Publié le 18 Sep 2012 - 17:27
LUTTE - MODOU LÔ, LEADER DE L'ÉCURIE ''ROCK ÉNERGIE'' (Première partie)

''J'ai beaucoup galéré avant d'en arriver là''

 

 

On ne le présente plus au Sénégal, tant Modou Lô a marqué sa génération au point de devenir l'idole de plusieurs jeunes. Mais ce lutteur emblématique, considéré comme l'un des chouchous de l'arène, estime avoir traversé des moments difficiles. Dans cet entretien accordé à EnQuête, le chef de file de l'écurie ''Rock énergie'' raconte son enfance, sa vie de charretier...

 

 

Depuis la fin de la saison, on vous voit impliqué dans des actions humanitaires. Pourquoi ?

C'est une question qui me tient beaucoup à cœur. En fait, c'est de notre devoir d'aider. Avant, je n'avais pas les moyens de le faire, mais, j'ai toujours voulu le faire. Pendant la saison de lutte, je voulais le faire mais c'était impossible avec les entraînements et la préparation des combats, mais on l'avait programmé depuis longtemps. J'attendais juste la fin de la saison pour le faire. Puisque je ne peux pas entrer dans chaque maison de supporters pour les remercier de l'amour qu'ils me portent, je leur viens en aide à ma manière. C'est vrai que je ne peux pas satisfaire tout le monde, mais je fais ce que je peux. Nous avons ciblé en premier les prisons et l'empire des enfants, mais nous allons étendre ces aides humanitaires aux autres couches sociales qui ont besoin de nous.

 

Certaines sources annoncent que beaucoup de personnes font le pied de grue chez vous pour solliciter votre aide ?

C'est normal ! Après tout, nous sommes tous des êtres humains et il faut s'entraider dans la vie. Je ne veux même pas que ces actes soient connus du grand public, parce que je ne le fais pas pour du voyeurisme, mais pour aider tout simplement. Les gens viennent de partout pour nous solliciter et nous faisons ce que nous pouvons pour les aider, parce qu'ils se déplacent avec beaucoup d'espoir.

 

''Nous n'étions pas riches quand j'étais enfant''

 

Qu'est-ce qui vous pousse réellement à faire de l'humanitaire ? Est-ce parce que vous avez eu une enfance difficile, pauvre ?

Je peux dire qu'il y a une part de cela. Nous n'étions pas riches quand j'étais enfant mais mon père faisait tout pour nous assurer au moins les trois repas de la journée. On a eu des moments difficiles. Vous savez, avant de pouvoir réellement aider ceux qui souffrent, il faut passer par là, éprouver beaucoup de difficultés, cela peut purifier le cœur de l'être humain. Mais être né avec une cuillère d'argent dans la bouche ne permet pas de comprendre ce qu'est la misère, ce que ces gens-là vivent au quotidien. Certaines expériences de la vie forgent votre caractère. Et je vous assure que si j'avais 500 millions, je pourrais offrir les 450 et ne garder que les 50 millions pour moi. Cela fait plaisir d'aider, et c'est une façon d'adorer Dieu, de respecter Ses Préceptes. Tout ce qui nous a été prêté par le Bon Dieu, un jour où l'autre, il nous le reprendra, tout en nous demandant si nous en avions fait bon usage. Que ceux qui sont plus riches aident les plus pauvres !

 

''J'ai été charretier, soudeur''

 

Il paraît aussi que vous avez travaillé comme charretier pour aider vos parents ?

C'est vrai. J'avais une charrette et je convoyais pour des magasins des sacs de ciment. J'allais parfois chercher du sable à la plage pour les maçons, ou ramasser les gravats dans les maisons en construction pour aller les déverser ailleurs. Je travaillais aussi comme déménageur, en portant sur ma charrette les bagages de locataires qui changeaient de lieu d'habitation.

 

À part charretier, quel autre métier avez-vous exercé ?

J'ai été soudeur métallique, j'ai plus duré dans ce métier d'ailleurs. J'ai aussi fait de la mécanique et j'ai été maçon. J'ai fait beaucoup de petits boulots comme cela.

 

Avez-vous toujours la même habileté dans vos anciennes professions ?

 

Chacun a au fond de son cœur un métier qu'il aime particulièrement, qui lui tient à cœur plus que tout. Pour les derniers petits métiers que j'ai faits avant la lutte, je ne me concentrais plus. Parce que je ne pensais qu'à une seule chose, devenir lutteur. J'avais hâte de terminer le boulot pour aller m'entraîner. Parfois, le peu d'argent que je gagnais dans les petits boulots m'aidait à financer ma carrière de lutteur, dans les ''mbàpàt'' (séance de lutte avec frappe). Quand je sortais vainqueur, je rentrais avec une somme d'argent. Parfois, il m'arrivait de rentrer bredouille mais sans perdre espoir. J'ai aussi travaillé comme apprenti chauffeur de mon père qui conduisait un car. C'est tout cela qui m'a forgé, qui a fait de moi un homme. Rien ne m'étonne, j'en ai beaucoup vu, j'ai aussi beaucoup galéré. Il fallait payer le transport.

 

Khady FAYE

 

 

(La suite à 23 heures)

 

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