Publié le 30 Jan 2013 - 22:04
MAJORITÉ PRÉSIDENTIELLE ET AMBITIONS POLITIQUES

Idrissa Seck se détache à petits pas et trace sa voie

 

Pendant que tous les débats politiques tournent autour de la traque des biens mal acquis couplée aux auditions, le parti Rewmi d'Idrissa Seck semble tisser sa toile en s’affirmant comme un parti à la fois allié et d’opposition face au pouvoir.

 

 

Suite à l’escalade verbale constatée entre les seconds couteaux des deux partis que sont Rewmi et l'Alliance pour la République (APR), le chef de l'Etat a reçu en audience, la semaine dernière, Idrissa Seck afin d'«arrondir les angles». Y parviendra-t-il ? En tout cas, la formation politique du maire de Thiès s’affirme de plus en plus comme un parti d’opposition au pouvoir qui garde encore sa place dans la majorité présidentielle. Ce, au moment où la plupart des membres de Benno Bokk Yaakaar (BBY) se complaisent dans l'unanimisme du pouvoir.

 

Depuis quelque temps, Idrissa Seck multiplie par lieutenants interposés des actes politiques qui laissent subodorer le clash entre lui et le président Macky Sall. Et les signaux ne manquent pas. En «l’an zéro de (sa) carrière politique», l’ancien Premier ministre ne rate jamais en effet l’occasion de décocher des flèches sur le régime de Macky Sall, comme celle lancée le jour de la Tabaski. «Le gouvernement s’est engagé à faire face à la préoccupation des populations. Aujourd’hui, force est de constater qu'il n’y a pas eu d’avancée significative sur l’ensemble», avait-il déclaré. Pour le maire de Thiès, «la prise en charge des préoccupations des populations autour desquels l’alternance s’est organisée n’est pas encore effective».

 

Cette sortie médiatique a sonné, du côté du pouvoir, comme un casus belli entre le Rewmi et l’Alliance pour la République (APR), qui se regardent en chiens de faïence. Pour El Hadji Malick Sarr, membre du directoire de l’APR, «le Rewmi est en embuscade politique», d'où l'exhortation de ses camarades à redoubler le travail pour la conservation du pouvoir. La réplique de Thierno Bocoum, responsable des jeunes de Rewmi ne s’est pas fait attendre. «La politique qui consiste à surveiller l’autre est révélatrice d’une faiblesse reconnue. C’est une attitude inopérante de toutes les façons, puisque c’est le peuple sénégalais qui jugera», a déclaré le député membre du groupe BBY. Comme pour démontrer sa détermination à aller (à nouveau) à la conquête du pouvoir, Rewmi a lancé la vente des cartes en perspective des élections locales de 2014. Idrissa Seck et Cie iront-ils en solo ou en alliance ?

 

La question «n'est pas à l’ordre du jour au Parti socialiste», note Abdoulaye Wilane, son chargé de communication. «Il est normal que notre alliance victorieuse au second tour de la présidentielle avec l’élection de Macky Sall (…) se prolonge pour les prochaines locales de 2014 pour parachever un cycle électoral complet». Même si, reconnaît le maire de Kaffrine, «l’alliance électorale avec l’APR a connu des fortunes diverses lors de la présidentielle, des législatives et des sénatoriales avortées» du fait «des logiques de positionnement» au sein de la mouvance présidentielle. Dans cette lancée, Wilane nie l'existence d'un quelconque unanimisme au sein de BBY et dit comprendre les «malentendus» qui participent de la «vitalité démocratique». «Une société sans incompréhension n’existe pas, dit-il. A chaque crise, il faut se doter des moyens de la dissiper». Au PS, indique-t-il, «nous savons avec qui traiter de questions centrales qui concernent le devenir du Sénégal, et nous savons dans quelle circonstance nous allons les traiter avec eux».

 

A la Ligue démocratique (LD), le discours semble identique. Karim Fall, son porte-parole, pense que «dans une coalition, on ne doit pas s’entendre sur tout, mais on ne doit pas étaler des divergences dans l’espace public». Pour lui, la LD ne s’est jamais compromise lorsqu’il s’agit de questions d’intérêt national. «Lorsque le débat sur le Sénat a été posé, nous avons publiquement pris position pour exprimer notre désaccord», rappelle M. Fall. Allant plus loin, El Hadji Malick Guèye, des Jeunesses de l'Afp, estime que les malentendus sont liés à l’absence d’un «directoire politique unifié» qui pouvait permettre d’harmoniser les positions. Même si l’Alliance des forces de progrès n’entend pas poursuivre son idylle avec le l’APR pour le meilleur et pour le pire en perspective des prochaines élections locales, elle fait de la «prise en charge de la demande sociale» son credo.

 

Une autre lecture de la situation actuelle apparaît au Front pour le socialisme et la démocratie Benno Jubël (FSD/BJ). Des militants et responsables estiment en effet que l’entrée de leur leader Cheikh Bamba Dièye a plutôt plongé le parti dans une «léthargie profonde». «Il est regrettable que le FSD/BJ soit absent du jeu politique et s’inscrive dans une lutte de positionnement», dit Abdou Ndiaye, porte-parole et responsable des jeunes. «La responsabilité en incombe d'abord à un secrétaire général écartelé entre ses charges ministérielles et celles de la mairie de Saint-Louis». De plus, «le manque de leadership combiné à une volonté suspecte de s’éterniser dans un organigramme horizontal...» entraînent du coup «le découragement des militants».

 

Le mal du FSD/BJ est même plus profond que cela, poursuit Abdou Ndiaye. «C’est l’un des seuls partis qui n’a pas de bureau politique, Il n’y a que le secrétaire général qui est responsable, tout le reste est aligné au même niveau». Une situation qui n’est pas sans conséquence car il vient de naître un courant au cœur du parti, il s'appelle «Démocratie, équité, éthique, transparence - Deet Benno Jubbël» animé par Ibrahima Diop. Loin de cette crise interne au parti du ministre de la Communication, le Parti de l’indépendance et du travail (PIT), lui, n’entend nullement pas gêner le gouvernement. Joint par téléphone, Maguette Thiam renvoie à la déclaration du Comité central du 16 décembre 2012. Dans ce document, le PIT dit se réjouir de la «traque des biens mal acquis». Une politique qui «a ancré dans la conscience des Sénégalaises et des Sénégalais la conviction que leur destin est entre leurs mains», lit-on.

 

DAOUDA GBAYA

 

 

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