depuis lors, le même visage et le même contenu. Au Cap-skirring, à Kafountine ou encore à Abéné, l’on propose surtout le balnéaire, les boîtes de nuit, le sexe et la drogue, si ce n’est pas de pauvres excursions qui n’apportent presque rien à « mettre sous la dent ». En définitive, la destination touristique Casamance, riche de ses potentialités, à plus besoin d’un tourisme innovant et durable. C’est-à-dire qui respecte la nature, l’environnement et la culture locale.

La solution

La solution réside, véritablement, dans la mise en place d’une grappe articulée autour du Tourisme, de l’Industrie Culturelle, de l’Artisanat et de l’Environnement (grappe TICAE).  Pour y parvenir, il faut appeler les acteurs à une réflexion interne, à une analyse lucide de la situation au sortir de laquelle un programme structurant, pas conjoncturel - qui tournerait autour de cette grappe - devrait être élaboré avec le soutien des bailleurs de fonds et de l’Etat et mis en œuvre pour permettre, véritablement, à la destination touristique Casamance de retrouver son lustre d’antan. 

 HUBERT SAGNA (ZIGUINCHOR)

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