Publié le 4 Feb 2020 - 16:19
DEMOLITIONS CITE TOBAGO

Des propriétaires fictifs ‘’introduits’’ dans la liste des victimes

 

Les victimes des démolitions de la cité Tobago sont encore montés au créneau pour, cette fois-ci, dénoncer la fausseté de la liste des impactés. Ils demandent à l’Etat du Sénégal de reconsidérer le document et de prendre en compte ceux qui en ont été éjectés.

 

L’affaire cité Tobago est loin de connaitre son épilogue. Hier, pour la énième fois depuis 2015, les impactés ont fait face à la presse, en compagnie des autorités coutumières de Yoff, pour dénoncer les agissements de ceux qui étaient censés les défendre.

En effet, au moment où le gouvernement a entamé la procédure d’indemnisation, il semblerait que des ‘’magouilles’’ entre les impactés eux-mêmes soient en cours. ‘’Après plusieurs négociations, la Direction des impôts et domaines nous a demandé de venir récupérer nos titres fonciers. ’’A ma grande surprise, une fois sur les lieux, j’ai trouvé des femmes et des jeunes de 17 et 18 ans que je n’ai jamais vus à la cité Tobago. Quand je leur ai demandé ce qu’ils faisaient là, ils m’ont dit qu’on les a juste appelés pour venir retirer des titres fonciers. Pis, je n’ai pas vu mon nom sur la liste des ayants droit et Mbaye Thioye (coordonnateur du collectif des victimes) m’a fait croire qu’il y aurait une deuxième liste. Mais, selon nos informations, il n’en est rien ; c’est faux’’, témoigne le cadi du tribunal départemental de Ziguinchor et imam de la grande mosquée de Ziguinchor, Cheikh Alioune Sow, propriétaire en 2015 de deux parcelles dans ladite cité. Il a perdu, dans les démolitions, deux bâtiments (un R+1 et une maison basse avec toutes les finitions).

Selon les victimes, l’inscription sur la liste des ayants droit s’est faite avec le versement de 100 000 F CFA. Une raison de plus, selon eux, pour s’indigner de ne plus voir leurs noms, comme par magie, sur le document. Au banc des accusés, sont cités Mbaye Thioye et le président de la commission fondée juste après les démolitions, Daouda Mbengue qui, aujourd’hui, jouent un jeu de cache-cache, visiblement méconnu du gouvernement. ‘’Nous remercions le président de la République qui, au lieu de nous laisser sans indemnisation, puisque nous étions sur une zone interdite, a décidé autrement, au regard de notre statut de pères de famille. L’Etat a fait ce qu’il devait faire, c’est la commission que nous avons formée à l’époque qui n’est plus digne de confiance. Les membres ont changé les noms et fait des doublons. La tromperie vient d’eux, mais nous demandons au gouvernement de nous aider à entrer dans nos droits’’, ajoute l’imam Sow, affirmant avoir déposé une plainte à la Dscos.

332 propriétaires pour 300 parcelles

Par ailleurs, les victimes se demandent comment une zone morcelée en six lotissements composés de 300 parcelles, peut, du jour au lendemain, appartenir à 332 propriétaires ? ‘’D’où viennent ces 32 personnes de plus’’, s’interroge Moustapha Fall, membre du collectif. ‘’En menant nos propres enquêtes, nous nous sommes rendu compte que la liste prend en compte des personnes qui n’ont aucune parcelle à la cité Tobago. Nous avons des preuves à l’appui. Le plan de lotissement est très clair, il n’y a pas plus de 300 parcelles. Donc, si nous voyons une liste de 332 personnes et que nos noms n’y figurent pas, on a le droit de se lever. Le président Macky Sall, en attribuant les terrains, a parlé des ayants droit. Nous ne nous battons pas contre ceux qui ont obtenu des parcelles, on se bat contre l’injustice et on ne va pas l’accepter’’, poursuit-il.

L’indemnisation des impactés est de 20 millions pour les propriétaires de R+1 et 10 millions de francs CFA pour ceux des maisons basses. Chacun d’entre eux doit également bénéficier d’un terrain. Sauf que, là encore, il y a problème. Les deux sites choisis par le chef de l’Etat (6 ha à Ngor et 5 ha à Yoff) comme terrains de substitution, se heurtent à un veto de l’armée qui réclame la propriété de ces parcelles.

Pour l’heure, la question qui fâche est celle de l’éviction de certains impactés au profit d’inconnus. ‘’Tout ce qu’on veut, c’est entrer dans nos droits et cela passe par le rétablissement de la première liste des victimes. Malheureusement, ceux que nous avons choisis pour nous représenter ont triché. Lorsqu’ils ont eu une porte d’entrée au gouvernement, ils ont tout chamboulé. Mais même quand on veut voler, il faut savoir le faire’’, insiste l’imam Cheikh Sow.

EMMANUELLA MARAME FAYE

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