Publié le 5 May 2023 - 19:06
DIALOGUE POLITIQUE

Le choc des agendas

 

Le président de la République, ce n’est pas un banc, c’est un fauteuil. Et chaque parti souhaiterait l’occuper en 2024. Au niveau de l’opposition, si les uns ont intérêt au statu quo qui écarte Khalifa et Karim, ces derniers n’ont pas de choix autre que de participer au dialogue, s’ils ont l’ambition d’occuper le fauteuil tant convoité.  

 

Tout le monde manœuvre. Chacun ne défendant que ses propres intérêts. En l’état actuel des choses, il y a ceux que le statu quo arrange, qui n’ont pas besoin de réformes du Code électoral pour pouvoir participer à la prochaine Présidentielle. Ceux qui ont intérêt à ce que les choses bougent pour avoir des chances de participer aux prochaines élections. Dans la deuxième catégorie, il y a surtout le leader de Taxawu Sénégal, Khalifa Ababacar Sall, celui du Parti démocratique sénégalais Karim Wade. Tous les autres n’ont jusque-là rien à perdre, si les règles restent en l’état.

‘’L’arnaque, c’est de vouloir mobiliser tous les Sénégalais pour se battre pour sa candidature et en même temps de demander aux autres de ne pas participer au dialogue, qui pourrait permettre de matérialiser une des revendications majeures de la coalition de Yewwi Askan Wi depuis sa naissance. Je rappelle que c’est Ousmane Sonko lui-même qui clamait haut et fort que c’est lui qui a inscrit dans la charte de Yewwi l’amnistie pour Khalifa Sall et Karim Wade. Si tout cela était sincère, pourquoi vouloir y revenir, aujourd’hui que le pouvoir nous rejoint dans cette volonté. Ça pose vraiment problème’’, confie ce membre de la coalition Yewwi Askan Wi.

Aujourd’hui, la coalition majoritaire de l’opposition est au bord de l’implosion. Sur les réseaux sociaux, c’est la guerre des tranchées entre les camps favorables à Khalifa et ceux qui se réclament de Sonko. Les seconds accusant les premiers d’être en train de passer un deal. Et c’est Ousmane Sonko lui-même qui avait donné le ton. ‘’C’est un appel au dialogue pour isoler Ousmane Sonko et casser l’opposition en donnant un bonbon à sucer à chacun. Il ne peut pas nous isoler parce que nous avons tissé des liens avec le peuple sénégalais’’, disait-il.

Selon le président de Pastef qui s’interroge sur les conclusions des précédents dialogues, ‘’tel qu’il est conçu pour le moment’’, le dialogue n’est rien d’autre qu’un moyen de ‘’valider une troisième candidature anticonstitutionnelle’’ de Macky Sall.

Membre de YAW : ‘’Sonko se bat pour être candidat et refuse à Khalifa et Karim de se donner les moyens de participer aux élections’’

Cette posture pour le moins cavalière n’est pas pour favoriser l’entente au niveau de l’alliance. Depuis l’éclatement de ce débat, la coalition semble se scinder en deux. D’une part, les pro-dialogue. D’autre part, ceux qui s’y opposent. N’est-ce pas une atteinte à la dynamique unitaire ? Ce proche de Khalifa dédramatise : ‘’Quand on est dans ces genres de situations, chaque parti peut donner son point de vue en tant qu’entité autonome. Notre philosophie pour la Présidentielle a toujours été de marcher séparément et de frapper ensemble sur certaines questions. Je rappelle que Yewwi Askan Wi, comme on l’a toujours dit, n’est pas une coalition présidentielle. Dans notre charte, on avait dit qu’on est ensemble pour les élections locales et législatives. Mais pour la Présidentielle, une candidature plurielle avait été encouragée, avec un programme minimum commun. Aussi, si quelqu’un va au 2e tour, les autres le soutiennent sans avoir besoin de négociation.’’

Pendant que les deux principaux leaders montrent leurs divergences tout en essayant d’éviter de s’attaquer de manière frontale, les autres membres de la coalition s’enlisent dans un silence assourdissant.

Hier, Déthié Fall et le PRP se sont alignés du côté d’Ousmane Sonko. ‘’Après de larges concertations, le PRP informe la population sénégalaise qu’il ne participera pas au dialogue. Le PRP considère que nul besoin de dialoguer pour respecter les principes et droits sacrosaints conférés par la Constitution, notamment celui de la liberté de presse, de la liberté d’opinion, de manifestation, de participation électorale’’.

Exigeant ainsi le respect de ces principes, Déthié Fall et Cie demandent au président de ‘’sursoir au projet de 3e candidature illégale et illégitime ; libérer tous les détenus politiques ; sursoir à l’arrestation et l’intimidation des journalistes ; libérer tous les journalistes en détention ; arrêter la volonté d’écarter de potentiels candidats ; enfin de choisir une personnalité consensuelle pour l’organisation de l’élection présidentielle’’.

Khalifa s’approche du dialogue et marque son désaccord avec Sonko

Ce communiqué a le mérite de montrer qu’Ousmane Sonko ne sera pas seul au sein de Yewwi Askan Wi. À l’instar de tous les autres partis de la coalition, cette position n’est pas non plus sans calcul, dans un contexte où il y a de gros nuages sur la candidature de Sonko et que chaque entité, y compris dans les rangs mêmes de Pastef, tente de se positionner en alternative, au cas où le leader charismatique serait empêché de se présenter. À moins d’être sauvé par le dialogue, au cas où le dialogue conclut à une révision des articles 29 et 30 en lieu et place d’une loi d’amnistie.

À la question de savoir si les pourfendeurs du dialogue n’ont pas pour projet de bousiller les chances de Khalifa et Karim de pouvoir participer, voici la réponse de Saliou Sarr : ‘’Je ne le pense pas. En revanche, je pense que si, comme nous l’avons toujours dit, nous jugeons que l’exclusion de Khalifa et Karim Wade est injuste et anticonstitutionnelle, en bonne logique, on ne devrait pas avoir de problème à œuvrer pour leur retour dans le jeu électoral. Je rappelle qu’en 2019, il y avait un dialogue politique et toutes les parties prenantes avaient œuvré pour l’amnistie. Personnellement, je pense que le dialogue est dans l’intérêt de tous. Il peut permettre de poser sur la table toutes les questions que nous nous posons et de les défendre. La politique de la chaise vide n’a jamais réglé quoi que ce soit.’’

Le PDS favorable au dialogue pour un retour de son candidat dans le jeu

Si le camp de Khalifa Sall tente de s’émanciper du diktat de Sonko, Mimi Touré, elle, s’est montrée sans concession contre le dialogue qu’elle présente comme un deal entre Macky Sall et le PDS, se gardant de frustrer Khalifa Ababacar Sall. Une position qui n’est sans doute pas pour déplaire à Sonko de plus en plus esseulé.

Du côté du Parti démocratique sénégalais, il n’y a pas eu d’hésitation. Depuis le début, le parti de Wade a voté de manière non équivoque en faveur du dialogue. Seulement, contrairement à Khalifa, eux disent ne pas vouloir du tout de l’amnistie. Dans un communiqué récent, ils ont partagé ce que devaient être pour eux les thématiques du dialogue.

‘’Le PDS approuve d’ores et déjà les principaux points de discussion évoqués par le président de la République, notamment le parrainage, l’amnistie de Khalifa Sall, ainsi que la révision du procès de Karim Wade. Toutefois, le PDS souhaite que les points suivants soient rajoutés à l’ordre du jour : l’audit contradictoire du fichier électoral sous supervision des États-Unis, de l’UE et de l’UA ; la prolongation des délais d’inscription sur les listes ; l’organisation des prochaines élections par une personnalité consensuelle…’’, soutiennent les libéraux, non sans rappeler que le dialogue politique est une vieille tradition du PDS.

Alors que l’opposition est dans tous ses états depuis que le dialogue a été agité, le camp du pouvoir, lui, n’a pas encore dévoilé ce qu’il espère du dialogue. Macky Sall va-t-il faire de l’acceptation de sa candidature une condition pour accéder aux requêtes de l’opposition ? Va-t-il profiter du dialogue pour essayer de légitimer l’exclusion d’Ousmane Sonko de l’élection présidentielle de 2024 ?

Voilà quelques-uns des grands inconnus du projet de dialogue politique. 

MOR AMAR

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