Publié le 9 Nov 2017 - 11:31
ZIGUINCHOR, SEDHIOU ET KOLDA

L’élevage des porcs, une filière porteuse délaissée par l’Etat

 

Une dizaine d’acteurs de l’élevage des porcs, venus des régions de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda, ont participé, ce lundi 06 novembre, à un atelier de renforcement de capacités. Cette rencontre, visant la maîtrise de l’élevage du porc, a permis de partager sur les écueils qui minent la filière et les solutions envisagées.

 

Le cheptel porcin est estimé à 400 000 têtes au Sénégal. Et l’élevage des porcs est considéré comme une filière porteuse. Dans le Fouladou, le porc fait aujourd’hui partie intégrante du cheptel, à côté des bœufs, moutons et chèvres. Il en est fort estimé du fait des bénéfices substantiels qu’il rapporte et pour la qualité de sa viande, bien qu’il cause nombre de désagréments, en particulier la dégradation des cultures. Cette viande de porc, très prisée par les chrétiens et les étrangers, mérite que les autorités de l’élevage accordent plus d’attention à la filière, selon les acteurs. Qui soulignent que « ce secteur de l’élevage est laissé en rade. Personne n’en parle et pourtant, il est aussi rentable que tous les autres secteurs ».

Ainsi, éleveurs de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda estiment que le gouvernement ne joue pas franc jeu dans l’égalité des chances. Ils en veulent pour preuve les nombreuses difficultés qui plombent le développement du secteur, sans aucune mesure venant de l’Etat. « Il y a l’absence d’un marché règlementaire de vente de porcs, la non-viabilisation des locaux qui font office de marché, le manque d’hygiène des lieux où les porcs sont élevés ou vendus, la non-structuration du secteur. Pourtant, l’élevage du porc est pourvoyeuse d’emplois », fait-on remarquer.

A en croire Dr Simplice Bosco Aysiwédé, professeur agrégé à l’école inter-Etats des sciences et médecine vétérinaires de Dakar, l’élevage de porcs est considéré comme une espèce à reléguer au second plan. « C’est pourquoi, explique-t-il, depuis le début du projet, nous avons mis l’accent sur trois activités phares. Il s’agit de faire une analyse-diagnostic sur tout le système d’élevage des porcs dans la région naturelle de la Casamance. L’objectif était de voir les pratiques, les réalités et les contraintes auxquelles sont confrontés les éleveurs des porcs. »

« La deuxième activité, poursuit le docteur Aysiwédé, était consacrée à l’introduction des innovations technologiques sur le plan de l’alimentation, de la santé, mais aussi sur le plan de la conduite d’élevage. Nous avons eu quand même à collecter des ressources, la graisse des pommes d’acajou. C’est tout ça qu’on a mélangé et proposé des rations que nous avons testées auprès des éleveurs et qui ont contribué à générer les résultats obtenus. Nous avons également eu à réfectionner des porcheries, à donner aux éleveurs des matériels d’élevage et une quantité d’aliments, près de 12 mille tonnes, qui leur ont été distribués. »

Selon les bénéficiaires, cet atelier est venu au bon moment. Car ils ne maîtrisaient pas les techniques d’élevage pour accroître la production. Aussi, la présidente des éleveurs de porcs dans la région de Ziguinchor, Olga Senghor Kayounga, a-t-elle déploré la rareté et la cherté de l’aliment de bétail. « Le porc mange beaucoup et l’aliment coûte cher. Même les restes maintenant se vendent cher. A Ziguinchor, ils coûtent 300 francs CFA pour l’équivalent d’un seau », indique-t-elle.

Néanmoins, elle est d’avis que « le développement de la filière du porc est sur le bon chemin, c’est l’élevage le plus porteur. Car le porc est un animal qui produit beaucoup et se développe très vite. Si tout le monde s’y met, avec l’appui de l’Etat, ce secteur pourra lutter contre le chômage. Parce qu’il créera des emplois’’. Toutefois, Olga Senghor Kayounga prévient que « la peste porcine est en train de ravager leurs animaux ».    

EMMANUEL BOUBA YANGA (KOLDA)

 

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