Publié le 9 Jul 2019 - 14:26
HAUSSE DU PRIX DU CARBURANT

Les transporteurs temporisent…

 

Face à la hausse du gasoil et du supercarburant, les transporteurs jouent la carte de l’atténuation. Ils estiment que ce n’est pas aux usagers de payer les frais d’une décision étatique.

 

A Dakar, la hausse du prix du carburant n’a pas d’impact sur le portefeuille des usagers. Depuis le 28 juin dernier, le supercarburant est passé de 695 à 775 F Cfa et le gasoil connait une hausse de 60 F.  Pourtant, ni les bus, encore moins les minicars de la capitale sénégalaise n’ont augmenté le prix de leurs services de transport. Pour l’heure, un sit-in de contestation a été organisé samedi dernier, à la place de la Nation, selon le secrétaire général du syndicat des transporteurs Gora Khouma. La décision du syndicat dépendra de la réponse des autorités quant à leur revendication (baisse de la hausse).

Ainsi, les transporteurs gèrent ce changement à leur manière. ‘’Par jour, je remplis mon réservoir à hauteur de 35 000 F Cfa. Maintenant, je paie 40 000, voire près de 45 000 F Cfa. Cette hausse, c’est nous qui la ressentons, pas les usagers’’, lance, dépité, Abdourahmane Ba, chauffeur de taxi debout sous le pont de Mermoz. Le visage renfrogné, il affirme que son revenu journalier (entre 10 000 et 15 000 F Cfa) chute puisqu’il y puise le complément nécessaire pour payer le gasoil dont le prix est en hausse.

Sous une chaleur de plomb, il profite d’une petite pause-café pour vider son sac. ’’Nous (taximen) n’avons pas de tarifs fixes, ce qui fait qu’officiellement on ne peut pas augmenter le prix du transport. Aussi, dans ce pays, les clients sont très forts en ‘waxalé’ (négociations sur le prix) et nous, très souvent, nous ne pouvons qu’être indulgents, surtout quand il s’agit de personnes âgées’’.

De son point de vue, le paysage économique sénégalais est assez morose pour que l’on pense à une augmentation du prix des liaisons. De plus, les usagers se plaignent des prix facturés, sans comprendre que c’est la somme d’un certain nombre de paramètres. Au tableau de ces contraintes, s’ajoutent les nombreux embouteillages de Dakar et la corruption dans les rangs des agents de police. Autant de blocages qui font dire à Abdou que l’unique solution est de travailler encore plus dur.

Gora Khouma :  ‘’Nous n’avons aucun intérêt à augmenter le prix du transport’’

Depuis février 2016, le prix à la pompe de ces hydrocarbures n’avait pas connu de hausse. Selon l’Etat, celle-ci s’explique par le renchérissement des cours qui pèse sur la facture pétrolière et sur la collectivité. ‘’Cette revalorisation des prix des produits pétroliers permettra de maintenir la viabilité des activités du secteur et de garantir un approvisionnement correct et durable du pays’’.

Du côté des ‘’cars rapides’’ et des ‘’Ndiaga Ndiaye’’, la logique ne change pas. Même s’il passe de 8 000 à 10 000 F Cfa par jour en ravitaillement de gasoil, Mor Ciss, la quarantaine révolue, n’envisage aucune augmentation. Occupé à changer le pneu de son véhicule, il estime que ‘’c’est à l’Etat d’alléger cette augmentation sur le prix du litre du gasoil, en prenant en charge une partie de la hausse. Il l’avait fait, il y a quelques années, pourquoi pas cette fois ?’’.

A l’en croire, la relation client-transporteur (faite de compassion) empêche, vu la situation économique, une nouvelle hausse des prix du transport. Face à la question, Gora Khouma tranche : ‘’Je tiens à tranquilliser les populations. Le problème doit être résolu avec l’Etat du Sénégal, pas avec elles. Au contraire, nous cherchons à les mettre à l’abri. Les gens n’ont rien, ceux qui ont les moyens achètent leurs propres véhicules. Mais aujourd’hui, à peine les Sénégalais ont de quoi vivre. Nous n’avons aucun intérêt à augmenter les prix du transport.’’

Un message clair certes, mais le syndicat prévoit une grève de 4 jours, si le gouvernement ne donne pas de réponse positive à sa demande, à savoir la baisse de cette hausse de prix. Pour le secrétaire général, l’enjeu est de stabiliser les coûts de ces produits. ‘’Si cela continue, cela veut dire que le supercarburant peut, du jour au lendemain, atteindre 1 000 F le litre’’, constate-t-il.

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