Publié le 14 Sep 2026 - 12:49
FRONTIÈRE GAMBIE-SÉNÉGAL

20 anciens piliers coloniaux retrouvés

 

La découverte de 20 anciens piliers frontaliers datant de l’époque coloniale marque une étape importante dans les efforts de la Gambie et du Sénégal pour clarifier et renforcer la matérialisation de leur frontière commune, quelques semaines seulement après un incident qui avait ravivé les tensions autour de la démarcation.

 

La première phase de l’exercice de densification de la frontière sénégalo-gambienne touche à sa fin. Les équipes d’arpentage ont concentré leurs travaux, notamment dans les zones de Foñi Brefet et de Dimbaya, où elles ont entrepris d’identifier, de vérifier et de renforcer les repères physiques de la frontière internationale. Selon les informations disponibles, 20 anciens piliers datant de la période coloniale ont été retrouvés et identifiés au cours de cette première phase. Cette découverte revêt une importance particulière dans une frontière dont la matérialisation physique reste, par endroits, incomplète et dont l’histoire remonte aux accords conclus entre la France et la Grande-Bretagne à la fin du XIXe siècle.

Des repères vieux de plus d’un siècle

Les archives nationales gambiennes et les documents historiques conservés à l’Université de Birmingham indiquent que la Commission anglo-française de délimitation avait installé 61 piliers principaux au début du XXe siècle pour matérialiser la frontière. Ces travaux s'inscrivaient dans le cadre des arrangements territoriaux établis par la Convention anglo-française de 1889, suivis de plusieurs missions de terrain et opérations de démarcation.

Les anciens piliers étaient construits en ciment et en pierre et, selon les archives, ne comportaient pas de renforcement métallique. Leur emplacement, leur numéro, leurs coordonnées et leur apparence constituent aujourd'hui des éléments importants pour déterminer s'ils correspondent effectivement aux monuments frontaliers originels.

Cette précision est essentielle. Un pilier retrouvé dans la brousse ne peut pas, à lui seul, être considéré comme un ancien repère colonial. Son identification doit être confrontée aux cartes historiques, aux coordonnées, aux numéros attribués aux piliers et aux autres documents d'archives. La frontière n'a d'ailleurs jamais été le résultat d'une seule opération. Des travaux supplémentaires ont été menés au fil des décennies, notamment en 1911 et en 1925, avant d'autres ajustements et opérations liées à la frontière, dont l'accord de 1976 concernant certaines portions de sa partie orientale. La densification actuelle doit donc être comprise comme la continuation d'un processus historique plutôt que comme la création d'une nouvelle frontière.

L'ombre de Bulock

L'importance de cette opération prend une dimension particulière après l'incident de Bulock, dans le Foñi, en juillet dernier. Le 16 juillet, des soldats sénégalais ont démoli une partie de la clôture entourant une installation militaire gambienne à Bulock. Le gouvernement gambien avait alors dénoncé une action menée sans consultation préalable, la qualifiant de « profondément provocatrice » et « totalement inacceptable ».

L'épisode avait exposé de manière spectaculaire les conséquences concrètes d'une frontière dont certains segments et repères demeurent sujets à interprétation. Mais les développements intervenus depuis ont également apporté un élément important au débat. En septembre, le ministre gambien des Collectivités locales et des Terres, Hamat Bah, a déclaré devant l'Assemblée nationale que la clôture de Bulock avait en réalité été construite sur des terres considérées comme sénégalaises.

Cette reconnaissance officielle donne une portée supplémentaire aux travaux actuellement menés. Elle souligne que la question n'est pas seulement celle de savoir où les deux pays pensent que passe la frontière, mais de confronter les installations existantes, les repères physiques et les documents historiques afin d'établir avec précision où elle passe réellement. L'incident de Bulock avait également montré les risques d'une gestion unilatérale des questions frontalières. Le gouvernement gambien avait insisté sur la nécessité de traiter ces différends par les mécanismes militaires et diplomatiques bilatéraux existants.

Vers une frontière mieux documentée

La densification vise précisément à réduire ce type d'incertitude. Les piliers historiques constituent les principaux points de référence. Les opérations actuelles permettent ensuite de les retrouver, de les vérifier et, lorsque cela est nécessaire, de multiplier les repères entre ces points afin que la frontière soit plus clairement identifiable sur le terrain. La découverte des 20 anciens piliers offre ainsi aux deux pays l'occasion de confronter la réalité du terrain aux archives historiques et de construire une base documentaire plus complète de leur frontière commune.

Le rapport issu de cette première phase devrait être transmis aux gouvernements gambien et sénégalais. Il devrait répertorier les piliers et autres marqueurs retrouvés et formuler des recommandations sur les prochaines étapes de la démarcation et de la densification. Au-delà de l'exercice technique, l'enjeu est politique et sécuritaire. Pour deux pays liés par une histoire, une géographie et des relations humaines exceptionnellement étroites, une frontière clairement matérialisée réduit le risque de malentendus entre populations, agriculteurs, forces de sécurité et autorités locales.

Après Bulock, la redécouverte de ces anciens repères pourrait donc contribuer à transformer un différend potentiellement sensible en un processus plus méthodique : retourner aux archives, vérifier les coordonnées, retrouver les monuments historiques, et, surtout, établir sur le terrain une ligne frontalière que les deux États puissent reconnaître et gérer conjointement.

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