Publié le 21 Oct 2012 - 10:09
INDUSTRIE DU HIT

Pourquoi Rihana use de moins en moins de mots

Photo Google

 

 

"Chère Rihanna, nous sommes inquiets pour toi." Ainsi s’adresse le service musique du magazine américain Time à la star, dans une lettre ouverte publiée sur son site mercredi. Time s'inquiète parce que le vocabulaire de Rihanna semble se réduire de tube en tube. Il a touché un fond abyssal avec... 67 mots dans son dernier morceau, Diamonds. Son "hit" de cet été, Where Have You Been, en comptait à peine 40.

 

Ça n'est pas dire que Rihanna devient mutique. Mais il semble qu'elle bégaye, confondant couplets et refrains en quelques boucles de peu de mots répétés sans faiblir.

 

Selon le blogueur et compositeur Graham English, cité par Time, une chanson pop classique compte entre 100 et 300 mots différents. Slate précise que Paul McCartney a écrit Let it be avec seulement 139 mots. La quantité n'est pas, en matière de pop, un gage de qualité. Cependant, dans son domaine, Rihanna commence à atteindre des sommets de minimalisme : ses rivales Ke$ha et Beyoncé chantent des textes un peu plus riches.

 

A sa décharge, Rihanna n'écrit pas elle-même ses chansons. Cette caractéristique, combinée à sa capacité à sortir un disque par an depuis 2005 (sauf en 2008), lui a fait une réputation d'artiste préfabriquée. On sent percer cette critique dans la lettre du Time. Mais Sinatra et Elvis eux non plus n'écrivaient pas leurs textes. Et les rivales de Rihanna sont fournies en mots par le même tout petit groupe d'auteurs.

 

En janvier dernier, le chroniqueur musical du magazine The New Yorker, Sacha Frere-Jones, racontait cette fabrique du "hit" et dressait le portrait de l'une de ses faiseuses de mots, l'obscure Ester Dean. Cette jeune femme compose en chantant/criant/gesticulant ce qui lui passe par la tête, en studio, quand ses collègues producteurs lui présentent une démo. Cette "top-liner" affûte ainsi à l'instinct, parfois en quelques minutes, ses mélodies, ses textes, et les très essentielles "hooks" ("accroches"), ces phrases musicales qui portent plus de rythme et d'attitude que de sens et qui vous enchaînent l'oreille à un tube en quelques secondes.

 

Pour Rihanna, Esther Dean a composé les "hooks" de Rude Boy ("Come on, rude boy, boy, can you get it up / Come on, rude boy, boy, is you big enough?"), S&M ("Na-na-na-na / Come on") et What’s My Name ("Oh, na-na, what’s my name?"). On constate que l'artiste aime ces "hooks" très simples et très nombreuses. De plus en plus simples, peut-être. Mais ce qu'il faut se demander, c'est si elle y perd en efficacité. Les ventes de ses albums disent le contraire.

 

LeMonde.fr

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