Publié le 15 Jan 2026 - 08:11
JOURNEE SANS PRESSE ET POLEMIQUE POLITIQUE  

Le CDEPS dément Cheikh Bara Ndiaye

 

La sortie du député Cheikh Bara Ndiaye sur le plateau de Seneweb, mardi dernier, continue de susciter de vives réactions dans le monde des médias. En affirmant que Farba Ngom serait à l’origine de la journée sans presse du 13 août 2024, l’élu a provoqué la colère du patronat de la presse, qui parle de propos diffamatoires et sans fondement dans un communiqué de presse.

Cette journée sans presse avait marqué les esprits. Radios muettes, journaux absents des kiosques, télévisions perturbées : les médias sénégalais avaient observé un arrêt symbolique pour alerter sur leur situation jugée de plus en plus précaire. Contrairement à ce qu’a soutenu Cheikh Bara Ndiaye, cette mobilisation n’avait rien de politique au sens partisan du terme. Elle avait été initiée par les organisations professionnelles du secteur, notamment le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (Cdeps), pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme des atteintes répétées à la liberté de la presse.

Pour le Cdeps, lier cette journée d’août 2024 à la personne de Farba Ngom relève de la pure invention. « Aucun homme politique n’a organisé cette journée », martèlent ses responsables, qui rappellent qu’il s’agissait d’une décision collective prise par les acteurs de la presse privée pour défendre leurs intérêts professionnels et leur indépendance éditoriale.

Derrière cette controverse se cache une tension plus profonde entre le pouvoir et les médias. Depuis l’arrivée au pouvoir du régime issu de la troisième alternance, les relations se sont progressivement dégradées. Le patronat de la presse évoque une série de mesures qui, mises bout à bout, fragiliseraient durablement les entreprises de presse : redressements fiscaux jugés sélectifs, blocage de comptes bancaires, créances impayées par l’État, résiliations de contrats publicitaires, suspension de l’aide publique à la presse depuis deux ans, mais aussi coupures de signaux et restrictions d’accès à certaines activités officielles.

À ces difficultés économiques et administratives se sont ajoutées des batailles juridiques. Certains arrêtés remettant en cause l’existence légale de médias privés ont été annulés par la justice, renforçant, selon le Cdeps, l’idée que la presse est engagée dans un bras de fer permanent pour sa survie.

Dans ce contexte tendu, les propos de Cheikh Bara Ndiaye sont perçus comme une étape supplémentaire dans la tentative de discrédit de la presse privée. Pour ses responsables, après les pressions économiques et administratives, place désormais à la mise en cause publique de leur crédibilité. Lier la journée sans presse de 2024 à l’arrestation de Farba Ngom en février 2025 serait, selon eux, une construction artificielle destinée à orienter l’opinion.

Le Cdeps ne compte pas laisser passer cette affaire. Il annonce vouloir engager des actions judiciaires pour diffamation et appelle les professionnels des médias à faire bloc. Au-delà du cas Cheikh Bara Ndiaye, le patronat de la presse dit vouloir rappeler que la journée sans presse d’août 2024 était avant tout un cri d’alarme d’un secteur en difficulté, et non l’expression d’un agenda politique caché.

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