Publié le 3 Nov 2025 - 19:26
DÉFIS LIÉS À LA SANTÉ EN AFRIQUE

La demande de Bassirou Diomaye Faye aux dirigeants africains

 

Prendre en main leur destin commun, en mobilisant de manière accrue le financement endogène. C'est l'appel lancé par le président de la République aux dirigeants africains pour faire face aux défis liés à la santé dans le continent noir. 

 

La huitième édition du Forum Galien Afrique a eu pour thème : « La souveraineté sanitaire : un impératif pour l'Afrique ». Elle s'est achevée le vendredi dernier. La cérémonie de clôture a été présidée par le président de la République Bassirou Diomaye Diakhar Faye qui a lancé un message à ses pairs africains. Prenant exemple sur la pandémie de COVID-19, il a souligné que le Sénégal a appris une leçon douloureuse mais salutaire : aucun continent, aucune nation ne peut prétendre assumer seul ses choix libres sans souveraineté sanitaire.

Ladite crise, dit-il, a mis à nu les fragilités, les dépendances, les inégalités, et révélé combien la santé constitue la première frontière de la sécurité collective du continent noir. À cela s'ajoute, selon lui, que le système de santé africain, encore très fragile, est confronté au double fardeau lié aux maladies transmissibles et non transmissibles, mais aussi à l'émergence de nouvelles maladies. Il s'agit, par exemple, de la maladie des zoonoses qui affecte à la fois les hommes et les animaux en raison du changement climatique, de la multiplication des besoins en santé induite par la croissance démographique rapide et des besoins croissants en alimentation, en terres agricoles et en habitat. 

« Devant une telle situation, a-t-il lancé, nos États africains doivent s'engager de manière résolue à prendre en main leur destin commun, en mobilisant de manière accrue le financement endogène. Il s'agit aussi d'engager les femmes et les jeunes, les scientifiques, la société civile et le secteur privé, en développant la recherche et la production de tests, de médicaments et de vaccins. Face à ces défis, il ne s'agit plus pour l'Afrique d'attendre, mais d'agir avec lucidité, courage et détermination. Nos États doivent aussi renforcer la gouvernance du secteur de la santé et impliquer pleinement les femmes, les jeunes, les scientifiques, la société civile et le secteur privé dans la marche vers la souveraineté sanitaire’’.

Ce faisant, il s’est félicité que le Forum ait fait entendre la voix des jeunes innovateurs, des femmes scientifiques, des leaders communautaires, des chercheurs et des décideurs politiques de tout le continent.

A ses yeux, les leçons tirées du Forum montrent que la souveraineté sanitaire n'est pas une option, mais une nécessité urgente. ‘’Les échanges de ce Forum ont mis en évidence trois vérités fondamentales : la souveraineté sanitaire est indissociable de la solidarité entre les nations africaines ; l'inclusivité passe par la valorisation du potentiel des jeunes, des femmes et de la diaspora ; la production locale constitue la pierre angulaire de notre indépendance pharmaceutique et vaccinale’’, a soutenu le Chef de l’Etat.  

« Notre ambition dépasse nos frontières » 

En effet, l'Afrique représente près de 20 % de la population mondiale, mais ne produit que 0,25 % des vaccins et 30 % des médicaments qu'elle consomme. Ce constat, déplore Bassirou Diomaye Faye, est intenable et oblige à bâtir un véritable écosystème industriel et scientifique capable de répondre aux besoins et de contribuer à l'offre mondiale.

« Durant ce grand événement africain qui nous réunit, la production locale s'est positionnée comme un levier stratégique. De multiples exemples de réussites et de défis liés à la production locale des médicaments, vaccins et équipements de santé, particulièrement en Afrique du Sud, en Égypte, au Rwanda ou au Ghana, ont été exposés. Le Sénégal a choisi de prendre toute sa part dans cette bataille pour la souveraineté. Dans la droite ligne de l'objectif de l'Union africaine visant à produire 60 % des vaccins consommés sur le continent d'ici 2040, notre pays a engagé d'importants chantiers structurants. À travers l'Institut Pasteur de Dakar et le projet MADIBA, soutenu par l'État, un programme industriel d'envergure, d'un montant de 252 millions de dollars, est en cours de finalisation », annonce-t-il. Ajoutant qu’il permettra la production de 300 millions de doses de vaccins de routine, épidémiques ou pandémiques.

Le Président Faye a aussi annoncé la mise en place de la Delivery Unit Pharma, placée sous la tutelle du ministère de la Santé et de l'Hygiène publique, avec pour mission d'assurer une couverture locale de 50 % des besoins en médicaments d'ici 2050. « C'est dans ce contexte, a-t-il ajouté, que la Pharmacie Nationale d'Approvisionnement (SEN-PNA) en médicaments a été transformée en Établissement Public de Santé à caractère Industriel et Commercial (EPIC). Pour ce faire, un terrain lui a été affecté dans la nouvelle ville de Diamniadio, pour lui permettre d'accroître ses capacités de stockage et de distribution pour toute la sous-région.

Pour garantir la qualité et la sécurité des produits, le Sénégal s'est également doté d'une Agence nationale de Réglementation Pharmaceutique (ARP), désormais reconnue niveau 3 de maturité par l'Organisation mondiale de la Santé, un gage de crédibilité et de confiance internationale. En fait, notre ambition dépasse nos frontières. L'Afrique doit devenir un continent producteur et non plus seulement consommateur. C'est pourquoi je salue la création, par l'Union africaine, de l'Agence africaine du Médicament (AMA), destinée à harmoniser les réglementations et à sécuriser le marché africain des médicaments », a indiqué le président Diomaye Faye.     

CHEIKH THIAM 

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