Publié le 23 May 2024 - 13:28
UNE SESSION DE CHICHA D'UNE HEURE

"C’est l'équivalent de 20 à 100 cigarettes", selon le Pr. Kassé

 

L'interdiction totale de fumer dans tous les lieux publics ou à forte concentration humaine est l'invitation du président du Centre international de cancérologie de Dakar aux nouvelles autorités. Abdoul Aziz Kassé estime que l’industrie du tabac ne baissera jamais les bras.

 

"Protéger les enfants contre l'ingérence de l'industrie du tabac" était le thème de la Journée mondiale sans tabac de cette année. Pour la célébrer, le président du Centre international de cancérologie de Dakar a tenu, hier, une conférence devant les élèves du lycée d’excellence privé Birago Diop à l’Ucad 2.

D'après le docteur Abdoul Aziz Kassé, le tabagisme est en baisse dans les pays occidentaux, parce qu'un arsenal juridique a été mis en place pour lutter contre le tabac. Ce qui n'est pas le cas dans nos pays.

L'industrie du tabac, voyant ses revenus diminuer en Occident, s'est repliée en Afrique, selon lui, s'adressant particulièrement à la jeunesse africaine. C'est pourquoi il a jugé opportun de venir parler à la jeunesse africaine pour inviter les nouvelles autorités à s'impliquer dans cette nouvelle bataille. "L'industrie du tabac continuera à vendre du tabac, mais aussi des substances alternatives qui ne sont plus les mêmes. La chicha est en train de gangrener le pays, car une session de chicha d'une heure équivaut à 20 à 100 cigarettes. C'est inadmissible. Cela enrichit les Turcs, les Syriens, les Libanais, mais aussi les terroristes qui introduisent frauduleusement de la chicha dans nos pays. Le Mali a pris ses responsabilités en interdisant la chicha. Pourquoi pas le Sénégal ? L'industrie du tabac s'est dit que plutôt que de vendre du tabac, je vais vendre de l'addiction. Je vais prendre la substance la plus addictive, la nicotine, que je vais mettre dans des puffs", a poursuivi le Dr Kassé.

Il précise que ces puffs ressemblent à des marqueurs vendus aux enfants. Ils sont extrêmement dangereux pour entretenir une certaine forme de dépendance. "S'y ajoutent d'autres formes de délivrance que l'on appelle les ‘sachets de nicotine’ que l'on met dans la bouche. Mais le plus grave, au lieu de ne mettre que de la nicotine dans les puffs, certaines industries asiatiques y ajoutent des dérivés du cannabis, de l'alcool et aujourd'hui, ils y ajoutent une drogue appelée ‘zombie’ que l'on n'a pas encore vue au Sénégal. Mais le jour où cette drogue arrivera ici, ce sera catastrophique. Nous n'avons pas le droit de nous taire. Nous avons raté une chose : le ministre de la Santé, en 2014, avait refusé que l'on transforme tous les espaces publics et les espaces ouverts au public en espaces non-fumeurs. Si on l'avait fait, 20 % du tabagisme aurait disparu. Le moment est venu de le faire. C'est pourquoi nous demandons aux nouvelles autorités de prendre leurs responsabilités", a-t-il indiqué.

Selon le Dr Kassé, les familles religieuses ont été très courageuses en interdisant le tabac dans toutes les cités religieuses, mais certaines traînent les pieds. "Au Sénégal, nous n'avons pas l'habitude de dire les choses, mais dans ce cas précis, il en va de la santé de nos enfants. Ce que nous faisons aujourd'hui ne sera pas pour nous, nous verrons les effets dans 25 ans. Il faut que vous, les jeunes, fassiez face à l'industrie du tabac. Elle changera toujours de stratégie, chaque fois qu'elle sera cernée. Au Sénégal, elle verse 22 milliards à l’État, alors qu’en retour, elle gagne au total plus de 120 milliards et nous laisse tous les problèmes causés par le tabac. Nous devons interdire la publicité, le sponsoring et le parrainage", a-t-il confié.

Pour les solutions, selon lui, il faut interdire définitivement de fumer dans les lieux publics et les endroits fréquentés par la population. Lorsque l'on fume, tous les organes sont affectés. Cela ouvre une porte aux AVC, à la stérilité, à l'insuffisance rénale, aux troubles de la vision. Pour les femmes qui fument et qui sont enceintes, a-t-il confié, elles mettent en danger leurs bébés, car ceux-ci fument également depuis le ventre de leurs mamans.

Autre chose, d'après lui, plus de 37 % des Sénégalais ne savent pas lire ce qui est écrit sur les paquets de cigarettes et 83 % du tabac fumé se trouve dans des pays à ressources limitées. "On fume dans ce pays et on fait fumer notre entourage. C’est une catastrophe. On nous dit que des dispositions ont été prises pour diminuer les conséquences, mais je vous dis qu’il n’y a pas de preuves dans ce sens. Pour mesurer les impacts, il nous faudra encore 25 ans. Donc, à vous, les jeunes, de relever ce défi, car à cette période, nous ne serons plus là", a souhaité le Dr Abdoul Aziz Kassé.

"Mettre en place tous les mécanismes pour contrer l'action de plus en plus grande de l'industrie du tabac dans nos établissements"

De son côté, le secrétaire général de l’Association des parents d'élèves du lycée d'excellence privé Birago Diop, vu la présentation avec toutes les conséquences sur la santé, l’environnement, les décès que produit l'industrie du tabac, a indiqué qu’il y a de quoi s'inquiéter. "Du coup, nous voulons sensibiliser davantage les jeunes sur les voies et moyens de lutter efficacement contre cette industrie du tabac. Déjà, il y a les politiques publiques à travers l’État et le ministère qui doivent réglementer au niveau des établissements scolaires des interdictions formelles contre le tabac. Ensuite, les écoles doivent mettre en place des stratégies, des moyens de communication aussi bien avec les parents et le gouvernement scolaire pour mettre en place ces recommandations. Il y a aussi les parents, car c'est une question qui ne peut pas se régler seule. Il faudrait une vision d'ensemble, entre parents, personnel scolaire, élèves et même la communauté pour aider les jeunes, car ce sont des cibles, les aider contre le tabac", a réagi Sidi Kamara.

Ce dernier s’est félicité de la tenue de la conférence d'hier. "Nous sommes dans une dynamique de sensibilisation de nos enfants pour au moins éviter ces choses. L'autre conséquence, c'est même chez les scolaires, car lorsqu'on s'adonne à des produits illicites comme le tabac, on a tendance à régresser dans les performances scolaires. Donc, nous avons voulu sensibiliser les enfants, une fois de plus, sur les conséquences néfastes sur leur santé, sur l'environnement de l'école. C'est le premier acte que nous avons posé. Il y en aura d'autres que nous allons poser au niveau de l'école, aussi bien avec le gouvernement scolaire, l'administration de l'école et l'association des parents d'élèves. C'est appliqué, mais la mise en œuvre de ces arrêtés est difficile, surtout en termes de contrôle, car nous n'avons pas les moyens nécessaires pour contrôler tout cela. Mais comme l'a dit le Pr. Kassé, le Sénégal s'est doté de lois et règlements très stricts pour lutter contre l'industrie du tabac. Donc, nous allons aussi solliciter les partenaires pour pouvoir lutter efficacement et mettre en place tous les mécanismes pour contrer l'action de plus en plus grande de l'industrie du tabac dans nos établissements", a soutenu M. Kamara.

Selon lui, "avec la direction générale du groupe ISM, nous sommes dans la dynamique d'organiser une grande conférence en ligne avec les parents d'élèves sur ces nouveaux produits de l'industrie du tabac, pour qu'ils puissent savoir déjà, être informés desdits produits, mais aussi voir comment faire pour gérer au niveau des familles".

CHEIKH THIAM

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