Accès à l’avortement médicalisé

« Rôle des médias dans le plaidoyer pour l’accès à l’avortement médicalisé en cas de viol, d’inceste et lorsque la santé de la mère est en danger. » C’est autour de ce thème que l’Association des journalistes en santé, population et développement a organisé, hier, un atelier de mise à niveau à l’intention de ses membres. Intervenant au cours de la rencontre, la sage-femme et experte en santé maternelle et néonatale Adama Sanokho a alerté sur les conséquences des avortements pratiqués en dehors des structures médicales.
Selon elle, l’avortement clandestin constitue l’une des principales causes de mortalité maternelle et « la seule qui puisse être évitée ». Elle le présente comme la cinquième cause de décès maternels. Les complications les plus fréquentes sont notamment les hémorragies, les infections, les perforations de l’utérus ainsi que les lésions de l’appareil génital et d’autres organes internes.
L’évacuation incomplète des produits de la grossesse expose également les femmes à des complications graves. Ces risques sont souvent liés à l’utilisation de méthodes dangereuses ou à l’insertion d’objets pointus ou tranchants dans l’appareil génital. Au-delà des conséquences sanitaires, Adama Sanokho a soulevé la question du traitement judiciaire des femmes et des filles concernées.
D’après les chiffres qu’elle a présentés, les faits d’avortement et d’infanticide représentaient, en 2024, 11 % des motifs d’incarcération de la population carcérale féminine. Ils constitueraient ainsi la deuxième cause d’emprisonnement des femmes et des filles au Sénégal. L’experte a également évoqué les difficultés auxquelles se heurtent les victimes de viol ou d’inceste lorsqu’elles doivent apporter la preuve de l’agression. Sous le choc, certaines cherchent d’abord à faire disparaître ce qui leur rappelle les faits.
...« Aussitôt après le viol ou l’inceste, beaucoup de femmes se sont empressées de faire disparaître toute trace de l’agression, notamment en se lavant, en nettoyant l’endroit où l’acte a eu lieu ou en cachant les vêtements qu’elles portaient », a expliqué Mme Sanokho. Ces réactions peuvent compliquer la recherche de preuves et, par conséquent, le parcours judiciaire et médical des victimes. Pour Adama Sanokho, les réponses à apporter ne relèvent pas uniquement du système de santé. Elles nécessitent une mobilisation des ministères concernés, des professionnels de santé, des décideurs politiques, des leaders religieux, des organisations féminines, des ONG et des acteurs communautaires.
« Les changements stratégiques nécessitent un leadership et un partenariat forts, ainsi que des approches souples », a-t-elle soutenu. Les ministères sectoriels autres que celui de la Santé doivent, selon elle, contribuer à accroître la couverture des services et à lever les obstacles sociaux et structurels limitant l’accès aux soins. La société civile est également appelée à jouer un rôle d’alerte, de plaidoyer et de veille citoyenne, notamment dans le suivi des engagements pris par l’État.
Les journalistes occupent, dans ce dispositif, une place centrale. En tant qu’acteurs de l’information sanitaire, ils peuvent contribuer à sauver des vies en diffusant des données fiables et en sensibilisant les communautés. Adama Sanokho les invite à informer sans stigmatiser ni culpabiliser, mais aussi à donner la parole aux survivantes. Le traitement médiatique doit permettre de mieux faire comprendre les conséquences des avortements non sécurisés et les difficultés rencontrées par les victimes de violences sexuelles.






