Publié le 12 Apr 2016 - 17:10
COOPERATION MONETAIRE ZONE FRANC

‘‘Pas de risque d’une dévaluation’’

 

La zone Franc se porte bien malgré le choc lié à la chute des prix des matières premières et le choc sécuritaire. L’espace Uemoa qui tourne autour de 6,5% de croissance ne connaîtra pas une seconde dévaluation d’après les assurances du ministre des Finances Amadou Ba. Il était en conférence de presse conjointe avec son homologue français Michel Sapin, hier à Dakar.

 

Plus de deux décennies après la dévaluation du franc de la Communauté française d’Afrique, il ne devrait pas y avoir de récidive. ‘‘Il n’y a pas de risque, pas d’éventualité d’une dévaluation quelle qu’elle soit. Ce n’est pas prévu ni dans le court terme, ni dans le moyen terme. Je le dis au nom de l’ensemble des ministres des Finances de la zone Franc. Il n’en est pas prévu d’autant plus que la parité que nous avons est plus proche de la réalité économique. Il n’y a pas d’incertitudes sur la zone Franc’’, a tenu à rassurer le ministre sénégalais des Finances, Amadou Ba. Ainsi, les pays des zones de l’Uemoa et du Cemac (Afrique centrale) ne devraient pas souffrir à nouveau de voir le Franc Cfa abaissé par rapport à l’Euro.

Les nombreuses remises en question de cette hiérarchie monétaire héritée de la domination française ont été adressées au ministre français Michel Sapin durant les travaux bisannuels de Yaoundé sur l’état de la monnaie, où il était avant sa visite à Dakar. ‘‘Le Franc Cfa appartient aux Africains. L’avenir de cette monnaie, avec ce qu’elle apporte de bon pour le développement économique, appartient aux Africains. C’est à eux d’en juger. S’il doit y avoir des évolutions, la France est ouverte dès lors qu’elles viennent des pays africains souverains. C’est la souveraienté de chacun des pays dans une coopération d’intégration monétaire importante qui doit s’exprimer’’, a-t-il déclaré. Mettant les dirigeants du continent devant leurs responsabilités, le ministre français de poursuivre : ‘‘La France sera toujours là pour aider, garantir, mais pas pour se substituer à la décision des gouvernements.’’

Il estime toutefois que la zone Franc gagnerait beaucoup à continuer d’être arrimée à l’Euro, ‘‘la plus importante zone économique du monde’’. Vu les disparités de ce qui se passe aux Usa et en Chine, la chute du prix des matières premières, le plus important pour les deux ministres est la stabilité monétaire. ‘‘Par rapport à l’Euro, c’est un atout considérable. Le fait que le Franc Cfa soit lié à l’Euro, parce que la France le garantit, me semble être une bonne chose’’, a-t-il plaidé. Mieux, ‘‘les évolutions sont possibles, les propositions sont faites pour étendre la zone à d’autres pays’’, fait-il savoir. Pour Amadou Ba également, la fixité (pas d’inflation par rapport aux autres pays où la monnaie flanche), la garantie de la convertibilité illimitée, la centralisation des réserves, et la libre transférabilité ‘‘sont autant d’avantages qui font que les pays africains tiennent à cette monnaie’’.

‘‘Panama Papers’’ bien sûr !

Le scandale de Panama Papers s’est naturellement invité dans les débats. Après la divulgation des fichiers de Mossack Fonseca, le Sénégal vient de signer un accord de libre échange d’informations avec l’Organisation de coopération et de développement économiques (Ocde). Mieux, les services d’Amadou Bâ sont à pied d’œuvre pour situer les responsabilités non sans difficultés. ‘‘Nous avons reçu des informations et l’administration fiscale qui travaille pour voir dans quelle mesure une reprise nécessaire peut être opérée. Mais ce n’est pas facile sur le plan juridique. Dans tous les cas, il faut respeceter le droit. Il y a un problème de prescription’’, prévient-il. Le pays offre des gages sur cette question avec la présence du Président Sall au G20 qui est le ‘‘porte-étendard de la transparence’’.

Malgré l’onde de choc de ces transactions douteuses, la France n’est pas surprise. ‘‘Les Panama Papers ne nous apprennent rien de nouveau, mais si ça permet d’accélerer les choses c’est tant mieux’’, lance Michel Sapin. Les choses dont il est question sont l’harmonisation des procédures au niveau international, la lutte contre l’érosion des bases fiscales. La France dont ‘‘la collaboration fisacle avec le Panama est de très mauvaise qualité’’ a décidé de réintroduire, en milieu de semaine dernière, ce pays dans une liste noire d’où il a été retiré en 2012. ‘‘En fin 2015, nous avons failli le réinscrire sur la liste, il s’était alors engagé à mettre en œuvre le standard international nécessaire, c'est-à-dire l’échange d’informations dans le domaine fiscal. Dès lors qu’il y a échange automatique d’infos, c’est la transparence. Un pays qui refuse de s’y mettre a quelque chose à cacher. Mais le Panama n’a pas tenu ses engagements’’, a expliqué Michel Sapin.

OUSMANE LAYE DIOP

 

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