Publié le 20 May 2026 - 19:04
DU SALOUM AUX MARCHES INTERNATIONAUX

Et si le prochain champion sénégalais était aujourd’hui un paysan ?

 

Le Sénégal finance, mais transforme peu. Derrière les dispositifs existants se cache une question plus profonde : peut-on organiser, sur une génération, le passage d’un petit producteur rural à un industriel de référence ? À travers l’idée d’un Fonds National pour l’Initiative Économique et Souveraine (FNIES), une réponse structurée émerge.

 

Au Sénégal, nous avons pris l’habitude de poser le problème économique en termes de financement. Accès au crédit, fonds publics, appui aux entreprises : les instruments existent et se multiplient. Pourtant, une question essentielle reste largement ignorée : que devient, sur le long terme, celui qui commence en bas de l’échelle ?

Prenons une image simple. Dans un village du Saloum, un paysan cultive l’arachide avec des moyens limités. Il produit, vend, survit parfois difficilement.

Trente ans plus tard, que peut-il espérer ? Rester dans la même condition, ou devenir un acteur majeur de la transformation agro-industrielle ?

Malheureusement, la première réponse reste vraie pour 99, 99 % des personnes. Ce qui démontre que notre modèle économique a échoué et qu’il faut changer de logique.

Aujourd’hui, au Sénégal, l'accès au financement pour les PME et projets structurants est renforcé par des outils étatiques dédiés comme le FONGIP (garantie) et le FONSIS (investissement), complétés par l'initiative « Sunu Champions » lancée fin 2025 pour créer des leaders économiques nationaux.

Mais ces dispositifs, ou outils, financent, accompagnent, mais ils ne construisent pas un parcours.

Résultat : une entreprise peut obtenir un crédit sans produire localement. Une autre peut croître sans jamais atteindre l’industrialisation. Et les projets structurants restent souvent déconnectés du tissu des PME.

Le problème n’est pas l’absence d’efforts. Le problème est l’absence de trajectoire.

C’est dans ce contexte que l’idée d’un FNIES prend tout son sens. Non pas comme un instrument de plus, mais comme une architecture capable de relier ce qui est aujourd’hui dispersé.

L’ambition est simple à formuler, mais exigeante à mettre en œuvre : permettre à un petit producteur de devenir, étape par étape, un acteur industriel.

Concrètement, cela suppose d’abord de réorienter le financement vers la production réelle. Une coopérative du Saloum qui transforme son arachide en huile ou en produits dérivés doit être prioritaire. Produire, transformer, localement doit devenir la règle, et non l’exception.

Ensuite, les entreprises qui progressent doivent être accompagnées, mais sous condition. Le statut de “champion” ne doit pas être une distinction symbolique. Il doit reposer sur des engagements précis : créer des emplois, structurer des filières, accéder à des marchés régionaux. Sans résultats, les avantages doivent disparaître.

Enfin, les entreprises les plus performantes doivent pouvoir franchir un cap décisif : celui de l’industrialisation. C’est à ce niveau que des instruments comme le FONSIS prennent toute leur importance, en finançant des projets capables de transformer durablement l’économie.

Ce modèle n’est pas théorique. Le Sénégal a déjà connu des trajectoires individuelles de réussite. Youssou Ndour a construit un groupe médiatique solide à partir d’un talent artistique. Des figures comme Khadim Ba ou Tahirou Sarr ou Bocar Samba DIEYE illustrent des parcours d’ascension économique significatifs.

Mais ces réussites restent des exceptions. L’enjeu est désormais de les transformer en norme.

Cela suppose une rupture claire : passer d’une logique de financement à une logique de transformation. Cela suppose aussi du courage politique, car toute politique sérieuse implique des règles strictes, de la transparence et des sanctions en cas de non-performance.

La question est donc posée au pays : voulons-nous continuer à accompagner des trajectoires limitées, avec tous les risques (cf. Excellent article de Monsieur Cheikh THIAM, ine soleil digital du 18 mai 2026) ou sommes-nous prêts à construire un système qui élève réellement ?

Amadou Bassirou NDIAYE,
Président Bokk Defar Sénégaal
bokkdefar@gmail.com

 

 

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