Publié le 25 Apr 2012 - 13:30
COMMÉMORATION DE LA TRAITE DES NOIRS

''Wade a instrumentalisé la loi pour valider le monument''

 

Le président de la Fondation du mémorial de la traite des noirs en veut à l'ancien président qu'il accuse d'avoir fait voter la loi faisant de la traite des Noirs un «crime contre l'humanité». Aujourd'hui, il en appelle à la responsabilité du nouveau chef de l'Etat.

 

Le 27 avril marque la commémoration de l’abolition de l’esclavage. Il y a deux ans, les parlementaires sénégalais ont voté la loi décrétant l’esclavage et le commerce triangulaire, de «crimes contre l’Humanité.» Ainsi, le Sénégal a pris l’engagement à travers cette volonté politique de commémorer cette date. Mais pas n’importe comment car il requiert l'accompagnement des plus hautes autorités de l'Etat.

 

Cependant, le président sortant qui avait fait passer la loi comme lettre à la poste n’a pas respecté ses engagements, selon Karfa Diallo. «Rien n’a été fait l’année dernière à notre grande surprise pour la commémoration de cette date historique», s’est désolé le président de la Fondation du mémorial de la traite des noirs, qui tenait une conférence de presse hier à Dakar. C’est cette fondation basée à Bordeaux qui avait en 2010 écrit à Abdoulaye Wade pour que la traite des noirs soit déclarée par l’État du Sénégal crime contre l’humanité. «L’année dernière, les autorités ont oublié leurs devoirs. On a compris alors que la loi était instrumentalisée. C’était pour faire passer le très controversé monument de la Renaissance», a dénoncé M. Diallo.

 

Cette année, la Fondation souhaite relancer l'initiative avec le nouveau pouvoir. Mais aussi avec le Centre africain de recherche sur les traites et les esclavages (CARTE) à travers un «black atlantic» (NDLR : Atlantique noire). Une cérémonie qui sera organisée aux larges de l’océan à bord de la chaloupe Dakar-Gorée, avec des jets de fleurs et déclamation de textes. Des élèves seront mis à contribution. «Nous attendons une implication du ministre de la Culture et du Tourisme, Youssou Ndour et du président de la République Macky Sall», a tenu à répéter Karfa Diallo.

 

Par ailleurs, loin de l’idée toute faite selon laquelle tout a été dit sur ce commerce, l'historien Ibrahima Thioub a montré, par un bref exposé, qu'il n'est pas possible d'imputer la responsabilité de cette traite à l’élite européenne. A ses yeux, «c’est une élite européenne qui a été de connivence avec une élite noire». Se situant loin des discours mémoriels, le Pr. Thioub est d'avis que l’Afrique gagnerait à reconsidérer la question sous d’autres angles en rompant d'avec la «racialisation» du phénomène de la traite. Posant le principe qu'«être noir est un fait de nature et non un fait historique», il en déduit que «les esclaves n’ont pas été esclaves parce qu’ils sont noirs mais parce qu’ils sont politiquement et socialement faibles», rejoignant ainsi le Pr. Kerfa Diallo. Selon les deux historiens, parler de «traite atlantique» en lieu et place de «traite des noirs» serait un premier pas pour redonner à la question ses dimensions sociales et politiques.

 

BIGUÉ BOB

 

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